4e newsletter ! Bulle carbone, bulle pontificale, bulle d'hypers, tout ça en trottinette !

Hulot visité par l’extase, et nous par l'effroi


C’est consternant (Le Monde) : Nicolas Hulot, homm estimable s’il en est, en est aujourd’hui à baiser la pantoufle du pape et du pope, en attendant celles de l’imam et du rabbin, pour espérer provoquer l’indispensable sursaut qui évitera à l’humanité de sombrer dans le chaos climatique. Lui qui connaît tout le monde, qui a l’oreille des importants, en est arrivé là. C’est dire si d’avoir l’oreille des décideurs est utile.

Quel aveu d’échec ! Quel constat accablant !
En être à demander à l’irrationnel d’intervenir pour faire entendre raison aux laïcs qui nous gouvernent… et ce au moment où les culs-bénits, les royalistes et les réactionnaires manifestent violemment pour qu'enfin la France revienne dans l’ordre sacré judéo-chrétien de la famille.

Dans notre société très éduquée, cultivée, technoscientifique, ultrarationaliste ; la science, le bon sens, l’intuition, le sens de l'intérêt général, les faits, ne suffisent donc plus. Il faut en appeler aux racines chrétiennes. Les Français se cherchent depuis des années dans une civilisation qui ne croît plus en rien d'autre qu’acheter et n’envisage l’avenir qu’à coups de crédit. Ils meublent le vide en achetant, en faisant des crédits, en râlant, en confiant leur âme meurtrie à des extrêmes. Ils cherchent  simplement à croire encore en quelque grandeur. Hulot leur propose la Grandeur, à défaut de la Nation vidée de son sens symbolique.

Nicolas Hulot, s’allant baiser les pantoufles, a vidé les simples humanistes de leur foi en la raison.

Mais peut-on donner lui tort !? Après tout, ses copains écolos tapent depuis des années sur la Nation, réputée archaïque, raciste, inutile et fondamentalement opressante. Alors, pourquoi pas l’Église…

En ce qui me concerne, je n’ai qu’une religion, la République, et son incarnation, la Nation. Et puisque tout semble fichu, car c’est ce qu’il faut comprendre dans la démarche de Nicolas Hulot, je continuerai à brûler du curé : quitte à avoir un réchauffement climatique, autant qu’il ressemble à l’enfer de Dante. Quant à voter aux prochaines élections…




CO2 et Euro, deux monnaies uniques, deux échecs


Comme je l’ai précédemment démontré dans un livre génial qu’un odieux complot médiatique n’a pas fait connaître au public le plus immense (La Dictature du carbone, Fayard, 2011), le carbone est non seulement le nouveau PIB, indicateur dictateur monomaniaque, il est aussi une nouvelle monnaie. C’est l’euro, sous une forme évanescente. Devant lequel l’essentiel des cerveaux français se prosterne. Un genou posé face à chaque icône, les rhumatismes menacent.

Le CO2, une monnaie ?
Oui, car il s'échange au sein d’un marché parfaitement inefficace, très complexe, perclus de chausse-trappes, perverti qu’il est par l’idée que tout se compte et se mesure, affligé par la tare de naissance d'une allocation trop généreuses de quotas à des pays (de l’Est) souffreteux et des industries lourdes fragiles face aux fluctuations économiques et agitant chaque matin la menace de la délocalisation,
Aujourd’hui, après l’effondrement des pays de l’est et la crise, les émissions ont assez baissé pour que le marché soit gavé de quotas invendus qui tirent les prix vers le ridicule. Du coup, il faudrait que les prix remontent sérieusement pour que les industries soient incités à faire des efforts d’efficacité énergétique. Mais pour que ces prix remontent, il faudrait aussi que le nombre de quotas baisse, et donc que beaucoup de quotas soient achetés… par des industries qui émettraient trop !

Conclusion : avec le marché du carbone, pour espérer moins émettre demain, il faut plus émettre aujourd'hui. La valeur de la monnaie-carbone dépend de sa rareté. Il ne faut pas d’inflation !

Le CO2 est une monnaie, également parce que les systèmes de compensation l’ont transformé en ligne comptable. "J’émets trop, je finance un four à bois au Bénin, ça m’avale des quotas qui sont déduits de mon passif". Et cela je peux le faire car l’ONU estime que le CO2 est le même partout, vu qu’il est partout. Or, le CO2 émis au Bénin revient plus cher qu’en Europe, car l’énergie est pus chère en Afrique que chez nous. Les systèmes économiques et culturels ne sont pas partout les mêmes. De même que les pays européens n’étaient pas tous les mêmes quand ils se sont imposés l’Euro. Le coût de l’argent est plus élevé dans le sud de l’Europe qu’en Allemagne. Comme celui du CO2 à l’échelle du monde.

