5e newsletter ! Giboulot et pinard, Tramway de Valenciennes, Des femmes formidables à Vence, Le fret maritime au SITL, Mes deux prochains livres. Le tout… il-lus-tré !

Bio, l’effet Giboulot n’a pas soufflé sur l’Anjou




Mais pourquoi tout est toujours si simple ?
Emmanuel Giboulot, viticulteur bio, dynamique, biodynamique, est devenu un héros pour n’avoir rien fait.
En moins de temps qu’il n’en faut pour ouvrir un baril de pesticide, il a été désigné héros par le peuple en lutte. Applaudi. Ovationné. Congratulé. Aimé.

L’homme qui n’a pas.

L’homme qui a dit « non » ! ».

À qui ? Au Préfet, à l’agriculture productiviste, à la viticulture conventionnelle, aux insecticides, au pyrèthre. Le pyrèthre ? C’est ce qui fait fuir les moustiques lorsque vous branchez une prise chez vous. C’est ce qui tue la cicadelle lorsqu'il est aspergé sur les vignes « bio ». Mais non. Pour le Giboulot, rien. Onc traitement. Inutile sur sa terre qui, n’ayant jamais subi de douche chimique, recèle tout ce qu’il faut pour défendre naturellement ses plants.

Ayant refusé de se soumettre à un arrêté préfectoral, l’homme a été convoqué par la Justice. Peut-être bête, mais logique. Immédiatement, le système s’est emballé. Il sait faire. La cas était trop caricatural : un petit, tout beau tout bio, face au conservatisme de la plupart des Bacchiques, campé devant l’État obscurantiste, le bras d'honneur fait au lobby honni de la chimie. Hourra ! Dans notre pays bipolarisé, manichéen, un texte de défense et de soutien, écrit par on ne sait qui, a été repris quasi
in extenso par tous les pétionnaires. Des centaines de milliers ont signé, sans lire. Et M. Giboulot a été ovationné à sa sortie de prison… ah non, pardon, il est juste descendu du tribunal correctionnel après s’être vu infliger une modeste amende.

Comme d’habitude, on a fait du gros. Du lourd. Du qui s’avale vite comme un nuggets de poulet réchauffé au micro-ondes. On a fait en sorte que la lutte d’un seul soit bien conforme à la lutte qu’il faut. Certes, M. Giboulot a sans doute raison de ne pas vouloir traiter ses vignes. Ce qu’il (n’) a (pas) fait aurait dû néanmoins initier une réflexion intéressante sur le choix du risque.

Lequel prendre ? Celui de voir - si l’on ne traite pas - exploser la cicadelle, que certaines voient comme le nouveau phylloxera ; ou bien celui de démontrer en ne traitant pas que de toutes façons, ça ne change rien ou bien, au contraire, ça change tout (ainsi serait démontré qu’une terre saine suffit à résister) ; ou bien encore celui de suspendre un temps son militantisme bio pour ne pas être tenu pour responsable d’une infestation majeure ?

Non. De réflexion il n’y a pas eu. M. Giboulot est un héros, point c’est tout. Le petit contre le gros, la nature contre la chimie, le biodynamique contre le conservatisme viticole, l’indépendant contre l’État. La rengaine est toujours la même, elle sert aussi pour le loup, les OGM ou le nucléaire. Sitôt poussé, sitôt oublié. On passe ensuite à autre chose.

Qu’est-ce que cela va changer ? Rien. C’est le but. S’il n’y a plus de guerre, il n’y a plus de combattants.


Au moins les scientifiques pétionnaires contre le colloque de
l’INRA sur le bio ont-ils apporté quelque chose au débat. Leur lettre, sans doute trop argumentée, a mis deux mois avant de s’immiscer sur les plateaux télés et radio. Elle a bénéficié de l’effet Giboulot. Elle a poussé l’Inra a organiser un nouveau colloque pour en débattre. Mais pour beaucoup, déjà, l’Inra est dans le camp du mal.


Pourtant, étrangement, le vent du Giboulot n’a pas soulevé l’enthousiasme des foules sur le cas
Olivier Cousin. Cet heureux viticulteur s’est pourtant lui aussi retrouvé au tribunal pour usurpation d’identité. De qui ? De l’AOP (ex-AOC) Anjou ! En bio, l’artiste, ainsi qu’il se nomme, s’est libéré des pratiques qui ont selon lui dénaturé le cœur même de l’AOC pour complaire au marché : chaptalisation, acidification, des manières standardisatrices qui masquent le seul travail du sol, du climat, du cépage, de l’homme, bref, du terroir. Du coup, il n’a plus le droit d’imprimer « Anjou » sur ses étiquettes.


La position d’Olivier Cousin est en cela passionnante et, peut-être, fondamentale : dans le monde très formaté du vin actuel, les AOP ne peuvent-elles retrouver leur identité que dans le bio, à tout le moins le « raisonné » ? Les vignerons, qui voient depuis trente ans le changement climatique aux bouleversements phénologiques de la plante et organoleptiques de son jus, s’interrogent. Voilà un débat qui illustre celui sur l’agriculture et, partant, les OGM. Sans modération.




Vence et les femmes formidables


Le 15 février, dans le cadre de son 6e Salon écohabitat, j’ai animé pour la ville de Vence les deux tables rondes « Elles l’ont fait, pourquoi pas vous ! ? ».

Qui ça, « elles » ?
Des femmes. Rien d’étonnant en écologie, environnement et développement durable, allez-vous me dire. Dans un monde de mâles technoscientifiques, femme et écologie ont été relégués il y a longtemps dans le sous-sol des subalternes : secondaires, elles pouvaient se charger d’un sujet secondaire. Aujourd’hui que le sujet est devenu majeur, les mâles alpha s’en retrouvent dépossédés : l’écologie, dans les entreprises comme dans les collectivités, ce sont les femmes qui le font.

Tout de même, les femmes qui étaient là sont enthousiasmantes. Elles ont fait pour elles, d’abord, l'individualisme étant le ferment de la passion. La passion imprimant la conviction sur le visage et dans la voix, elle a enfoncé les barrières. Ouvert les portes. Est devenue exemplarité. Quand Hulot va visiter Sa Sainteté, des femmes, chacune dans son coin, sans inquiétudes de célébrité ni de bouleversement du monde, plantent des graines qui poussent et fertilisent les esprits.

