La fabrique de nos peurs

290 pages, document
François Bourin éditeur
Sorti en mai 2010


J’en ai marre, ras-le-bol, des faiseurs de peur et de leurs pendants, les négateurs des peurs. Oui, notre société crée de nouveaux dangers. Oui nous avons des raisons d’avoir peur. Mais l’expression de ces peurs est sans commune mesure avec leurs objets. Sur ce terreau se développent les bonimenteurs, les charlatans, les profiteurs. D’un côté les pessimistes, catastrophistes, parce que nous le valons bien, de l’autre les scientistes, idolâtres de la science. Entre les deux, le citoyen est perdu. Dans notre société déréalisée, déshumanisée, individualiste, il préfère grossir sa peur car la peur est une façon d’être ensemble, et de gouverner. Notre civilisation touche à sa fin, sans qu’on n’en voie le bout. Les objets de nos peurs sont invisibles. Alors nous les grossissons, et nous les verbalisons en les rattachant au grand récit que nous avons tous en tête, celui de la création qui, forcément, doit aboutir à un récit de l’apocalypse. Nous sommes tétanisés, alors que la peur est un sentiment positif, une mise en branle du corps et de l’esprit qui devrait augmenter nos sens et nos capacités pour nous aider à réfléchir ensemble notre avenir…

sur RFI


En rapport avec l’acte du rapport de l’Anses, petit extrait :



Chapitre 3

Téléphone mobile : nous sommes tous micro-ondables

Après nous être jetés sur le portable plus vite que des fans sur le gravier du jardin de Claude François le jour de sa mort, nous, Français, nous interrogeons : et si les quelques heures que nous passons chaque mois à dire « t’es où ? » et « j’arrive ! » dans notre nouveau doudou, n’étaient pas en train de nous déclencher un bon vieux cancer comme feue la cigarette ? La France a aujourd’hui peur de son joujou préféré parce qu’elle le regarde enfin. Mais bon sang, c’est quoi ce machin, exactement ! ? Elle se demande en quoi les ondes qui la traversent entre l’allumage et l’extinction du petit téléphone de poche ne sont pas nocives. Il était temps de se poser la question. Elle se demande, fausse ingénue, si le cerveau, à force d’être pénétré par des ondes, ne va pas s’agiter comme un poulet dans le four à micro… ondes. Puisqu’on nous dit que les ondes des portables et de leurs antennes relais sont micrométriques comme celles du micro-ondes, pourquoi donc notre cerveau ne cuirait-il pas, lui aussi, dans la mesure où, comme le poulet et la soupe, il est plein d’eau ? Plein de molécules d’H2O qui, soumises aux rayons, s’agitent, et, en s’agitant, dégagent de la chaleur… beaucoup de chaleur, toujours plus de chaleur parce que nous, Français, avons en deux ans rattrapé notre retard sur le reste de la planète solvable en matière d’Internet mobile : ce n’est plus seulement notre cerveau qui est transpercé, c’est désormais nos doigts, nos mains qui risquent l’effervescence par l’utilisation indispensable de l’écran tactile.
Et après tout, nous disons-nous puisque nous sommes lancés dans le train de l’angoisse, il n’y a pas que les micro-ondes que nous acceptons dans nos pavillons d’oreilles. Il y a aussi la radio, qui émet des ondes. La télévision. Le WiFi. Le Bluetooth. Les fils électriques ! Oui, souvenez-vous, cher lecteur, de vos cours de physique de seconde : un courant électrique génère toujours un champ magnétique, c’est-à-dire des ondes. Alors, les lignes à haute et très haute tension qui nous gâchent le ciel, ne nous envoient-elles pas aussi des ondes qui, en cuisant nos cellules, les destinent à la métastase ? Et ce « CPL », ce « courant porteur en ligne » (un boîtier relié au modem qui fait transiter l’Internet par les fils électriques) que les opérateurs promeuvent à l’usage de ceux et celles qui sont hantés par la menace WiFi : c’est toute la maison qui va demain rayonner, et plus seulement la borne posée à côté du canapé ! ?