Nouveaux étalons or, CO2 et Euro ont été contaminés dans leur berceau par le virus de l’universalisme.

Ce ne serait pas un problème si on ne les considérait comme des totems, auxquels il faut se soumettre. La « transition énergétique », supercherie sémantique (il ne peut y avoir de transition que dans la consommation), est ainsi orientée uniquement vers le bas-carbone. La déflation. Pour assurer notre avenir, il s’agit de réduire notre déficit. Comment ?

  • En émettant un max en ce moment, grâce au charbon qui ne vaut rien, de façon à diminuer progressivement le nombre de quotas sur le marché,
  • En utilisant du gaz de schiste, parce qu’il fait baisser le prix du charbon, et que son contenu en carbone est 30 % inférieur à celui-ci,
  • Voire, mais ça coûte cher en investissement, par des centrales nucléaires dont les émissions sont proches de zéro,
  • Évidemment, on investit sur l’isolation des logements, mais qui peut assurer que les économies seront au rendez-vous ? Qu'i n’y aura pas d'effet rebond ? Et cela coûte bien plus cher que d’imposer une réduction de la vitesse sur autoroute, pour un bilan énergétique pourtant supérieur. Mais là, c’est une autre affaire…

Notre économie, comme notre politique énergétique, crève de devoir rendre des comptes à des veaux d’or. Abolissons le marché du carbone, utilisons des indicateurs multiples afin de guider nos choix, bref, sortons de ces deux monnaies uniques !




Ensemble, trottinons et emmerdons les taxis


Vingt ans que je prends de temps en temps des taxis, à Paris et ailleurs, vingt ans que je fais le même constat : les taxis sont dans leur grande majorité râleurs, racistes, grossiers, lourds, malpolis, gentiment arnaqueurs, pas à l’heure, jamais là pour rentrer en banlieue le soir, même pour une somme rondelette, leurs bagnoles sont sales, on ne peut pas payer en CB. Que les VTC les concurrencent, tant mieux ! Ils n’ont que ce qu’ils méritent. Alors, applaudissez avec moi ces sociétés qui, à l'image d’Uber, proposent de transformer chaque automobiliste en covoitureur potentiel ou la SNCF avec son offre de VTC de et à partir d’une dizaine de gares (succès, durait-on) !

Je lance un sondage : existe-t-il quelqu’un qui aurait une belle expérience de taxi à nous dire ! ? Je lui offre son poids en trottinette.

Ce n’est écrit nulle part, mais les agents de la RATP, et les troncs d’arbre déguisés en pitbulls appelés « police régionale des transports », font descendre le trottineur de sa trottinette. En quoi le trottineur dérange ? Il pourrait causer un accident, et "si la personne n’est pas assurée, vous vous rendez compte"… La trottinette divise par trois les temps de trajet, en particulier dans les boyaux interminables de Montparnasse. Mais non, elle est dangereuse. Pas à la SNCF, curieusement, qui ne trouve rien à redire.

Alors, mes ami(e) s, soyez gentils ! Demain tous en trottinette, en roller et en skate, mais aussi en poussette et en vélo pliant pour se faire engueuler par la RATP.




Maud & Arnaud gonflent la bulle carbone


Il fut avec Audrey Pulvar, il se trouve désormais épaulé par Maud Fontenoy : il faut soutenir le camarade Montebourg dans cette nouvelle épreuve.

Notre ministre en maillot rayé soutient la technique d’extraction du gaz de schiste par injection de fluoropropane et, techniquement, il a raison : ce produit permet de se passer d’eau, de solvants et, somme toute, de devoir fracturer. Voilà le gaz de schiste propre comme l’eau bénite, qu’il s'agit donc de faire cracher, car les États-Unis-ça-les-a-fait-sortir-de-la-crise-et-créé-des-emplois-et-rendu-indépendants-énergétiquement. Alors, comme le dit en substance l’aimable navigatrice à la rame dans son gentil livre dont le ton gnangnan et le tableau apocalyptique de la planète sont conformes à la cucuterie catastrophiste des écolos qu’elle dénonce pourtant en titre, "exploitons chez nous, car cela créera entre 300 000, 600 000, voire 1 million d’emplois !"