Un beau salon, tellement différent de ceux qui prétendent acculturer le peuple en lui offrant une star ronronnante de l’écologie, qui n’attire que les aficionados, et plonge ensuite les renontres dans l’ombre et le silence.

Les voici :
















Tram’ de Valenciennes, entre misère et nature



Le 24 février, deux jours avant mes 44 ans, ce qui est une information importante, Valenciennes s’est vu traversée par une seconde ligne de Tramway :

Valenciennes, Anzin, Bruay-sur-l’Escaut, Escautpont, Fresnes-sur-Escaut, Condé-sur-l’Escaut et Vieux Condé.

Voilà des noms qui, au mieux, rappellent aux plus férus d’histoire industrielle le bon temps de la sidérurgie, de l'automobile et de la mine. Voire, cas extrême, les bastions de Vauban érigés au bout de la ligne en face des anciens Pays-Bas louisquatorzien. Avant d’être minière et de lourde industrie, le pays de Borloo fut en effet une frontière, que l’architecte militaire hérissa de défenses, à Vieux-Condé comme au Quesnoy. Vieux-Condé où l’on découvrit du charbon dès le milieu du XVIIIe siècle.

C’est donc à un voyage dans l’histoire que nous invite ce nouveau tramway. Mais une histoire récente. Triste à se noyer dans un demi. Sociale. Désespérante : le tram’, qui circule par endroits sur une seule voix (d’où de nombreux retards durant le premiers jours d’exploitation) circule, tout droit, plein nord-est, dans des villes qui ne sont plus que des fantômes. Des villes où l’on travaillait, où l’on ne travaille plus. Parfois de père en fils, voire de grand-père à petit-fils, de grand-mère à petite-fille.

Un voyage dans la banale misère. Dans la pauvreté héritée et perpétuée. Entre deux rangées de maisons non entretenues, à vendre - pas cher. Parmi beaucoup de surpoids, de mères très jeunes, de figures fatiguées, de collégiens qui parlent trop fort, de retraités égrenant, au travers des vitres du tram’, les lieux où, « avant », on travaillait, on s’amusait, on dépensait ses sous. Un voyage dans la forge éteinte du mythe ouvrier, dont les braises éventées par les aides sociales n’en finissent pas de finir.

D’aucuns disent que faire un tram’ pour les pauvres n’a aucun sens. Pour quoi faire ? Il est vrai que la ligne ne relie pas beaucoup de zones d’activité, d’usines, de bureaux, de surfaces commerciales. En une demi-heure depuis la gare de Valenciennes, on ne voit guère de gens affairés. Même les bistros sont rares. Alors, à quoi bon ? À désenclaver les pauvres qui n’ont pas de voiture, ou se ruinent avec leur ruine au diesel. Pour leur permettre d’aller au centre-ville, à la gare, aux bus, à la fac, au cinéma, aux endroits où s’installent des entreprises « des nouvelles technologies » (animation, notamment, sur le campus) comme disent les élus depuis trente ans. 

Un « TCSP » (transport en commun en site propre) à vocation sociale, qui part d’un passé aboli par le 
numérique et la connaissance (le campus, point de départ des deux lignes), pour aboutir au passé 

métamorphosé par la nature.
Pas loin du bout de la ligne s’ouvre l’
étang de Chaubaud-Latour. À 4 km de la Belgique, sous un chevalet entretenu comme une relique, 11 km de promenade à pied entourent un étang constitué par le remplissage phréatique de galeries de mine effondrées. Les terrils sont là, le charbon est sous les pieds, on marche sur les « stériles » colonisés par la végétation. Le patrimoine industriel magnifié par le patrimoine naturel qu’il est devenu. Les hommes ont disparu, la vie spontanée est leur épitaphe. C’est aussi cela le Nord.



Sols & Chasse cet automne


Après OGM Le Vrai du faux, puis Le Nucléaire Le Vrai du faux, parus chez Delachaux & Niestlé, je viens de terminer la rédaction de La Chasse, Le Vrai du faux. À sortir cet automne. Comme les autres, ce n’est ni un livre anti (de quel droit abolir la chasse ! ?) ni un livre pro (les chasseurs m’emmerdent quand ils tirent des faisans d’élevage et des migrateurs affamés).

Allez, entre le gibier d’eau et les phoques, la vénerie et les dates d’ouverture, le Paléolithique et le végétarien, et bien que toujours en relecture, voici deux petits extraits :

  • "Finalement, le chasseur est moins hypocrite que nous. Il exprime ses émotions, son éventuel mal-être, son stress, ses angoisses, par sa quête d’un gibier qu’il tuera éventuellement, sans état d’âme. N’a-t-il pas de la chance ? Il se confronte à la mort que nous ne voulons plus voir, parce qu’il la donne. Il assume tellement sa part d’animalité qu’il prend plaisir à chercher son gibier, parce que c’est ainsi : nous sommes des carnivores, des sanguins, des animaux prédateurs qui avons le droit de donner la mort selon notre bon vouloir. Et en plus, le chasseur le fait à visage découvert ! Le tueur d’abattoir se cache, lui, le bourreau, dans le temps, portait un masque. Le chasseur reste lui-même lorsqu’il sort son fusil. C’est finalement ce qu’on lui reproche : de ne pas partager notre schizophrénie. Un barbare, en quelque sorte, dans une époque très « désignée », à tout point de vue, très lisse, où l’on ne veut plus voir ce qui nous rappelle notre modeste humanité : la mort, certes, mais aussi la souffrance, la misère, l’échec, la violence physique, nos déchets. »
  • "Générant quelques 2,3 milliards € de chiffre d’affaire annuel, selon la fédération nationale des chasseurs et le ministère de l'environnement, la chasse représente une activité économique importante, qui assurerait un emploi à temps plein à 23 000 personnes. Importante, mais pas considérable, donc. Pour autant, la chasse est surreprésentée parmi les élus : les groupes d’études « chasse » du Parlement (134 membres) et du Sénat (81) sont les mieux garnis, devant des commissions permanentes a priori plus fondamentales, pour la République, de la défense, du budget ou du développement durable. La lecture des débats sur les sujets liés à la chasse et la faune sauvage montre d’ailleurs que, globalement, les intérêts des chasseurs sont très bien défendus, quel que soit le bord politique des députés et sénateurs. Il faut dire que le lobbying des chasseurs, très efficace (le maillage des fédérations leur permet d’envoyer très vite des représentants dans toutes les permanences d’élus) rejoint celui des communes rurales qui luttent pour faire entendre toujours plus fort leur voix, en dépit de l’urbanisation et des redécoupages électoraux leur donnant moins de poids, relativement à celui des agglomérations. »

Je continue par ailleurs d’enquêter sur les sols. Ce livre sortira en septembre, si tout va bien.