Les ondes, ces faux-amis
De l’invisibilité naît l’angoisse, on l’a vu avec la pollution chimique. Dans le cas des ondes, toutefois, la crainte est plus prégnante, car autant il est facile de ne pas acheter un pot de peinture et de limiter son exposition à la maison, autant l’on peut difficilement abattre un pylône ou se passer d’un téléphone portable. Non pas tant parce que le bidule est vital, mais puisqu’il est désormais un prolongement de nous-mêmes. Une clope, un bonbon à sucer, une gourmette que l’on caresse : un doudou. Pas seulement. Le téléphone mobile a révolutionné notre façon d’appréhender le temps. Il y avait avant lui l’horloge de l’église et la montre qui marquaient des minutes et des heures. Les mêmes pour tout le monde. Depuis la généralisation du mobile, le temps est scandé par les coups de fil et les SMS compulsifs que l’utilisateur compose pour informer les autres de sa progression sur le cercle horaire. Les autres, en retour, l’avisent de leur temps à eux. Le temps officiel n’a plus cours. C’est l’échange qui fixe le tempo. Des échanges d’informations souvent inutiles dans le fond, mais que leur fréquence rend totalement indispensables à la vie normale d’un être normal. Le rythme du temps est devenu personnel. La journée n’est plus une suite de minutes, mais une succession de SMS et d’appels téléphoniques. La cloche de l’église s’est miniaturisée et c’est chacun de nous qui la fait résonner, à sa guise, développant un timbre personnel, chez soi et au sein de nos différents cercles sociaux. L’angoisse d’être contaminé par les ondes émises par notre pacemaker total en est d’autant plus vive. Comment se séparer de ce qui fait partie de nous que nous soupçonnons de nous trahir en nous rendant peut-être malades ? Comment abandonner le WiFi, alors que nous voulons être connectés en permanence (et depuis peu regarder la télé via les box à tout faire) sans avoir à tirer des fils disgracieux dans toute la maison ?
C’est impossible ; alors nous flippons. On ressent des malaises, on est devenu insomniaque ? Les ondes ! Non, pas celles du portable et de la borne : l’antenne-relais ! Mais celle que vous accusez de tous vos maux n’est pas encore branchée ! ? Authentiques, les cas de maladies psychosomatiques déclenchées par la vue d’un pauvre pylône en disent long sur la psychose qui est en train de naître et notre manque de courage : nous ressentons un danger, nous savons qu’il est à côté de nous, mais puisque limiter les risques appelle à revoir notre exposition au danger, c’est-à-dire notre façon compulsive de vivre, nous optons pour la transposition : le danger, ce n’est ni le portable ni la borne, c’est l’antenne-relais au-sujet-de-laquelle-on-ne-nous-a-jamais-réclamé-notre-avis et ce monde-qui-nous-impose-des-techniques-qui-n’ont-pas-été-testées. Dissonance cognitive. Je ne veux pas agir sur l’origine de ma peur, alors je demande à ce que l’on agisse sur ce contre quoi je ne peux rien faire.
Cela dit, les fausses maladies liées aux antennes-relais ne doivent pas masquer les cas authentiquement troublants de sujets électrohypersensibles qui ne peuvent tout simplement pas vivre à proximité d’une source d’ondes (ces malheureux seraient plus sujets que la moyenne à la fatigue et l’irritabilité, aux troubles de la concentration et de la mémoire, aux difficultés à dormir convenablement, à des problèmes d’appétit et de digestion, aux maux de tête et aux vertiges, à l’anxiété, à une réduction de la libido). Pourquoi ? Nul ne le sait. La recherche est balbutiante. Ces personnes, a priori aussi normales que vous et moi, nous disent une chose : notre corps, notre espèce, s’est édifié à une époque où les ondes n’existaient pas. Il ne possède donc pas les réponses spécifiques à l’agression que représente l’exposition à un téléphone. Pas plus qu’à un pesticide (voir pollutions). Chez la plupart d’entre-nous, l’organisme puise dans ses ressources métaboliques, enzymatiques, immunitaires, hormonales, psychiques et nerveuses pour faire face. Mais chez quelques-uns, il ne le peut pas. Il se met alors en grève, tombe malade. Les électrohypersensibles nous avertissent d’une possible inadaptation fondamentale de notre physiologie aux ondes. Ils nous rappellent ainsi que le risque établi en laboratoire à partir de la caractérisation du danger établie sur l’animal, ne protège qu’un individu statistiquement moyen afin de garantir le plus grand nombre. Les cas bizarres, situés à la marge, minoritaires, produits de la variabilité individuelle qui ne leur a pas fait tirer le bon numéro à la loterie de la sensibilité aux agressions extérieures, sont ignorés.