Pourquoi pas, en effet.
Entre la peste, le choléra et la rage, entre le charbon, le gaz et le nucléaire, le gaz balance moins de CO2 dans l’atmosphère, et ne risque pas de nous radioactiver des régions entières. Certes. Nous entrons dans une époque qui, à maints points de vue, retourne au XIXe siècle, sacrifiant toujours plus au charbon, toujours moins cher (voir ci-dessus), à son appétit énergétique. Mieux vaudrait entrer dans la civilisation du gaz, moins polluante, qu’il soit brut, compressé (GNV) ou GNL (liquéfié). Les transports publics et routiers semblent s’engager dans cette voie, j’y reviendrai à l’occasion de la SITL (semaine internationale transport et logistique), qui se tiendra à Villepinte début avril, dont j’anime beaucoup de débats.

Mais ! Car il y a un gros « mais ».

Si l’on admet qu’il y a bien un problème avec le climat, et on a bien raison, il faut se convaincre d’exploiter toujours moins de combustibles fossiles, quels qu’ils soient. Vous allez me dire que le gaz de schiste, du méthane, un atome de carbone, émet moins que le charbon qui en comporte 4. Soit 30 % de CO2 en moins. Et bien non, car si l’on fait le bilan carbone total de la filière, c’est pareil, peut-être pire.

Or, du gaz de schiste, il y en a, et beaucoup ! Le peak oil et le peak gas n’ont jamais été aussi loin. En période de crise, alors que nous sommes toujours drogués à la chaîne hydrocarbonée, pourquoi se priver… D’autant que la géopolitique est en train de changer grâce à toutes ces réserves nouvelles, réelles ou plutôt supposées : les États-Unis s’affranchissent de la péninsule arabique (cf. newsletter précédente), tandis que Israël, Turquie et Chypre montrent leurs crocs pour se partager l’exploitation des grands champs gaziers de l’est de la Méditerranée. À la clé, des sous, une relative indépendance énergétique et surtout un statut de puissance régionale : qui est exportateur d’or ou de gaz noir, et dispose des moyens militaires de le rester, est intouchable. Pour les autres, comme l’Iran, il n’y a que l’accession au statut de puissance nucléaire qui permet d’être considéré.

Aujourd’hui, les compagnies pétrolières et gazières investissent des milliards pour prospecter. Leur cours de bourse en dépend, car il est adossé aux réserves annoncées. La réserve, c'est du pipeau, comme une notation financière ou une prospective d’emplois pour « l’économie verte » ou les gaz de schiste tricolores. Chercher, afficher des résultats, c’est tout ce qui compte : une course à l’échalote, menée sur du vent, qui ne peut se terminer que par l’explosion de cette « bulle carbone » gonflée par les prétendues découvertes de réserves exploitables. Que vaudra alors le vrai-faux gaz ? Plus cher, beaucoup plus cher.

Or, le climat.
Limiter la casse revient, d’après l’Agence internationale de l’énergie (AIE), à laisser dans le sous-sol 70 % de ce qui s’y trouve. Les pessimistes y vont de leurs 80 %. Alors, pourquoi, si l’on parle de climat, envisager d’exploiter les gaz de schiste ? Ce serait le pire des symboles qui démotiverait tout citoyen et tout élu à faire des efforts.

Le pire est que puisque personne ne décide de rien (voir newsletter précédente), c’est la solution la moins chère qui sera choisie. Le charbon, ou le gaz. À moins que le pape ne les excommunie !?



La bulle climatosceptique est retraitée


"François gervais est la nouvelle star des profs à la retraite qui vont sur les plateaux télés comme on se rend au club des anciens. pour tuer le temps, il va, son tout récent « l‘innocence du carbone » (albin Michel) sous le bras, promenant le sourire de celui-qui-sait, distribuant la voix grave de la bienveillance accordée à l’égaré.

Notre ami porte des lunettes, une chemise souvent à gros carreaux ouverte sous une veste épaisse, panoplie de sérieux nécessaire à l’assurance de l’intervieweur. Ce que raconte notre physicien « émérite » (donc rangé des voitures) ne revêt pourtant aucun intérêt particulier, si ce n'est de confirmer l’observateur dans le désarmant constat que les gros sabots réussissent toujours aussi bien aux climatosceptiques, les préservant de la mort à laquelle le ridicule de leur théâtre devrait naturellement les conduire."

Voius lirez la suite dans l’excellent magazine de Paul Ariès…



La France, y a bon les hypers, y a pas les logements

La France ne produit pas que du fromage et du vin. Elle sait aussi les vendre dans des centres commerciaux. En dépit des PLU et des Scots, malgré le manque aujourd’hui reconnu par tous en terres agricoles (objet de mon prochain livre) et les externalités environnementales liées à la transformation d’icelles en parkings, on n‘a jamais autant construit d’hypers qu’en 2013. Et 50 sont en cours de construction ou en projet pour les années à venir. Une vingtaine de centres commerciaux sont actuellement en rénovation.