C’est passionnant, les sols. Ne serait-ce que parce qu’ils montrent que même les agriculteurs les plus conventionnels sont en train d’abandonner leur pratique destructrice : les sols collent à nouveau aux semelles, et des « conventionnels » en viennent, d’abord par souci d’économie (de « fer » - usure des socs, de gasoil, d’intrants chimiques), à ne plus labourer, à semer directement.


Il n’y a pas de sols morts, en France, il n’y a que des sols trop travaillés. Et un monde agricole qui change vite. La suite au prochain numéro… 





À la SITL 2014, on va causer bateau

Dans le cadre de la
SITL (Semaine internationale du transport et de la logistique), j’ai été chargé d’animer les débats du Maritime Day, le 2 avril, et du River morning, le lendemain.

Pour nous, Français, qui avons les deux pieds dans la terre pourvoyeuse de notre richesse et de notre gloire, les yeux longtemps rivés sur l’est, d’où surgissaient régulièrement de potentiels envahisseurs, la mer est une étrangeté paysagère. Ce qu’on a devant nous quand on est à la plage, pour paraphraser Tabarly. Ce qu’ont ignoré superbement nos dirigeants, hormis Charles V et Louis XVI (et un peu Louis XIV) : "
Les larmes de nos souverains ont le goût salé de la mer qu'ils ont ignorée », dit un jour Richelieu.

Cela continue. Regardez une carte : la France, entre deux mers et un océan, première façade maritime de l’Europe, est la péninsule du continent. Le regard tombe sur elle. Alors pourquoi les bateaux en font-ils le grand tour pour décharger à Rotterdam, Zeebrugge ou Anvers ? Pourquoi la zone de chalandise (on dit « hinterland » chez les marins inscrits au commerce) de l’immense port batave 

s’étend-elle jusqu’à Valence, en Espagne ? Pourquoi Marseille… est Marseille, toujours aussi mal relié au Rhône ? Pourquoi Port 2 000 du Havre est-il aussi difficilement branché sur la Seine ? Pourquoi le train a-t-il tant de mal à arriver jusqu’aux porte-conteneurs ?

80 % de nos marchandises viennent jusqu'à nous par bateau. La crise est pourtant là alors que l’Asie développe son marché intérieur. Les armateurs ont donc un peu de mal en ce moment. Raison pour laquelle ils se regroupent (Maersk, MSC et CMA-CGM - oui, le troisième armateur mondiale est Français ! dans l’alliance P3), et lancent des porte-conteneurs gigantesques pour diminuer leurs coûts. Cela fait peur aux chargeurs, aux ports, à la Commission européenne.

Pour répondre à cela, les ports doivent devenir plus attractifs et compétitifs. En France, la réforme portuaire, votée en 2008, semble porter ses fruits. Le Havre, Marseille, mais aussi Dunkerque et Nantes, ont atteint une « fluidité sociale » - comme on dit pudiquement, et développé des outils marketings leur permettant de se vendre mieux à l’étranger. De réduire les coûts de la manutention.

Réduire les coûts par des outils permettant de réduire le temps de transbordement des cargaisons, notamment en facilitant le report de celles-ci sur des trains (aïe, en France, c’est pas simple…) et des barges fluviales.

C’est justement du fluvial dont on va causer lors du dernier débat du Maritime Day et la matinée du
River Morning. Coincées entre le syndrome de L’homme du Picardie et des coûts artificiellement élevés (à cause surtout d’une surcharge tarifaire nommée THC), les péniches empruntent un réseau ancien, embarrassé par des écluses qui ne sont pas toutes ouvertes la nuit. Elles ont pourtant pour elle une consommation énergétique ridicule, et une fiabilité supérieure à celle de la route. Quant aux ports fluviaux, ils se mettent en avant comme port intérieur, où stocker ses conteneurs revient beaucoup moins chers que sur les ports maritimes, qui plus est au plus près des villes.

Qu’il soit maritime, fluvial ou ferré, le fret est engagé dans la massification. Laquelle, économiquement plus efficace, est écologiquement plus responsable. ou l’inverse.
Venez nombreux ! Suite au prochain numéro, pendant ces six tables rondes.

Débats du 2 avril :
  • Une nouvelle donne pour le transport maritime
  • Le transport maritime intra européen : quels défis, quelles initiatives ?
  • La compétitivité et l'attractivité des ports
  • Le développement du transport fluvial

Débats du 3 avril :

  • La distribution fluviale, une solution logistique aux contraintes urbaines
  • Le transport fluvial, outil d'optimisation logistique
Plus :

  • Points sur les nouvelles motorisations, l'avenir est-il au gaz ?, le 2 avril.
  • Le GNL, le 3 avril.

Haut et bas © Alain Bujak

Photos © FD

3ème newsletter ! Coups de griffes, écotaxe 3, charbon, biomasse, pollution de l'air, nucléaire, pâtures et Quimperlé.


Pour une année sans fixies, ni scooters, ni projets électoralistes débiles, ni Jean-Vincent Placé !

Que 2014 soit l’année du terrorisme du dérailleur ! Du happening au levier de freins ! « Customisez » ainsi tous les fixies que vous rencontrerez (voir ma newsletter précédente), afin de les transformer en vélos normaux. N’oubliez pas de tartiner du cambouis partout, pour parfaire la métamorphose. Ensuite vous jeterez des pignons sur leurs possesseurs. Aux dernières nouvelles, ils rouleraient d’une main, l’autre tenant un sac à main pour hommes.