L’antenne-relais, totem du rejet
Invisibles, elles sont, invisibles elles le sont depuis longtemps, les ondes. L’attention se focalise sur le téléphone et le WiFi, pourtant, ces deux émetteurs ne font que rajouter leurs émissions au bain d’ondes dans lequel la société du XXe siècle nous a plongés. Sans que jamais, à propos de la télé ou de la radio, l’on se soit inquiété. Qu’est-ce qui explique cette peur semble-t-il irrationnelle du téléphone portable ? (mais une peur peut-elle être rationnelle ?) Des antennes-relais ? Du WiFi qui, malgré tout, est entré encore plus vite que le téléphone dans la plupart des foyers et, comme le téléphone, n’est jamais éteint même la nuit, sur la table de chevet, laquelle se trouve en toute logique à proximité immédiate de l’occiput du râleur ?
Il y a beaucoup de rage impuissante là-dedans. Contrairement au nucléaire qu’aucun Français n’a jamais décidé, aux OGM dont il est difficile de percevoir l’utilité, à la pollution invisible contre laquelle on peut assez se prémunir, les ondes nous sont utiles, par suite nous ne pouvons rien contre parce que nous ne le voulons pas. Un mal nécessaire. Preuve en est la différence de traitement que nous réservons aux antennes relais, accusées principales dans le procès fait aux ondes alors que la bibliographie ne parvient pas à lever de gros soupçons, contrairement… au téléphone portable contre lequel le doute, encore léger, grossit un peu. Oui, mais le téléphone, nous l’achetons, et il nous coûte cher (une centaine d’euros par mois pour les possesseurs de téléphones-Internet-télé-radio !), alors que les antennes, nous ne les décidons pas. On nous les impose, quand bien même est-ce pour que nous puissions consulter nos mails sur notre téléphone entre deux immeubles. Illustration de la parfaite schizophrénie de notre temps : je veux bien utiliser le portable, mais l’antenne-relais, s’il vous plaît, pas sur mon toit. Voyez avec le voisin. Le TGV ? Je suis pour, mais faites le passer plus loin. Not in my backyard, le syndrome Nimby, un grand classique des pays occidentaux. L’antenne-relais, comme tant d’autres objets emblématiques, est le totem que nous plantons pour exprimer notre impuissance volontaire.

