3ème newsletter ! Coups de griffes, écotaxe 3, charbon, biomasse, pollution de l'air, nucléaire, pâtures et Quimperlé.


Pour une année sans fixies, ni scooters, ni projets électoralistes débiles, ni Jean-Vincent Placé !

Que 2014 soit l’année du terrorisme du dérailleur ! Du happening au levier de freins ! « Customisez » ainsi tous les fixies que vous rencontrerez (voir ma newsletter précédente), afin de les transformer en vélos normaux. N’oubliez pas de tartiner du cambouis partout, pour parfaire la métamorphose. Ensuite vous jeterez des pignons sur leurs possesseurs. Aux dernières nouvelles, ils rouleraient d’une main, l’autre tenant un sac à main pour hommes.

Que 2014 soit aussi l’année des fientes de pigeons générale sur les selles des scooters ! En général, hormis pour les trajets parisiens de banlieue proche à banlieue proche qui nécessitent parfois une mesure extrême de ce type, le scooter est l’emblème inutile du mâle relativement aisé (ça coûte cher !) qui ne veut surtout pas prendre les transports en commun, parce que ce n’est pas pour lui, que ça pue, que ça craint, que c’est trop lent, que c’est trop populeux etc ; ni monter sur un vélo, autrement plus fatigant ; ni sortir la voiture, évidemment plus lente en semaine ; ni acheter une moto, qui serait plus sûre, mais nécessite une maîtrise certaine et est moins agile en ville. Multiplié depuis des années, le scooter, pardon, le « deux roues », plus fun, plus « fixie » que le vulgaire et banlieusard à capuche « scooter », est une source de pollution, de dioxyde de carbone, de bruit, de danger pour les piétons et les cyclistes, d’encombrement de la chaussée et, selon la Mutuelle des motards, de risque majeur ! À se demander s’ils ne sont pas pires que les voitures… Alors, cette année, élevez des pigeons et apprenez-les à faire sur les scooters. 

Qu’en 2014 NKM et Hidalgo se taisent ! Entre « on va couvrir le périphérique » (lequel est en viaduc sur un tiers de son parcours…), et « on va faire un téléphérique entre les gares de Lyon et d’Austerlitz » (pourtant juste séparées par deux ponts et deux lignes de bus, sans parler des taxis et des… VTC), la course à la connerie est bien entamée, et ces dames risquent d’arriver ex aequo. Auraient-elles oublié ce qu’est la réalité des TC à Paris ? Ferment-elles d’ailleurs elles-mêmes la porte de leur auto ? Je pose la question.


Qu’en 2014 JVP (Jean-Vincent Placé) soit condamné à la marche ! Il est écolo, il est sénateur, et il a 18 000 et quelques euros d’amendes impayées. C'est ce qu’on appelle la cohérence philosophique et l’exemplarité de l’élu. Comme l’a écrit mon excellent confrère Olivier Razemon, il en faut des infractions pour accumuler autant de prunes (133 !). Il en faut du je-m’en-foutisme tout-voituresque. Il en faut beaucoup de certitude de vivre dans l’impunité. Il est vrai que les éminentes fonctions et aptitudes de Maître Placé nécessitaient qu’il se garât n’importe où et roulât n’importe commun. En tout cas, différemment du quidam. Lequel gueulera « J’y Vais Pas », aux prochaines élections, parce que JVP, même lui, un vert, est une pomme comme les autres. Allez, dégage, JVP.


J’ajouterai une année 2014 sans maladie de Charcot, qui a emporté ma mère le 12 décembre.





Une année où l’on pourra causer enfin… de l’écotaxe (voire des OGM et du nucléaire)



Qu’on mette un bonnet rouge ou qu’on ne s’inscrive pas sur les listes électorales, c’est pareil. L’écotaxe est un bâton-totem sur lequel on tape pour vomir sa frustration. Il est plus facile de déchausser un portique que de balancer du lisier sur ceux et celles qui ont ruiné la région à chapeau rond, à tous les sens du terme. De même qu’il est plus simple de taper comme un sourd sur Monsanto, et sur Areva, que de remettre à plat sereinement la philosophie agricole et notre culture énergétique.