Que 2014 soit aussi l’année des fientes de pigeons générale sur les selles des scooters ! En général, hormis pour les trajets parisiens de banlieue proche à banlieue proche qui nécessitent parfois une mesure extrême de ce type, le scooter est l’emblème inutile du mâle relativement aisé (ça coûte cher !) qui ne veut surtout pas prendre les transports en commun, parce que ce n’est pas pour lui, que ça pue, que ça craint, que c’est trop lent, que c’est trop populeux etc ; ni monter sur un vélo, autrement plus fatigant ; ni sortir la voiture, évidemment plus lente en semaine ; ni acheter une moto, qui serait plus sûre, mais nécessite une maîtrise certaine et est moins agile en ville. Multiplié depuis des années, le scooter, pardon, le « deux roues », plus fun, plus « fixie » que le vulgaire et banlieusard à capuche « scooter », est une source de pollution, de dioxyde de carbone, de bruit, de danger pour les piétons et les cyclistes, d’encombrement de la chaussée et, selon la Mutuelle des motards, de risque majeur ! À se demander s’ils ne sont pas pires que les voitures… Alors, cette année, élevez des pigeons et apprenez-les à faire sur les scooters. 

Qu’en 2014 NKM et Hidalgo se taisent ! Entre « on va couvrir le périphérique » (lequel est en viaduc sur un tiers de son parcours…), et « on va faire un téléphérique entre les gares de Lyon et d’Austerlitz » (pourtant juste séparées par deux ponts et deux lignes de bus, sans parler des taxis et des… VTC), la course à la connerie est bien entamée, et ces dames risquent d’arriver ex aequo. Auraient-elles oublié ce qu’est la réalité des TC à Paris ? Ferment-elles d’ailleurs elles-mêmes la porte de leur auto ? Je pose la question.


Qu’en 2014 JVP (Jean-Vincent Placé) soit condamné à la marche ! Il est écolo, il est sénateur, et il a 18 000 et quelques euros d’amendes impayées. C'est ce qu’on appelle la cohérence philosophique et l’exemplarité de l’élu. Comme l’a écrit mon excellent confrère Olivier Razemon, il en faut des infractions pour accumuler autant de prunes (133 !). Il en faut du je-m’en-foutisme tout-voituresque. Il en faut beaucoup de certitude de vivre dans l’impunité. Il est vrai que les éminentes fonctions et aptitudes de Maître Placé nécessitaient qu’il se garât n’importe où et roulât n’importe commun. En tout cas, différemment du quidam. Lequel gueulera « J’y Vais Pas », aux prochaines élections, parce que JVP, même lui, un vert, est une pomme comme les autres. Allez, dégage, JVP.


J’ajouterai une année 2014 sans maladie de Charcot, qui a emporté ma mère le 12 décembre.





Une année où l’on pourra causer enfin… de l’écotaxe (voire des OGM et du nucléaire)



Qu’on mette un bonnet rouge ou qu’on ne s’inscrive pas sur les listes électorales, c’est pareil. L’écotaxe est un bâton-totem sur lequel on tape pour vomir sa frustration. Il est plus facile de déchausser un portique que de balancer du lisier sur ceux et celles qui ont ruiné la région à chapeau rond, à tous les sens du terme. De même qu’il est plus simple de taper comme un sourd sur Monsanto, et sur Areva, que de remettre à plat sereinement la philosophie agricole et notre culture énergétique.

Il n’y a ni bien ni mal dans ces questions. Ni méchant, ni gentil. Il y a, avec l’écotaxe, une tentative de changer notre vision de la valeur des choses. C’est justement cela qui gêne, car cela nous heurte, parce que cela remet en cause le fonctionnement du monde d’hier tout en nous faisant entrevoir ce que pourrait être le monde d’après. C’est trop perturbant, car cela jette une lumière trop crue sur notre mode de vie.

Nous sommes dans l’entre-deux. Notre société est coincée entre ce qu’elle ne veut plus, qui l’a mise au pied du mur, et ce qu’elle aimerait… sans trop savoir ce qu’elle aimerait. Alors elle se replie sur elle-même, elle fait le gros dos. Elle gueule et elle se trouve toutes les raisons pour ne pas se hisser au-dessus du mur.

Alors, 2014, l’année d’une vraie discussion sur l’écotaxe ? Le modèle économique breton ? La « pensée » agricole productiviste ? Le « modèle » allemand ! ?

Car si le cochon breton ne se vend plus, ce n’est pas à cause de l’écotaxe. Celle-ci ne fera que rendre encore moins rentable un mammifère qui ne l’est plus, depuis longtemps. À cause, en particulier, de l’Allemagne : outre-Rhin, le cochon vaut bien moins que le breton, car :

  • il est découpé par des « travailleurs délocalisés » venus de l’Est, considérés, par les syndicats locaux, comme des « esclaves ». Rien moins ;
  • çà et là, le cochon sert moins à faire le saucisson que le lisier, dont ont besoin d’énormes unités de méthanisation qui ont poussé grâce à un généreux tarif de rachat du kilowattheure produit. C’est le paradoxe de l’incinérateur : pour qu’il tourne à plein rendement, il faut remplir le four en permanence. Au besoin, dans le cas de la méthanisation, en lui destinant exclusivement du lisier ou du maïs… *
  • puisque le transport routier ne coûte pas grand-chose, il est des fabricants de cochons bretons qui trouvent plus avantageux d’envoyer leurs produits se faire estourbir par des Bulgares sous-payés, de l’autre côté du Rhin, que par des Bretons.
C’est bien cela qui gêne dans l’écotaxe : elle est le vilain petit canard qui dit brutalement, au cours du banquet, l’histoire vraie de la famille. Allez, va-t’en ! L’écotaxe appuie là où ça fait mal.

La perspective de l’écotaxe, pourtant, n’effraie pas tout le monde… même les
livreurs en 3,5 t. Comme me l’a écrit un mien ami, grand connaisseur du transport routier, "Certains pensent que c’est une reconnaissance de l’activité de transport de marchandises, et quelle apportera une professionnalisation des entreprises en particulier par la lutte contre l’exercice illégal de la profession ». Lequel représenterait jusqu’à 30 % des colis livrés à Paris ! Mais, ajoute cet excellent garçon, « des grands messagers qui ont recours aux transports lourds pensent qu’on se tire une balle dans le pied ».

Quoi qu’il en soit, l’écotaxe est une façon comme une autre de rationnaliser le monde du transport et de la logistique et d’afficher la réalité du modèle économique de l’agro-alimentaire. D’où son rejet par ceux qui subissent et n’osent pas espérer que ça change.



(*) Stupidité qui verra sa réalisation française dans cet élevage hors-sol aux mille vaches qui est promis pour la Somme, près d’Abbeville. J’y reviendrai.



L’année du charbon… et de l’air pur (!?)