Un danger sans doute à basse fréquence
Qu’est-ce que l’on reproche exactement aux ondes électromagnétiques ? De saccager nos cellules. Pourquoi ? Parce qu’elles portent une énergie d’autant plus importante que leur fréquence d’émission est forte ou, ce qui revient exactement au même, que leur longueur d’ondes est faible. Plus la fréquence est élevée, plus la longueur d’ondes est faible, plus la quantité d’énergie transmise à la cellule est grande. On pense aux cosmonautes qui doivent se protéger contre le rayonnement cosmique : la longueur d’ondes des particules de ce « vent » est si faible, leur fréquence si grande, que leur énergie est suffisante pour briser les molécules. En quelques secondes, un piéton de l’espace mal habillé peut signer son arrêt de mort. Chez le cabinet du radiologue, les ondes sont bien connues pour leur toxicité. Les rayons X, certes moins énergétiques que les rayons gamma et les rayons cosmiques, ont des effets mutagènes et carcinogènes parfaitement connus. Placé trop longtemps dans un équipement mal réglé, le patient peut faciliter la vie d’une tumeur qui dormait gentiment.
Fort heureusement, les ondes émises par téléphone mobile, bornes WiFi et antennes relais sont, en gros, un million de fois moins énergétiques que les rayons découverts par le Dr Röentgen (le découvreur des rayons X). Pas de risques, a priori, de développer un cancer en jacassant sur le réseau. À ce niveau riquiqui d
’énergie, toutefois, les cellules réagissent : des courants induits peuvent y apparaître (car les ondes électromagnétiques créent un champ… magnétique qui génère naturellement un courant électrique), des molécules se trouvent à l’occasion polarisées (comme une pile), les molécules déjà polarisées être inversées (le pôle + devient -, et inversement) et se mettre à osciller, les cellules et les tissus qu’elles forment chauffer par simple absorption de l’énergie transmise par les ondes. Le fameux DAS (débit d’absorption spécifique, en W/kg), indiqué sur les boîtes des portables, mesure justement cette dernière interaction.
Le corps, amas de cellules, se comporte différemment car l’entièreté est toujours plus importante que la somme des parties. La fièvre ne le prend donc pas subitement, il ne se transforme pas non plus en pile en passant devant une borne WiFi. Selon les fréquences, le cœur, les muscles et le cerveau, organes électrifiés, réagissent faiblement. Le taux de mélatonine (un neurotransmetteur essentiel) peut évoluer durant le sommeil. Des cas de dépression, de troubles de la reproduction, de maladie d’Alzheimer et de maladie de Charcot ont été relevés, selon une corrélation assez forte avec les ondes à très basses fréquences (une soixantaine de hertz) émises par exemple par les lignes à haute tension. Il semblerait également que ces champs particuliers puissent augmenter la probabilité chez l’enfant de développer une leucémie, et chez l’adulte une tumeur au cerveau. Si vous projetez d’investir dans l’immobilier, regardez bien vers le ciel.
Que dire, alors, des ondes à très hautes fréquences (de l’ordre du milliard de Hertz) de nos téléphones mobiles et nos bornes WiFi ! L’augmentation de la fréquence devrait naturellement accroître les risques observés. Pas vraiment. Les études montrent à la fois une sensibilité individuelle importante (10 % de la population serait, à la louche, très, voire hypersensible, c’est-à-dire susceptible de développer Alzheimer, cancers et autres infarctus), et une augmentation des risques liée à celle de l’utilisation – ou à la faible distance à la source, ce qui signifie la même chose pour l’organisme. Les grands utilisateurs de portable et les internautes assis sur leur borne semblent mal dormir, avoir quelques difficultés à se concentrer, mal entendre et… montrer plus que d’autres un accueil favorable à certains cancers, dont le neurinome de l’acoustique (bénin), l’astrocytome (tumeur du cerveau pouvant dégénérer), le mélanome uvéal (très méchant), les gliomes et les tumeurs de la glande – salivaire — parotide.
Malgré tout, corrélation n’est pas cause. Il faut passer par le laboratoire pour comprendre ce que les statistiques nous disent. L’animal et la culture cellulaire soumis intensément à des ondes montrent une perturbation réelle des neurones, du système immunitaire et du système hormonal. De rares études ont remarqué un effet des ondes à hautes fréquences sur une douzaine de gènes, dont ceux codant pour la synthèse des protéines chargées de défendre les cellules contre un stress important (les protéines de choc thermique) ainsi que d’autres pour des enzymes chargées de neutraliser les molécules carcinogènes. Cela expliquerait la corrélation trouvée ça et là entre utilisation forcenée du mobile et cancers. De façon générale, les ondes à haute fréquence pourraient atténuer ou, au contraire, amplifier exagérément la réponse de l’organisme à une agression, un stress, comme une maladie, un polluant, la dépression (voir pollutions).