Il n’y a ni bien ni mal dans ces questions. Ni méchant, ni gentil. Il y a, avec l’écotaxe, une tentative de changer notre vision de la valeur des choses. C’est justement cela qui gêne, car cela nous heurte, parce que cela remet en cause le fonctionnement du monde d’hier tout en nous faisant entrevoir ce que pourrait être le monde d’après. C’est trop perturbant, car cela jette une lumière trop crue sur notre mode de vie.

Nous sommes dans l’entre-deux. Notre société est coincée entre ce qu’elle ne veut plus, qui l’a mise au pied du mur, et ce qu’elle aimerait… sans trop savoir ce qu’elle aimerait. Alors elle se replie sur elle-même, elle fait le gros dos. Elle gueule et elle se trouve toutes les raisons pour ne pas se hisser au-dessus du mur.

Alors, 2014, l’année d’une vraie discussion sur l’écotaxe ? Le modèle économique breton ? La « pensée » agricole productiviste ? Le « modèle » allemand ! ?

Car si le cochon breton ne se vend plus, ce n’est pas à cause de l’écotaxe. Celle-ci ne fera que rendre encore moins rentable un mammifère qui ne l’est plus, depuis longtemps. À cause, en particulier, de l’Allemagne : outre-Rhin, le cochon vaut bien moins que le breton, car :

  • il est découpé par des « travailleurs délocalisés » venus de l’Est, considérés, par les syndicats locaux, comme des « esclaves ». Rien moins ;
  • çà et là, le cochon sert moins à faire le saucisson que le lisier, dont ont besoin d’énormes unités de méthanisation qui ont poussé grâce à un généreux tarif de rachat du kilowattheure produit. C’est le paradoxe de l’incinérateur : pour qu’il tourne à plein rendement, il faut remplir le four en permanence. Au besoin, dans le cas de la méthanisation, en lui destinant exclusivement du lisier ou du maïs… *
  • puisque le transport routier ne coûte pas grand-chose, il est des fabricants de cochons bretons qui trouvent plus avantageux d’envoyer leurs produits se faire estourbir par des Bulgares sous-payés, de l’autre côté du Rhin, que par des Bretons.
C’est bien cela qui gêne dans l’écotaxe : elle est le vilain petit canard qui dit brutalement, au cours du banquet, l’histoire vraie de la famille. Allez, va-t’en ! L’écotaxe appuie là où ça fait mal.

La perspective de l’écotaxe, pourtant, n’effraie pas tout le monde… même les
livreurs en 3,5 t. Comme me l’a écrit un mien ami, grand connaisseur du transport routier, "Certains pensent que c’est une reconnaissance de l’activité de transport de marchandises, et quelle apportera une professionnalisation des entreprises en particulier par la lutte contre l’exercice illégal de la profession ». Lequel représenterait jusqu’à 30 % des colis livrés à Paris ! Mais, ajoute cet excellent garçon, « des grands messagers qui ont recours aux transports lourds pensent qu’on se tire une balle dans le pied ».

Quoi qu’il en soit, l’écotaxe est une façon comme une autre de rationnaliser le monde du transport et de la logistique et d’afficher la réalité du modèle économique de l’agro-alimentaire. D’où son rejet par ceux qui subissent et n’osent pas espérer que ça change.



(*) Stupidité qui verra sa réalisation française dans cet élevage hors-sol aux mille vaches qui est promis pour la Somme, près d’Abbeville. J’y reviendrai.



L’année du charbon… et de l’air pur (!?)


Notre société ne sait plus quoi faire, parce qu’elle sait quoi faire tout en ne le voulant pas. Ne rien changer, parce que changer serait tout changer. Alors faisons comme si : un coup à gauche, un coup à droite, tout et son contraire, histoire de voir où nous portera le courant. Donnons des gages aux deux mondes, celui d’avant et celui de demain, et le destin décidera. Donc, ne décidons pas.

Ainsi, l’écotaxe.

Ainsi, l’énergie.

Le
charbon !