Une schizophrénie française, titrerait un news magazine hebdomadaire. Lutter contre l’étalement urbain tout en l’étirant par la grande distribution, voilà un concept qu’aucun pays occidental n’a encore copié. Même les États-Unis qui eux, au moins, ne font pas semblant de densifier leurs agglomérations. Il faut dire qu’ils ont de la place, et que le foncier n’y est pas cher.

Des « lieux de vie », comme il faut les appeler, ces horreurs. Au doux nom d’Aéroville, de Confluence ou d’Atoll (rien à avoir avec les lunettes). On attend avec impatience le « mall » gigantesque du groupe Auchan, Europa City qui, en 2020, sur 230 000 m2 (…) promettra toutes les nuances de l’orgasme à la française : magasins, cafés, ciné, piste de ski, piscines, hôtels (2 700 chambres) et aussi un parc d’attraction. Le tout dans une ambiance conviviale et respectueuse de l’environnement, cela va sans dire, la connexion en plus : partout vous serez en Wifi gratuit, sous la lumière zénithale.

L’offre commerciale de ce genre augmente chaque année de 3 % alors que le PIB, in fine les achats des consommateurs, ne croissent pas plus d’1 %. Il y a donc suroffre. Preuve en est ces centres commerciaux en rénovation pour tenter, demain, de contrer la concurrence des nouveaux centres commerciaux qui sont projetés à quelques kilomètres de chez eux.

Pourquoi ?
Les élus, tout écolo-compatible sont-ils, veulent tous leur Ikéa ou leur Auchan. Car cela empêche leurs administrés d’aller dépenser des sous sous les cieux d’une autre commune, et cela ramène taxes foncières et ex-professionnelle. En tout, des millions d’euros. Et puis, évidemment, cela crée des emplois. Toujours moins que prévu, toujours aussi mal payés, du coup avec un turnover important qui masque la réalité. Une réalité encore moins glorieuse dès lors qu’on retranche les emplois et chiffres d’affaires perdus à cause de l’asphyxie des commerces de centres-villes par les centres commerciaux qui aspirent les budgets des ménages.

Rien d’étonnant à ce que les Commissions départementales d’aménagement commercial (CDAC) rendent des avis positifs pour huit projets sur dix. Et même si la Commission nationale d’aménagement commercial (CNAC) est moins favorable (dans un cas sur deux), il suffit parfois aux projets retoqués d’être présentés différemment pour recevoir l’onction. D’aimables publicités des promoteurs de ces projets commerciaux achetées aux magazines municipaux, des subventions inespérées aux associations de contestataires sont aussi d’efficaces lubrifiants pour débloquer la machine administrative.

Mais ce n’est pas l’essentiel.
Ce qui fait pousser les centres commerciaux est leur extraordinaire rentabilité. En quelques années, le crédit est remboursé. Pas grâce à ce que qui y est vendu, mais à ce qui y est loué : aujourd’hui, plus de la moitié du chiffre d’affaires des propriétaires (Auchan, Leclerc, mais aussi Altera Cogedim  par exemple) provient des loyers très élevés versés par les enseignes. Ainsi, qu’il y ait du monde ou non, dans les rayons, est moins important que le nombre de magasins. Et dans la mesure où les banques assoient les crédits sur les loyers escomptés, les promoteurs ont intérêt à multiplier les projets. En langage commun, on appelle cela une bulle.

Aspirateurs à voiture (en principe, les CDAC refusent les projets ans transport en commun…) et à consommateurs, les « lieux de vie » HQE poussent donc sur une terre promise qui n’aurait jamais dû cesser d’être agricole. Une terre que les élus retournent pour implanter des surfaces commerciales et des bureaux qui rapportent plus que des citoyens en immeubles.
Car que l’on soit en ville ou à la campagne, la litanie recommence : si le foncier est si cher, c’est que la demande est supérieure à l’offre, et si l’offre est inférieure à la demande, c’est d’abord parce que la société poussant chacun à être propriétaire, celle-ci construit moins qu’il n’en faut pour compenser la lourdeur du crédit, ne serait-ce qu’en allouant le foncier disponible, nu ou en friche, à réhabiliter ou à construire, préférentiellement au foncier qui rapporte.

Les hypermarchés poussent sur le fumier des politiques de logement auxquels les élus ont fait semblant de croire.