(…)

Interdire la radio FM et le micro-ondes
Alors, parce qu’il faut bien conclure, est-il raisonnable de s’angoisser à propos de nos ondes ? Les grands utilisateurs de portables peuvent se tourmenter. L’oreille collée au téléphone deux heures par jour, durant des années, ce n’est probablement pas très bon. La borne Wi-Fi installée sur la table juste à côté de l’ordinateur des enfants, non plus. Cela tombe sous le sens : il faut se méfier par réflexe de toute source de désagréments. Pour les utilisateurs occasionnels du portable et les internautes ayant installé leur modem à quelques décimètres de leur crâne, il n’y a a priori pas grand-chose à craindre (la quantité d’énergie portée par les ondes diminue avec le carré de la distance). Les enfants, dont le poids est plus faible que l’adulte face aux mêmes ondes, et l’organisme, en croissance, plus fragile, sont sans doute plus sensibles que leurs parents. Mais il n’était peut-être pas nécessaire d’attendre de telles études scientifiques pour savoir s’il est utile que votre gamin se trimbale avec un portable à l’école. Si vous ne pouvez lui résister, achetez-lui un smartphone : en envoyant des mails plutôt que téléphoner il diminue d’un facteur cent l’énergie qui, à la fin de la journée, aura traversé son cerveau…
Malgré tout, si vous êtes d’une nature à avoir peur, lisez les conclusions de Radiofrequency exposure in the French general population : Band, time, location and activity variability, un article de Jean-François Viel, Elisabeth Cardis, Monika Moissonnier, René de Seze et Martine Hours publié en juillet 209 dans la revue Environment International. On y apprend que 377 personnes équipées d’un appareil spécial ont été exposées, au bout d’une journée moyenne de leur vie normale, à un champ électromagnétique global de 0,2 V/m. Une valeur très inférieure à la limite d’1V/m. imposée aux antennes-relais. Ce qui surprend, c’est que le téléphone portable n’est pas l’émetteur le plus important. Il est largement devancé par le téléphone sans fil de la maison, le four à micro-ondes, le Wi-Fi et… La radio FM. On nous aurait donc caché la vérité ? C’est la radio qui nous causerait des tumeurs ? Et dire qu’elle va bientôt passer au numérique. Vite, un débat national…
Et un autre, s’il vous plaît, sur le CPL. Le courant porteur en ligne fait si bien rayonner tout le réseau électrique (s’il n’est pas blindé comme les lignes à haute tension) d’une maison, que les radioamateurs du voisinage peuvent le capter. Très réglementé en Suisse et dans quelques pays d’Europe du Nord, il n’a jamais fait l’objet, en France, de la moindre étude. Les fréquences en jeu, de l’ordre de 1 à 30 MHz, ne sont pas connues pour être pathogènes lors d’une exposition à court terme. Le problème est qu’avec le CPL installé à la maison, c’est tous les fils qui rayonnent vingt-quatre heures sur vingt-quatre, dans toutes les pièces, en particulier les chambres qui concentrent, déjà, l’essentiel de la pollution intérieure : quel est l’effet sur le cerveau des ondes rayonnées par les fils électriques encastrés au-dessus des plinthes, juste sous l’oreiller ?


Dans l’état actuel des connaissances, la dangerosité des ondes relève du fantasme. À moins d’être électrohypersensible, d’avoir passé deux heures par jour au téléphone mobile tout en marchant durant dix ans, il y a peu de risques de développer un cancer grave. La peur des ondes est liée à leur invisibilité. Son expression, incroyablement violente, repose sur le constat que nous les avons laissées nous envahir sans que nous nous en soyons rendu compte. Nous avons laissé faire parce qu’elles nous sont utiles et, maintenant qu’elles sont partout, nous avons peur. Mais comme nous ne pouvons brûler l’idole que nous adorons, nous en avons planté une devant nos fenêtres : l’antenne-relais. Elle matérialise notre angoisse d’une technologie qui nous échappe parce qu’elle s’impose à nous sans débats. Ce n’est pourtant pas elle qui nous oblige à passer tant de temps au téléphone mobile et à placer si près de notre occiput la borne WiFi. Rien ne nous force non plus à écouter deux heures par jour la radio FM, principale source d’ondes à laquelle nous sommes chaque jour exposés.
« 