Notre société ne sait plus quoi faire, parce qu’elle sait quoi faire tout en ne le voulant pas. Ne rien changer, parce que changer serait tout changer. Alors faisons comme si : un coup à gauche, un coup à droite, tout et son contraire, histoire de voir où nous portera le courant. Donnons des gages aux deux mondes, celui d’avant et celui de demain, et le destin décidera. Donc, ne décidons pas.

Ainsi, l’écotaxe.

Ainsi, l’énergie.

Le
charbon !

Nouvelle énergie d’avenir !
Son prix chute, à cause de la transition énergétique américaine vers le gaz (de schiste). Il s’en exporte, et les énergéticiens européens achètent car cela leur coûte moins cher que le gaz russe. Ils ferment leurs récentes centrales à gaz, rouvrent des centrales à charbon, aussi rustiques que bon marché. Surtout en Allemagne, dont la vertu écologique se paie au prix d’une augmentation lente et sûre de la part du charbon dans son mix énergétique : elle en est à 41 % ; elle sera avant la fin de la décennie à plus de 50 %. Hourra.

Le charbon, mais aussi le
pétrole. Les États-Unis n’en importent plus que 40 %. C’était 60 % il y a quelques années. Ce sera une vingtaine de pour cent dans une génération. Mais puisque leur consommation ne baisse pas, les Américains exploitent de plus en plus de pétrole non conventionnel. Extra-profond, extra-loin, extra-lourd, extra-sale. Plus le gaz de schiste. Plus, encore, le charbon que l’US Air force, comme d’autres forces aériennes d’ailleurs, se fait fort de transformer en kérosène grâce au bon vieux procédé Fischer-Tropsch qui avait permis à l’Allemagne nazie d’assurer la moitié de ses besoins en carburant.

Procédé de gazéification-liquéfaction du charbon très polluant et dispendieux… en énergie. Peu importe. L’important c’est d’être moins dépendant de la péninsule arabique.

Procédé qui s’apparente à celui permettant la transformation de la
biomasse en essence, via la gazéification, c’est-à-dire la méthanisation. Le cochon allemand et les Mille-vaches de Picardie ont de l’avenir !


Or, la Commission européenne souhaite renforcer sa directive sur l’air…

… notamment en ciblant la biomasse. Car les unités de production d’énergie à base de bois, par exemple, émettent beaucoup de polluants. En particulier les petites, celles qui ne tournent pas à plein régime. Encore le paradoxe de l’incinérateur, ou celui de la voiture diesel : les petits foyers n’ont pas le rendement suffisant permettant aux équipements antipollution de fonctionner efficacement. Alors, un jour, comme le moteur diesel,
l’Europe interdira les petits foyers qui remettent dans l’air des villes les polluants qu’elle avait bannis dès les années 1960.

En France, l’État instaure une vignette intelligente, à vertu pédagogique. Votre auto sera rouge, orange ou verte en fonction de son âge, c’est-à-dire selon sa classification Euro (qui définit les normes d’émission. On est parti de 0, on est à Euro 5, bientôt 6). Quand je vous disais que le diesel était mort, et que PSA n’a plus que des soucis à se faire…


Bref, notre monde brûle plus que jamais des combustibles fossiles, preuve que la transition (de la production) énergétique est une supercherie ; tout en renforçant les réglementations sur la pollution de l’air !


Signe des temps, signe d’un temps où les choses se mettent en place pour, demain, à la bonne occasion, basculer. En espérant du bon côté. En attendant, il serait peut-être bon de s'interroger calmement sur la sortie du
nucléaire, comme je le fais dans mon livre, car :

  • il a fallu 12 ans pour construire nos 59 tranches ;
  • il faut aujourd’hui 8 ans pour ériger la moindre éolienne (2 à 3 en Allemagne) ;
  • et 10 ans pour faire passer une ligne THT ;
  • or, dans 8 ans, nous perdrons 30 % de notre production électrique nucléaire pour cause de mise à la retraite de 20 tranches ;
  • alors que notre consommation augmente ;
  • que faisons-nous pour combler le trou ? Rien ! Ni nouvelles centrales (la filière thorium a été presque abandonnée, la quatrième génération peine à trouver des financements de recherche), ni développement des ENR, ni, surtout, mise en place d’une politique culturelle de l’énergie (j’y reviendrai).
  • donc, nous allons laisser le destin décider pour nous. Et ce sera le charbon car il est le moins cher…

Bon, mais que ça ne vous empêche pas de brûler vos bûches. Si elles sont bien sèches, bien entendu !



Pour une année des sols !


Que l’an 2014 soit celui des sols !

Tout le monde s’en fiche, et pourtant, sans sol, il n’y a pas de culture, donc pas de nourritures terrestres.

Qu’est-ce qu’un sol ? Une roche dégradée par la vie, transformée par celle-ci en lieu de vie, dont la vie assure la fertilité. Un sol, c’est une pompe à eau, un réservoir de biodiversité, un stock de carbone, un ralentisseur d’écoulement, un dépolluant, un empêcheur d’éboulement.

Un sol, ce n’est pas du gazon-thuya, ni de la terre exposée nue aux éléments en hiver. Pas plus qu’un parking ou un échangeur. Un sol vivant, auto-fertile, c’est une prairie, une pâture, une zone humide, une forêt, un champ de production céréalière en rotation de cultures. Pas trop labouré, pas trop pulvérisé : le sol, c’est notre biodiversité commune, c’est le lombric, ce qu’avait déjà démontré Darwin à la fin de sa vie, et ce lombric, ou ce collembole, n’aime pas être trop souvent perturbé.

Or, l’urbanisation et l’érosion de sols nus conduisent à la perte de nos sols. Lesquels prennent du temps pour se reconstituer, si on leur en laisse le loisir. Un bon demi-siècle.

Il faudrait comprendre que les sols naturels sont sans doute la ressource renouvelable la plus menacée aujourd’hui. En France et dans le monde. Ce qui fait que dans quelques années, les sols devenus rares seront considérés comme de bons placements financiers, ou seront achetés par les pays émergents qui en ont grand besoin. Y compris chez nous, la fédération des Safer s’en inquiète déjà.

