2de newsletter ! La camionnettte de 3,5t, le "fixie", le Sénat et les OGM, et des zones humides en Montagne noire… Ma "newsletter", numéro 2

Retour sur l’écotaxe par cette pauvre camionnette de 3,5 t

L’écotaxe est morte, de toute façon.
L’écotaxe n’était pas inéquitable, elle n’en était pas moi incohérente.

Car pour atteindre son objectif originel d’inciter le transport de marchandises sur courtes distances, et ainsi, favoriser la proximité, elle allait affliger les camionnettes de 3,5 t, celles, justement, de la proximité. Quel paradoxe !

En fait, pas tant que cela.

L’objectif premier de notre affaire est de diminuer les émissions de
CO2, de HAP, de microparticules et d’oxydes d’azote. Tout ce qui menace nos bronches et nos climats. Or, plus la distance est courte, moins le moteur (diesel) a le temps d’être au régime suffisant exigé par les mécanismes antipollution : un petit diesel en agglomération polluera toujours plus qu’un semi-remorque sur autoroute. Au kilogramme transporté par kilomètre, et c’est le deuxième point du raisonnement : moins plein est le camion, plus les émissions par kilogramme sont importantes.

Conclusion : le « localisme », si l’on ne tient compte que des paramètres physicochimiques, dans notre société vouée au culte du chiffre et aux critères de performance, est une hérésie. Qui peut être légitimement taxée. En proportion, beaucoup plus que le commerce lointain. Un agneau néozélandais importé par cargo et semi-remorque émet près de dix fois moins de CO2 que le même descendu de la colline pour être vendu sur le marché !

En fait, l’écotaxe, c'est un message simple ; que vous soyez gros ou petit, arrangez-vous pour limiter le nombre de camions sur la route, et remplissez-les puisque vous paierez toujours la même chose qu'ils soient vides ou pleins.

L’écotaxe, c’est aussi un autre message, que chacun de nous à du mal à comprendre :


Favoriser le commerce de proximité n’est pas un engagement écologique ou sanitaire, car la
massification sur longues distances apporte plus de bénéfices. Résumée à des indicateurs chiffrés, l’écologie favorise le commerce international. Voilà pourquoi il faut considérer le commerce de proximité, notre camionnette de 3,5 t, pour l'engagement social et humain qu’il représente : la proximité est un élément essentiel de l’aménagement cohérent des territoires, autrement dit, du mieux vivre.


Après le bar ouvrier-chic, le faux vélo de prolo 

Le « fixie ».

Ce vélo n’a pas de dérailleur, ni à l’avant ni à l’arrière. Pas plus de freins, de roue libre, de lampes, de catadioptres, de compteur, de porte-bagages. C’est comment qu’on freine ! ? En pédalant… un peu moins fort. Pas de repos pour les cuisses, faut rouler tout le temps, ou tenter le surplace. Comme sur les pistes de course de vitesse.
Le fixie, c’est l’anti-Vélib. Le retour à l’ancienne. L’épure ! L’usage de la selle est toutefois permis. La « customisation », fortement conseillée : le « fixie » doit être à l’image de son propriétaire, une pièce unique.

Ce vélo design commence à n’être plus anecdotique dans nos villes. S’il est difficile au néophyte de le reconnaître, il lui est plus aisé de le repérer par son cavalier. Le fixiste (qui n’a rien à voir avec l’adepte de théories étriquées relatives à l’évolution du vivant) n’est en effet pas pauvrement habillé. Il porte souvent des Van’s, des vêtements de marque à la mode, la barbe de trois jours.

Les bobos/hipsters ont enfin trouvé le moyen de transport digne de leur formidable originalité. Lequel vélo véhicule évidemment une image fun, vu qu’il vient d’Amérique du Nord, de New York en plus. Le « fixie » est en effet l’outil de travail des coursiers, qui sont, comme chacun sait, ce que les surfeurs sont à l’océan.