Autres extraits :
« L’ambiance n’est pas bonne. Il règne comme une fin de règne, htée par l’émergence de la Chine, de l’Inde et du Brésil, qui appréhendent plutt dans la joie le monde de demain. Nous avons peur d’à peu près tout. Cela remonte sans doute à la chute du Mur, dont nous oublions le gain démocratique pour nous interroger sur la liberté ainsi don- née au néolibéralisme. N’ayant plus d’opposants, cette pros- titution du capitalisme au rendement immédiat a pu conquérir certaines mes en qute de modernité. Nous avions un ennemi, le communisme, nous ne l’avons plus. Notre peur n’est plus polarisée vers un autre identifié. La disparition de l’un des deux blocs et la mondialisation ont rendu notre peur diffuse. Où est l’ennemi? Partout. Invisible, fuyant, adaptable, prt à frapper sans prévenir. Une métastase. C’est le terrorisme, le virus, le cancer, la contamination par les OGM, les nanotechnologies; c’est le climat qui, en changeant, interroge notre société sur ses choix d’aménagement du territoire, c’est le trader qui condamne la Grèce à la ruine, la mer qui va nous submer- ger. Diffus, les objets de nos peurs révèlent la linéarité de notre temps fondé par le récit de la Création, il doit logique- ment s’achever par le récit de l’Apocalypse. Chez les Asiatiques, pour faire court, le temps est cyclique: après le
Déluge, il fera beau temps. »

« Dans notre monde judéo-chrétien, il semble que l’avenir triomphant n’ait plus sa place. Notre ge d’or s’est achevé. Nous attendons notre fin. Une apocalypse grce à laquelle nous pourrons enfin repartir de zéro. Le discours est simpliste. Le grand problème est que la science contemporaine est incapable de nous offrir un avenir plus convaincant que le récit de la fin qui nourrit notre imaginaire depuis que Dieu existe; bien au contraire, elle a nourri le discours apocalyptique en ouvrant des botes de Pandore d’où s’échappent des radiations, des virus, des gènes transformés, des clones, des catastrophes climatiques. En transgressant les règles et les lois de la nature, la science a rendu l’apocalypse encore plus possible. »

« La pollution invisible, c’est une épée de Damoclès suspendue au-dessus de chacun d’entre nous. Pour raison garder, il faut se dire que c’est nous qui tenons le fil, le n
tre et celui, plus fragile, des pauvres, des mal lotis et des peu éduqués, sous le regard que l’on espère désormais plus aiguisé d’un État longtemps aveugle par nécessité et incapacité culturelle. »

« Exploitant des travaux d’épidémiologie conduits sur le risque – bien connu – de maladie cardiaque et coro- narienne et d’infarctus à la suite d’irradiations à doses moyennes répétées en milieu médical (la radiothérapie), les chercheurs ont pu confirmer le risque cardiovasculaire plus élevé que la moyenne des travailleurs du nucléaire; ils ont également démontré que l’on avait jusqu’à présent beau- coup sous-estimé ledit risque en ce qui concerne les sujets exposés à de très faibles de doses de radiations, comme lors de simples radios dentaires ou durant une IRM. »

« L’Afsset n’a pas eu le courage de livrer simplement la réalité de ses réflexions. Elle a en définitive choisi de ne pas rendre compte mais de communiquer afin qu’on ne puisse pas l’accuser de cacher le danger comme les autorités le firent à propos du sang contaminé et de l’amiante. Or ce n’est pas cela que le citoyen attend de la science ni d’un comité d’experts. Le peuple ne demande pas qu’on lui fasse plaisir en lui confirmant ses peurs mais qu’on lui dise la vérité du moment. Dans cette affaire, une marche dangereuse vers le gouffre de la démagogie a peut-tre démarré. Si demain les personnels chargés d’éclairer la société tordent, ne serait-ce qu’un peu, les faits pour qu’ils correspondent à l’idée qu’ils se font de l’état d’esprit de l’opinion publique – et ainsi ne pas déplaire –, c’en sera fini du principe fondamental de l’intért général. »