Alors, pour 2014, votez pour ceux et celles qui gèleront l’étalement urbain, qui sanctuariseront la terre agricole, qui privilégieront les modes de cultures moins agressifs, qui construiront de nouveaux logements sur les friches industrielles, et pas sur la terre à vaches. Tiens les vaches, et les moutons. Les manger, c’est entretenir pâtures et zones humides…



Je prépare un livre sur le sujet. N’hésitez pas à me faire part de vos remarques, de vos contacts. Merci d’avance. Et je vous causerai tantôt de la compensation.



Enfin ! L’année de la culture du risque ?


Comme Schumacher n’est tombé sur la tête qu’une seule fois, les chaînes d’info continue sont tombées sur
Quimperlé pour en faire des tonnes. Ou plutôt des mètres cubes. Ainsi a-t’on a vu et revu les scènes cent fois vues et revues d’eau qui monte, de voitures noyées, de pauvres-gens-qui-ont-tout-perdu, de pompiers transportant mémé dans une barque.

On a vu et entendu les mêmes dénonciations des digues pas assez hautes, du Préfet pas assez diligent, de Météo France pas assez divinatoire. On a entonné l’inévitable chanson sur le réchauffement climatique (peut-être lié, on ne sait pas, mais ça y ressemble), et hurlé contre l’étalement urbain.

Certes, l’étalement urbain, l’étanchéification des sols (voir note précédente), la construction de logements en zones inondables ont accru notre vulnérabilité.

Mais pas que.

Car Quimperlé est une très vieille ville. Qui a toujours été inondée. Plutôt moins au cours du XXe siècle que durant les siècles précédents.

Mais on l’a oublié. Nous n’avons plus de mémoire. Nous ne savons plus que l’eau est irrépressible, que c’est elle qui détruit et tue. Toujours. Nous pensons qu’une digue ou une assurance suffise.

En réalité, nous n’avons plus aucune culture du risque. Même pas le minimum qui incitait les « anciens », avant, à ne pas mettre l’électricité au rez-de-chaussée de la maison qu’ils savaient être en zone inondable, à renforcer les fondations et à mettre des piles dans une boîte de biscuit à côté de la radio, au grenier, au cas où…

Qu’en 2014 se développe enfin une culture du risque à l’école, dans les médias, lors de manifestations. On peut construire en zone inondable, mais en connaissance de cause. L’eau qui n’est pas revenue en ville depuis un siècle reviendra, de toute façon, et fera beaucoup de dégâts, parce que nous sommes plus nombreux et dépendants de l’électricité, du gaz, du téléphone.

 Il y a des gestes, des évidences à connaître, Du bon sens. Les crues reviendront car l'étalement urbain se poursuit et le réchauffement climatique, en théorie, accroîtra la fréquence et ou l’intensité des phénomènes. Il est temps !




3ème newsletter ! Coups de griffes, écotaxe 3, charbon, biomasse, pollution de l'air, nucléaire, pâtures et Quimperlé.


Pour une année sans fixies, ni scooters, ni projets électoralistes débiles, ni Jean-Vincent Placé !

Que 2014 soit l’année du terrorisme du dérailleur ! Du happening au levier de freins ! « Customisez » ainsi tous les fixies que vous rencontrerez (voir ma newsletter précédente), afin de les transformer en vélos normaux. N’oubliez pas de tartiner du cambouis partout, pour parfaire la métamorphose. Ensuite vous jeterez des pignons sur leurs possesseurs. Aux dernières nouvelles, ils rouleraient d’une main, l’autre tenant un sac à main pour hommes.

Que 2014 soit aussi l’année des fientes de pigeons générale sur les selles des scooters ! En général, hormis pour les trajets parisiens de banlieue proche à banlieue proche qui nécessitent parfois une mesure extrême de ce type, le scooter est l’emblème inutile du mâle relativement aisé (ça coûte cher !) qui ne veut surtout pas prendre les transports en commun, parce que ce n’est pas pour lui, que ça pue, que ça craint, que c’est trop lent, que c’est trop populeux etc ; ni monter sur un vélo, autrement plus fatigant ; ni sortir la voiture, évidemment plus lente en semaine ; ni acheter une moto, qui serait plus sûre, mais nécessite une maîtrise certaine et est moins agile en ville. Multiplié depuis des années, le scooter, pardon, le « deux roues », plus fun, plus « fixie » que le vulgaire et banlieusard à capuche « scooter », est une source de pollution, de dioxyde de carbone, de bruit, de danger pour les piétons et les cyclistes, d’encombrement de la chaussée et, selon la Mutuelle des motards, de risque majeur ! À se demander s’ils ne sont pas pires que les voitures… Alors, cette année, élevez des pigeons et apprenez-les à faire sur les scooters. 

Qu’en 2014 NKM et Hidalgo se taisent ! Entre « on va couvrir le périphérique » (lequel est en viaduc sur un tiers de son parcours…), et « on va faire un téléphérique entre les gares de Lyon et d’Austerlitz » (pourtant juste séparées par deux ponts et deux lignes de bus, sans parler des taxis et des… VTC), la course à la connerie est bien entamée, et ces dames risquent d’arriver ex aequo. Auraient-elles oublié ce qu’est la réalité des TC à Paris ? Ferment-elles d’ailleurs elles-mêmes la porte de leur auto ? Je pose la question.


Qu’en 2014 JVP (Jean-Vincent Placé) soit condamné à la marche ! Il est écolo, il est sénateur, et il a 18 000 et quelques euros d’amendes impayées. C'est ce qu’on appelle la cohérence philosophique et l’exemplarité de l’élu. Comme l’a écrit mon excellent confrère Olivier Razemon, il en faut des infractions pour accumuler autant de prunes (133 !). Il en faut du je-m’en-foutisme tout-voituresque. Il en faut beaucoup de certitude de vivre dans l’impunité. Il est vrai que les éminentes fonctions et aptitudes de Maître Placé nécessitaient qu’il se garât n’importe où et roulât n’importe commun. En tout cas, différemment du quidam. Lequel gueulera « J’y Vais Pas », aux prochaines élections, parce que JVP, même lui, un vert, est une pomme comme les autres. Allez, dégage, JVP.


J’ajouterai une année 2014 sans maladie de Charcot, qui a emporté ma mère le 12 décembre.