Nouvelle énergie d’avenir !
Son prix chute, à cause de la transition énergétique américaine vers le gaz (de schiste). Il s’en exporte, et les énergéticiens européens achètent car cela leur coûte moins cher que le gaz russe. Ils ferment leurs récentes centrales à gaz, rouvrent des centrales à charbon, aussi rustiques que bon marché. Surtout en Allemagne, dont la vertu écologique se paie au prix d’une augmentation lente et sûre de la part du charbon dans son mix énergétique : elle en est à 41 % ; elle sera avant la fin de la décennie à plus de 50 %. Hourra.

Le charbon, mais aussi le
pétrole. Les États-Unis n’en importent plus que 40 %. C’était 60 % il y a quelques années. Ce sera une vingtaine de pour cent dans une génération. Mais puisque leur consommation ne baisse pas, les Américains exploitent de plus en plus de pétrole non conventionnel. Extra-profond, extra-loin, extra-lourd, extra-sale. Plus le gaz de schiste. Plus, encore, le charbon que l’US Air force, comme d’autres forces aériennes d’ailleurs, se fait fort de transformer en kérosène grâce au bon vieux procédé Fischer-Tropsch qui avait permis à l’Allemagne nazie d’assurer la moitié de ses besoins en carburant.

Procédé de gazéification-liquéfaction du charbon très polluant et dispendieux… en énergie. Peu importe. L’important c’est d’être moins dépendant de la péninsule arabique.

Procédé qui s’apparente à celui permettant la transformation de la
biomasse en essence, via la gazéification, c’est-à-dire la méthanisation. Le cochon allemand et les Mille-vaches de Picardie ont de l’avenir !


Or, la Commission européenne souhaite renforcer sa directive sur l’air…

… notamment en ciblant la biomasse. Car les unités de production d’énergie à base de bois, par exemple, émettent beaucoup de polluants. En particulier les petites, celles qui ne tournent pas à plein régime. Encore le paradoxe de l’incinérateur, ou celui de la voiture diesel : les petits foyers n’ont pas le rendement suffisant permettant aux équipements antipollution de fonctionner efficacement. Alors, un jour, comme le moteur diesel,
l’Europe interdira les petits foyers qui remettent dans l’air des villes les polluants qu’elle avait bannis dès les années 1960.

En France, l’État instaure une vignette intelligente, à vertu pédagogique. Votre auto sera rouge, orange ou verte en fonction de son âge, c’est-à-dire selon sa classification Euro (qui définit les normes d’émission. On est parti de 0, on est à Euro 5, bientôt 6). Quand je vous disais que le diesel était mort, et que PSA n’a plus que des soucis à se faire…


Bref, notre monde brûle plus que jamais des combustibles fossiles, preuve que la transition (de la production) énergétique est une supercherie ; tout en renforçant les réglementations sur la pollution de l’air !


Signe des temps, signe d’un temps où les choses se mettent en place pour, demain, à la bonne occasion, basculer. En espérant du bon côté. En attendant, il serait peut-être bon de s'interroger calmement sur la sortie du
nucléaire, comme je le fais dans mon livre, car :

  • il a fallu 12 ans pour construire nos 59 tranches ;
  • il faut aujourd’hui 8 ans pour ériger la moindre éolienne (2 à 3 en Allemagne) ;
  • et 10 ans pour faire passer une ligne THT ;
  • or, dans 8 ans, nous perdrons 30 % de notre production électrique nucléaire pour cause de mise à la retraite de 20 tranches ;
  • alors que notre consommation augmente ;
  • que faisons-nous pour combler le trou ? Rien ! Ni nouvelles centrales (la filière thorium a été presque abandonnée, la quatrième génération peine à trouver des financements de recherche), ni développement des ENR, ni, surtout, mise en place d’une politique culturelle de l’énergie (j’y reviendrai).
  • donc, nous allons laisser le destin décider pour nous. Et ce sera le charbon car il est le moins cher…

Bon, mais que ça ne vous empêche pas de brûler vos bûches. Si elles sont bien sèches, bien entendu !



Pour une année des sols !


Que l’an 2014 soit celui des sols !

Tout le monde s’en fiche, et pourtant, sans sol, il n’y a pas de culture, donc pas de nourritures terrestres.

