Plages privées

En Italie, la dolce vita est soumise à un droit de péage.

50 % des plages sont privées. Dans la région des grands lacs, on est à vue de nez entre 80 et 90 % : en dix jours, mi-août, on n’a pas vu beaucoup de « Spiaggia libera, » les plages publiques qui chez nous sont la norme. De l’autre côté des Alpes, au nord et à l’est de Milan, toutes sont recluses aux émissaires des rivières, ce sont des tas de gros galets en général pas nettoyés, parfois gluants d’algues vertes, et le plus souvent très difficiles d’accès (les rivages des lacs sont escarpés), ou bien elles se résume à des mètres de voirie en pleine ville.

Si vous voulez vous allonger sur une surface à peu près horizontale sans vous meuler les lombaires ni vous arracher le pied nu, il n’y a guère que les « stabilimento balneari” – les plages privées, qui facturent le transat et le parasol entre 15 et 40 euros la journée, par personne.

Il paraît que c’est là le « modèle balnéaire italien », issu de la guerre, fondé par des familles qui d’elles-mêmes ont déminé puis aménagé des plages. Depuis, les concessions sont tacitement reconduites en dépit du droit européen qui oblige la mise en concurrence, et année après année, faute de loi Littoral ou Montagne à la française, rien ne vient réglementairement empêcher le littoral de s’éloigner un peu plus des Italiens. En droit, la mer et le lac doivent rester libres d’accès, ils le sont, en effet, mais sur des exiguïtés. Le bien commun a été approprié.

Un « lungo muro » s’interpose entre la mer et le citoyen, alors qu’il rapporte fort peu en taxes au gouvernement de la Botte : 125 millions d’euros, pour un chiffre d’affaires qui tournerait autour de 15 milliards d’euros (chiffres à la grosse louche). Les mauvaises langues disent que la plupart des politiques transalpins ont des intérêts dans les sociétés concessionnaires, et que plus on va vers le sud du pays, plus la mafia en a également, elle qui, en Sicile, incite gentiment les communes à bétonner le littoral pour faire travailler ses entreprises lessiveuses à argent louche. Il y a surtout un état de fait, et le fatalisme qui l’accompagne.

Le plus étrange est que cette situation n’inquiète que par le risque de voir des grands groupes étrangers entrer en concurrence avec les familles concessionnaires lors des appels d’offres qui ont été imposés par la Commission européenne à partir de 2027. Le combat contre la privatisation du littoral italien mené par la Coordinamento Nazionale Mare Libero (Conamal), l’association Coordinamento delle associazioni per la difesa dell’ambiente e la tutela dei diritti di utenti e consumatori (Codacons) et quelques politiques intéresse peu.

En Italie, quand on est pauvre ou simplement avec des enfants, les vacances à la mer (ou au lac) sont impossibles.

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