Une année où l’on pourra causer enfin… de l’écotaxe (voire des OGM et du nucléaire)



Qu’on mette un bonnet rouge ou qu’on ne s’inscrive pas sur les listes électorales, c’est pareil. L’écotaxe est un bâton-totem sur lequel on tape pour vomir sa frustration. Il est plus facile de déchausser un portique que de balancer du lisier sur ceux et celles qui ont ruiné la région à chapeau rond, à tous les sens du terme. De même qu’il est plus simple de taper comme un sourd sur Monsanto, et sur Areva, que de remettre à plat sereinement la philosophie agricole et notre culture énergétique.

Il n’y a ni bien ni mal dans ces questions. Ni méchant, ni gentil. Il y a, avec l’écotaxe, une tentative de changer notre vision de la valeur des choses. C’est justement cela qui gêne, car cela nous heurte, parce que cela remet en cause le fonctionnement du monde d’hier tout en nous faisant entrevoir ce que pourrait être le monde d’après. C’est trop perturbant, car cela jette une lumière trop crue sur notre mode de vie.

Nous sommes dans l’entre-deux. Notre société est coincée entre ce qu’elle ne veut plus, qui l’a mise au pied du mur, et ce qu’elle aimerait… sans trop savoir ce qu’elle aimerait. Alors elle se replie sur elle-même, elle fait le gros dos. Elle gueule et elle se trouve toutes les raisons pour ne pas se hisser au-dessus du mur.

Alors, 2014, l’année d’une vraie discussion sur l’écotaxe ? Le modèle économique breton ? La « pensée » agricole productiviste ? Le « modèle » allemand ! ?

Car si le cochon breton ne se vend plus, ce n’est pas à cause de l’écotaxe. Celle-ci ne fera que rendre encore moins rentable un mammifère qui ne l’est plus, depuis longtemps. À cause, en particulier, de l’Allemagne : outre-Rhin, le cochon vaut bien moins que le breton, car :

  • il est découpé par des « travailleurs délocalisés » venus de l’Est, considérés, par les syndicats locaux, comme des « esclaves ». Rien moins ;
  • çà et là, le cochon sert moins à faire le saucisson que le lisier, dont ont besoin d’énormes unités de méthanisation qui ont poussé grâce à un généreux tarif de rachat du kilowattheure produit. C’est le paradoxe de l’incinérateur : pour qu’il tourne à plein rendement, il faut remplir le four en permanence. Au besoin, dans le cas de la méthanisation, en lui destinant exclusivement du lisier ou du maïs… *
  • puisque le transport routier ne coûte pas grand-chose, il est des fabricants de cochons bretons qui trouvent plus avantageux d’envoyer leurs produits se faire estourbir par des Bulgares sous-payés, de l’autre côté du Rhin, que par des Bretons.
C’est bien cela qui gêne dans l’écotaxe : elle est le vilain petit canard qui dit brutalement, au cours du banquet, l’histoire vraie de la famille. Allez, va-t’en ! L’écotaxe appuie là où ça fait mal.

La perspective de l’écotaxe, pourtant, n’effraie pas tout le monde… même les
livreurs en 3,5 t. Comme me l’a écrit un mien ami, grand connaisseur du transport routier, "Certains pensent que c’est une reconnaissance de l’activité de transport de marchandises, et quelle apportera une professionnalisation des entreprises en particulier par la lutte contre l’exercice illégal de la profession ». Lequel représenterait jusqu’à 30 % des colis livrés à Paris ! Mais, ajoute cet excellent garçon, « des grands messagers qui ont recours aux transports lourds pensent qu’on se tire une balle dans le pied ».

Quoi qu’il en soit, l’écotaxe est une façon comme une autre de rationnaliser le monde du transport et de la logistique et d’afficher la réalité du modèle économique de l’agro-alimentaire. D’où son rejet par ceux qui subissent et n’osent pas espérer que ça change.



(*) Stupidité qui verra sa réalisation française dans cet élevage hors-sol aux mille vaches qui est promis pour la Somme, près d’Abbeville. J’y reviendrai.



L’année du charbon… et de l’air pur (!?)


Notre société ne sait plus quoi faire, parce qu’elle sait quoi faire tout en ne le voulant pas. Ne rien changer, parce que changer serait tout changer. Alors faisons comme si : un coup à gauche, un coup à droite, tout et son contraire, histoire de voir où nous portera le courant. Donnons des gages aux deux mondes, celui d’avant et celui de demain, et le destin décidera. Donc, ne décidons pas.

Ainsi, l’écotaxe.

Ainsi, l’énergie.

Le
charbon !

Nouvelle énergie d’avenir !
Son prix chute, à cause de la transition énergétique américaine vers le gaz (de schiste). Il s’en exporte, et les énergéticiens européens achètent car cela leur coûte moins cher que le gaz russe. Ils ferment leurs récentes centrales à gaz, rouvrent des centrales à charbon, aussi rustiques que bon marché. Surtout en Allemagne, dont la vertu écologique se paie au prix d’une augmentation lente et sûre de la part du charbon dans son mix énergétique : elle en est à 41 % ; elle sera avant la fin de la décennie à plus de 50 %. Hourra.

Le charbon, mais aussi le
pétrole. Les États-Unis n’en importent plus que 40 %. C’était 60 % il y a quelques années. Ce sera une vingtaine de pour cent dans une génération. Mais puisque leur consommation ne baisse pas, les Américains exploitent de plus en plus de pétrole non conventionnel. Extra-profond, extra-loin, extra-lourd, extra-sale. Plus le gaz de schiste. Plus, encore, le charbon que l’US Air force, comme d’autres forces aériennes d’ailleurs, se fait fort de transformer en kérosène grâce au bon vieux procédé Fischer-Tropsch qui avait permis à l’Allemagne nazie d’assurer la moitié de ses besoins en carburant.

Procédé de gazéification-liquéfaction du charbon très polluant et dispendieux… en énergie. Peu importe. L’important c’est d’être moins dépendant de la péninsule arabique.

Procédé qui s’apparente à celui permettant la transformation de la
biomasse en essence, via la gazéification, c’est-à-dire la méthanisation. Le cochon allemand et les Mille-vaches de Picardie ont de l’avenir !


Or, la Commission européenne souhaite renforcer sa directive sur l’air…

… notamment en ciblant la biomasse. Car les unités de production d’énergie à base de bois, par exemple, émettent beaucoup de polluants. En particulier les petites, celles qui ne tournent pas à plein régime. Encore le paradoxe de l’incinérateur, ou celui de la voiture diesel : les petits foyers n’ont pas le rendement suffisant permettant aux équipements antipollution de fonctionner efficacement. Alors, un jour, comme le moteur diesel,
l’Europe interdira les petits foyers qui remettent dans l’air des villes les polluants qu’elle avait bannis dès les années 1960.