« Finalement, comparée à la sélection par hybridation de races pures guidée ou non par les marqueurs génétiques des caractères intéressants (la bien nommée « sélection par marqueurs »), qu’apporte la technique des OGM ? Trois pas gigantesques: le franchissement de la barrière des espèces (notion assez discutée, il est vrai), la substitution de la reproduction (les F1 sont obtenus par reproduction, les OGM par transgénèse), la réduction du temps (il faut quelques mois pour obtenir un OGM). La technique employée n’a strictement rien à voir avec celles qui l’ont précédée. On ne t
tonne plus : on repère le « bon » gène, on le multiplie, on l’intègre dans l’ADN (plasmide) d’une bactérie, on place celle-ci au contact de cellules de la plante hte, et le gène prélevé est « transfecté ». Puis le chercheur patiente. Car la manipulation a beau tre précise et très technologique, c’est encore la nature qui décide. »

"Le nanomonde est la promesse de prodiges formidables,preuve en est, il démultiplie les fantasmes. Il cristallise toutes les peurs fabriquées par la science-fiction. Le nano-monde d’aujourd’hui est terrifiant parce que le nanomonde de demain le sera; donc cessons toute recherche et tout débat car derrière lui, il y a la menace – pas fantme du tout – du fascisme, du contrle des cerveaux, des armes invisibles et d’une pollution au cœur mme du noyau de nos cellules et des écosystèmes (eh oui, où partent les nano-particules d’argent des chaussettes après lavage ?). Le nano-monde, c’est Prométhée, Frankenstein et Terminator réunis pour nous exterminer. On est là dans le délire de la persécution, la paranoa la plus complète. Du nanomonde on connat certes peu, mais on travaille déjà sur la toxicité des nanoréalisations. Les technologies en jeu sont balbutiantes. Nous avons donc largement le temps de nous inquiéter à bon escient. En attendant, nous pouvons plutt nous enthousiasmer, sans tomber dans le fantasme scientiste, pour ce monde nouveau qui s’ouvre à la connaissance et la technologie."

« La mer monte et l’on ne devrait pas s’en inquiéter. Elle ne menace pas notre vie, mais notre aménagement du territoire, qui n’a que trop rarement tenu compte de la fonction des plages. Faire face, c’est déjà respecter la loi littoral, héritière des cinquante pas géométriques imposés par Colbert aux Antilles. C’est considérer enfin le littoral pour ce qu’il est, un espace mouvant, précaire, qui n’aurait jamais d
cesser de s’imposer à nous. Les rivages sont vivants et fragiles, comme un épiderme. Par ses crues, la mer nous rappellera de temps en temps qu’à l’oublier, les effets seront désastreux et ruineux. L’homme est trop près de la mer parce qu’il pense sottement lui en imposer. S’il veut s’adapter à une mer plus haute, il lui faut considérer qu’elle n’est pas plus dangereuse mais qu’il est plus vulnérable. Il lui faut alors faire quelques pas en arrière, derrière un littoral auquel il aura accepté de déléguer sa protection, ou accepter a et là d’tre envahi. L’architecture adéquate existe. Elle autorise une relative submersion à des quartiers temporairement transformés en les. Encore faut-il accepter de se laisser envahir par l’objet de notre regard. »

« Tout nous fait peur parce que notre société a besoin de se créer des ennemis, parce qu’elle ne porte plus aucun r
ve. Et comme la peur est contagieuse, nous la retournons contre ce monde qui ne peut plus nous promettre le bon- heur mais, au contraire, un avenir bouché, pollué, détruit, menaant. Nous exprimons à l’excès nos craintes car nous n’avons plus confiance en nous-mmes. Il faut bien que l’angoisse se manifeste. Par des totems autour desquels nous tournons pour les frapper en psalmodiant. Il faut qu’éclate de temps en temps notre schizophrénie d’individus réduits à l’état de client par un système tout à la fois liberticide et libertaire. Y aurait-il lieu, au contraire, de tout accepter? Nanotechnologies, OGM, cellules souches, clonage, nucléaire, changement climatique ? Les pollutions ne seraient-elles pas si graves ? La mer ne monterait-elle pas ? L’alimentation des hommes serait-elle assurée pour des siècles et des siècles? Certainement pas."

Etc, etc