Or, si les
coursiers US, payés à la tâche, sans assurance ni Sécu, ont dépouillé leurs montures pour en arriver au dépouillement du « fixie », c’est qu’ils en avaient marre de se faire dépouiller. De se faire voler leur vélo, de perdre trop d’argent à régler, réparer et remplacer des pièces mécaniques complexes et fragiles (les dérailleurs), d’en perdre également en perdant du temps à freiner. Le fixie est bien, au départ, un outil de pauvre.

Qui est aujourd’hui un attribut de
riche. Le génie des bobos est de rendre cher et rare ce qui avant était commun et bon marché. Ainsi du demi au comptoir du bistro de prolos ripoliné en bistro chic de rue gentrifiée. Maintenant le fixie, vélo basique qui, sans rien, est devenu par le génie des branchouilles citadins, beaucoup plus cher que le vélo « normal ». Après avoir chassé le prolo des centres-villes, le bobo lui pique son vélo !


Le « fixie » ne rime pas avec écologie, mais avec bouffonnerie. C’est dit !



OGM ? Organisme juridiquement modifié

Le
Sénat a voté le 20 novembre une « Proposition de loi tendant à renforcer la lutte contre la contrefaçon » en procédure accélérée.
Dans le Chapitre V, titré « Renforcement des moyens d’action des douanes », à l’article 6, on trouve ceci :

  • 5° L'article L. 623-4 est complété par un alinéa ainsi rédigé :
  • « Sont interdits, à défaut de consentement du titulaire du certificat d'obtention végétale la production, l'offre, la vente, la mise sur le marché, l'importation, l'exportation, le transbordement, l'utilisation ou la détention à ces fins de tout ou partie de la plante ou de ses éléments, tels que visés au premier alinéa. » ;

En résumé, avec cet article et quelques autres, dans ce projet de loi qui complète une loi votée en 2011, 1) les productions végétales non contractuelles entrent dans le champ de la
contrefaçon, 2) en conséquence de quoi, les agriculteurs qui utiliseraient sans autorisation explicite des semences faisant l’objet d’un Certificat d’Obtention Végétale (COV) ou d’un brevet (comme tous les OGM), sont considérés comme des contrefacteurs.

Que les semenciers défendent leur gagne-pain, on les comprend. Moi qui vis de droits d’auteur, je conçois que les utilisateurs des graines versent des royalties pour financer la recherche des entreprises qui les ont inventées.
Que des agriculteurs soient sanctionnés parce qu’ils se revendent des graines sous le manteau, cela tombe aussi sous le sens.

Le problème n’est pas là, il est de nature philosophique.

Car avec cette loi, et le fait que, depuis 2011, les cultivateurs producteurs de « 
semences paysannes » - entendez ceux qui conservent une partie de leurs graines pour les ressemer - doivent dûment s’enregistrer auprès des semenciers ; c’est le geste même de l’agriculteur, le geste premier, celui de planter ses graines « gratuitement » qui est désigné a priori comme illégal.

Pis : en désignant comme de la contrefaçon la germination au hasard de plants protégés par un COV ou un brevet, mais non achetés par le propriétaire du champ, par exemple à l'occasion de la dissémination par le vent ou de semences transportées sous les bottes d’un cultivateur (ou d’un représentant d’un semencier !?),
la loi considère l’essence même de la vie, qui est bien de germer, c’est-à-dire de se reproduire gratuitement et à l’infini, comme du piratage.

Pis x Pis : en plaçant des clôtures sur le génome, comme auparavant on a planté des clôtures sur les terres communes, le régime des brevets conduit à une forme de privatisation du
res communis qu’est le matériel génétique. Il ne serait plus dès lors un bien commun. Ce que reprochent… les petits semenciers au gros, qui demandent l’aide de la Commission européenne, car ils ont peur, demain, d’avoir peur de découper le moindre gêne dans des génômes largement hérissés de poteaux de propriété. Le faux-pas sera probable. Et avec lui, le procès, douloureux.