En France, l’État instaure une vignette intelligente, à vertu pédagogique. Votre auto sera rouge, orange ou verte en fonction de son âge, c’est-à-dire selon sa classification Euro (qui définit les normes d’émission. On est parti de 0, on est à Euro 5, bientôt 6). Quand je vous disais que le diesel était mort, et que PSA n’a plus que des soucis à se faire…


Bref, notre monde brûle plus que jamais des combustibles fossiles, preuve que la transition (de la production) énergétique est une supercherie ; tout en renforçant les réglementations sur la pollution de l’air !


Signe des temps, signe d’un temps où les choses se mettent en place pour, demain, à la bonne occasion, basculer. En espérant du bon côté. En attendant, il serait peut-être bon de s'interroger calmement sur la sortie du
nucléaire, comme je le fais dans mon livre, car :

  • il a fallu 12 ans pour construire nos 59 tranches ;
  • il faut aujourd’hui 8 ans pour ériger la moindre éolienne (2 à 3 en Allemagne) ;
  • et 10 ans pour faire passer une ligne THT ;
  • or, dans 8 ans, nous perdrons 30 % de notre production électrique nucléaire pour cause de mise à la retraite de 20 tranches ;
  • alors que notre consommation augmente ;
  • que faisons-nous pour combler le trou ? Rien ! Ni nouvelles centrales (la filière thorium a été presque abandonnée, la quatrième génération peine à trouver des financements de recherche), ni développement des ENR, ni, surtout, mise en place d’une politique culturelle de l’énergie (j’y reviendrai).
  • donc, nous allons laisser le destin décider pour nous. Et ce sera le charbon car il est le moins cher…

Bon, mais que ça ne vous empêche pas de brûler vos bûches. Si elles sont bien sèches, bien entendu !



Pour une année des sols !


Que l’an 2014 soit celui des sols !

Tout le monde s’en fiche, et pourtant, sans sol, il n’y a pas de culture, donc pas de nourritures terrestres.

Qu’est-ce qu’un sol ? Une roche dégradée par la vie, transformée par celle-ci en lieu de vie, dont la vie assure la fertilité. Un sol, c’est une pompe à eau, un réservoir de biodiversité, un stock de carbone, un ralentisseur d’écoulement, un dépolluant, un empêcheur d’éboulement.

Un sol, ce n’est pas du gazon-thuya, ni de la terre exposée nue aux éléments en hiver. Pas plus qu’un parking ou un échangeur. Un sol vivant, auto-fertile, c’est une prairie, une pâture, une zone humide, une forêt, un champ de production céréalière en rotation de cultures. Pas trop labouré, pas trop pulvérisé : le sol, c’est notre biodiversité commune, c’est le lombric, ce qu’avait déjà démontré Darwin à la fin de sa vie, et ce lombric, ou ce collembole, n’aime pas être trop souvent perturbé.

Or, l’urbanisation et l’érosion de sols nus conduisent à la perte de nos sols. Lesquels prennent du temps pour se reconstituer, si on leur en laisse le loisir. Un bon demi-siècle.

Il faudrait comprendre que les sols naturels sont sans doute la ressource renouvelable la plus menacée aujourd’hui. En France et dans le monde. Ce qui fait que dans quelques années, les sols devenus rares seront considérés comme de bons placements financiers, ou seront achetés par les pays émergents qui en ont grand besoin. Y compris chez nous, la fédération des Safer s’en inquiète déjà.

Alors, pour 2014, votez pour ceux et celles qui gèleront l’étalement urbain, qui sanctuariseront la terre agricole, qui privilégieront les modes de cultures moins agressifs, qui construiront de nouveaux logements sur les friches industrielles, et pas sur la terre à vaches. Tiens les vaches, et les moutons. Les manger, c’est entretenir pâtures et zones humides…



Je prépare un livre sur le sujet. N’hésitez pas à me faire part de vos remarques, de vos contacts. Merci d’avance. Et je vous causerai tantôt de la compensation.



Enfin ! L’année de la culture du risque ?


Comme Schumacher n’est tombé sur la tête qu’une seule fois, les chaînes d’info continue sont tombées sur
Quimperlé pour en faire des tonnes. Ou plutôt des mètres cubes. Ainsi a-t’on a vu et revu les scènes cent fois vues et revues d’eau qui monte, de voitures noyées, de pauvres-gens-qui-ont-tout-perdu, de pompiers transportant mémé dans une barque.

On a vu et entendu les mêmes dénonciations des digues pas assez hautes, du Préfet pas assez diligent, de Météo France pas assez divinatoire. On a entonné l’inévitable chanson sur le réchauffement climatique (peut-être lié, on ne sait pas, mais ça y ressemble), et hurlé contre l’étalement urbain.

Certes, l’étalement urbain, l’étanchéification des sols (voir note précédente), la construction de logements en zones inondables ont accru notre vulnérabilité.

Mais pas que.

Car Quimperlé est une très vieille ville. Qui a toujours été inondée. Plutôt moins au cours du XXe siècle que durant les siècles précédents.

Mais on l’a oublié. Nous n’avons plus de mémoire. Nous ne savons plus que l’eau est irrépressible, que c’est elle qui détruit et tue. Toujours. Nous pensons qu’une digue ou une assurance suffise.

En réalité, nous n’avons plus aucune culture du risque. Même pas le minimum qui incitait les « anciens », avant, à ne pas mettre l’électricité au rez-de-chaussée de la maison qu’ils savaient être en zone inondable, à renforcer les fondations et à mettre des piles dans une boîte de biscuit à côté de la radio, au grenier, au cas où…

Qu’en 2014 se développe enfin une culture du risque à l’école, dans les médias, lors de manifestations. On peut construire en zone inondable, mais en connaissance de cause. L’eau qui n’est pas revenue en ville depuis un siècle reviendra, de toute façon, et fera beaucoup de dégâts, parce que nous sommes plus nombreux et dépendants de l’électricité, du gaz, du téléphone.

 Il y a des gestes, des évidences à connaître, Du bon sens. Les crues reviendront car l'étalement urbain se poursuit et le réchauffement climatique, en théorie, accroîtra la fréquence et ou l’intensité des phénomènes. Il est temps !