J’avais bu des coups et dîné avec lui lors d’un salon littéraire, où nous étions voisins de signature, il m’en avait raconté des sévères sur la Mitterandie.
Il y a un an, je l’avais longuement interviewé dans un bistrot pour la préparation d’une table ronde sur la désindustrialisation. Il avait peur qu’on ne l’exécute, il se « savait » suivi, alors ce fut un peu compliqué.
Totalement désabusé, se déclarant ruiné par la justice et l’État, le bonhomme m’avait dressé un tableau glaçant de la désindustrialisation… vue des sommets du pouvoir qu’il a parcourus toute sa vie. Durant l’interview, il exagéra souvent et simplifia beaucoup, il parla surtout de lui-même, tout de même, l’essentiel était factuellement juste et l’histoire prit une autre tournure que celle que je m’étais racontée à partir de mes recherches.
Quoi qu’il ait fait et ce pour quoi il avait payé (il se disait avoir été le fusible des présidents), c’était une carrure, un charisme comme on en voit dans les films de Yves Boisset. Une incarnation de la France des années Mitterrand, de la Françafrique, du temps de l’argent-roi et de la confusion des intérêts.
Mais aussi, c’était frappant, un défenseur viscéral de l’industrie, de l’indépendance de la France et de l’État-stratège.