En privatisant de fait le vivant,
ce mouvement d’enclosure nie le vivant et prend le risque de se priver un jour de toute capacité de recherches

Concrètement, avec cette loi, et les décisions prises il y a quelques années par les Cour suprême des États-Unis et du Canada, la cohabitation entre cultures conventionnelles et cultures à base d’OGM est impossible : en cas de constat fait par les douanes de plantes génétiquement modifiées sur votre terrain, vous n’aurez comme alternative qu’aller au procès pour vous défendre, contre un semencier ayant bien plus de moyens que vous, ou bien signer avec celui-ci un contrat de fourniture de semences, en dédommagement.

Comme je l’ai écrit dans mon livre, mais sans doute pas assez parce que j’en ai pris conscience au cours d’un colloque national sur les OGM qui s’est tenu fin novembre à Drumondville, au Québec, le risque porté par les OGM n’est ni environnemental, ni sanitaire, mais social.
Celui de la fin de l’agriculture des hommes, juridiquement étouffée par l'agriculture industrielle.



Zones humides : un bien public

Le 4 décembre à Saint-Denis, dans l’Aude, au pied de la Montagne noire, château d’eau du Languedoc-Roussillon et du Canal du Midi, s’est tenu un joli colloque sur les zones humides. J’en étais (le seul en costume sur la photo - voir lien plus bas - c’est moi), comme « Grand témoin », chargé surtout de replacer les zones humides dans la problématique du changement climatique. C’est Denis Cheissoux qui animait (en chemise rose).

La Scic (Société coopérative d’intérêt collectif)
Rhizobiome a présenté les résultats d’années de travaux, de prospection, de diplomatie, pour recenser les zones humides de ce territoire et convaincre leurs propriétaires de les conserver, et de mettre en pratique une gestion qui préserve les services rendus par ces milieux.

Joli succès, car près de
600 hectares sont désormais connus, et cartographiés : c’est autant de zones humides désormais en sécurité, car le pire ennemi des zones humides reste l’ignorance. Les fonctionnalités de ces endroits qui font « sproutch » sous la botte sont mieux connues et reconnues, en particulier des propriétaires des 60 hectares qui ont signé une convention de « bonnes pratiques » avec la Scic Rhizobiome.

Que savent-ils ? Que ce
mi-terre, mi-eau, mou comme un Tiramisu, qu’est une zone humide, où pousse la molinie, la callune et parfois la droséra, est un ralentisseur d’eau. Pas un stock ("ça, c’est la mort !", a dit Jacques Thomas, gourou national de la chose, patron de la Scop Sagnes, spécialisée dans l’ingénierie écologique), mais un flux ! ("ça, c’est la vie ! », dixit icelui). Une batterie, en quelque sorte.
Ce faisant, la zone humide garde l’herbe verte en été, alors que, réchauffement faisant, le stress hydrique s’accroît d’année en année ; et elle limite la probabilité et l’intensité des crues ou des étiages.

La zone humide est devenue un
enjeu stratégique.

J’ai émis l’idée de la considérer comme un
bien public, et de la gérer, comme l’eau, dans le cadre d’une seule et même structure qui pourrait être un SAGE (Schéma d’Aménagement et de Gestion de l’Eau) étendu. C’est d’ailleurs ce que le Conseil régional de Bretagne vient de réclamer au gouvernement : gérer tout le bassin-versant breton par un seul SAGE.

Le succès de Rhizobiome repose sur une démarche simplement humaine, qui a nourri dans son sillage le courage d’élus, d’administratifs et d’agriculteurs, pour essayer des choses nouvelles. Cette démarche a rompu ce qui, toujours, empêche de faire, surtout en matière de zones humides encore considérées comme des inutilités car agronomiquement pauvres, et sanitairement embêtantes (ah, le souvenir du paludisme !) : Rhizobiome a rompu l’ignorance et créée de la beauté en démontrant que la complexité… ce n’est pas synonyme de compliqué.


Chapeau à
Céline Thomas, la patronne.



Chapeau à
Céline Thomas, la patronne.