Qu’est-ce qu’un sol ? Une roche dégradée par la vie, transformée par celle-ci en lieu de vie, dont la vie assure la fertilité. Un sol, c’est une pompe à eau, un réservoir de biodiversité, un stock de carbone, un ralentisseur d’écoulement, un dépolluant, un empêcheur d’éboulement.

Un sol, ce n’est pas du gazon-thuya, ni de la terre exposée nue aux éléments en hiver. Pas plus qu’un parking ou un échangeur. Un sol vivant, auto-fertile, c’est une prairie, une pâture, une zone humide, une forêt, un champ de production céréalière en rotation de cultures. Pas trop labouré, pas trop pulvérisé : le sol, c’est notre biodiversité commune, c’est le lombric, ce qu’avait déjà démontré Darwin à la fin de sa vie, et ce lombric, ou ce collembole, n’aime pas être trop souvent perturbé.

Or, l’urbanisation et l’érosion de sols nus conduisent à la perte de nos sols. Lesquels prennent du temps pour se reconstituer, si on leur en laisse le loisir. Un bon demi-siècle.

Il faudrait comprendre que les sols naturels sont sans doute la ressource renouvelable la plus menacée aujourd’hui. En France et dans le monde. Ce qui fait que dans quelques années, les sols devenus rares seront considérés comme de bons placements financiers, ou seront achetés par les pays émergents qui en ont grand besoin. Y compris chez nous, la fédération des Safer s’en inquiète déjà.

Alors, pour 2014, votez pour ceux et celles qui gèleront l’étalement urbain, qui sanctuariseront la terre agricole, qui privilégieront les modes de cultures moins agressifs, qui construiront de nouveaux logements sur les friches industrielles, et pas sur la terre à vaches. Tiens les vaches, et les moutons. Les manger, c’est entretenir pâtures et zones humides…



Je prépare un livre sur le sujet. N’hésitez pas à me faire part de vos remarques, de vos contacts. Merci d’avance. Et je vous causerai tantôt de la compensation.



Enfin ! L’année de la culture du risque ?


Comme Schumacher n’est tombé sur la tête qu’une seule fois, les chaînes d’info continue sont tombées sur
Quimperlé pour en faire des tonnes. Ou plutôt des mètres cubes. Ainsi a-t’on a vu et revu les scènes cent fois vues et revues d’eau qui monte, de voitures noyées, de pauvres-gens-qui-ont-tout-perdu, de pompiers transportant mémé dans une barque.

On a vu et entendu les mêmes dénonciations des digues pas assez hautes, du Préfet pas assez diligent, de Météo France pas assez divinatoire. On a entonné l’inévitable chanson sur le réchauffement climatique (peut-être lié, on ne sait pas, mais ça y ressemble), et hurlé contre l’étalement urbain.

Certes, l’étalement urbain, l’étanchéification des sols (voir note précédente), la construction de logements en zones inondables ont accru notre vulnérabilité.

Mais pas que.

Car Quimperlé est une très vieille ville. Qui a toujours été inondée. Plutôt moins au cours du XXe siècle que durant les siècles précédents.

Mais on l’a oublié. Nous n’avons plus de mémoire. Nous ne savons plus que l’eau est irrépressible, que c’est elle qui détruit et tue. Toujours. Nous pensons qu’une digue ou une assurance suffise.

En réalité, nous n’avons plus aucune culture du risque. Même pas le minimum qui incitait les « anciens », avant, à ne pas mettre l’électricité au rez-de-chaussée de la maison qu’ils savaient être en zone inondable, à renforcer les fondations et à mettre des piles dans une boîte de biscuit à côté de la radio, au grenier, au cas où…

Qu’en 2014 se développe enfin une culture du risque à l’école, dans les médias, lors de manifestations. On peut construire en zone inondable, mais en connaissance de cause. L’eau qui n’est pas revenue en ville depuis un siècle reviendra, de toute façon, et fera beaucoup de dégâts, parce que nous sommes plus nombreux et dépendants de l’électricité, du gaz, du téléphone.

 Il y a des gestes, des évidences à connaître, Du bon sens. Les crues reviendront car l'étalement urbain se poursuit et le réchauffement climatique, en théorie, accroîtra la fréquence et ou l’intensité des phénomènes. Il est temps !