3ème newsletter ! Coups de griffes, écotaxe 3, charbon, biomasse, pollution de l'air, nucléaire, pâtures et Quimperlé.


Pour une année sans fixies, ni scooters, ni projets électoralistes débiles, ni Jean-Vincent Placé !

Que 2014 soit l’année du terrorisme du dérailleur ! Du happening au levier de freins ! « Customisez » ainsi tous les fixies que vous rencontrerez (voir ma newsletter précédente), afin de les transformer en vélos normaux. N’oubliez pas de tartiner du cambouis partout, pour parfaire la métamorphose. Ensuite vous jeterez des pignons sur leurs possesseurs. Aux dernières nouvelles, ils rouleraient d’une main, l’autre tenant un sac à main pour hommes.

Que 2014 soit aussi l’année des fientes de pigeons générale sur les selles des scooters ! En général, hormis pour les trajets parisiens de banlieue proche à banlieue proche qui nécessitent parfois une mesure extrême de ce type, le scooter est l’emblème inutile du mâle relativement aisé (ça coûte cher !) qui ne veut surtout pas prendre les transports en commun, parce que ce n’est pas pour lui, que ça pue, que ça craint, que c’est trop lent, que c’est trop populeux etc ; ni monter sur un vélo, autrement plus fatigant ; ni sortir la voiture, évidemment plus lente en semaine ; ni acheter une moto, qui serait plus sûre, mais nécessite une maîtrise certaine et est moins agile en ville. Multiplié depuis des années, le scooter, pardon, le « deux roues », plus fun, plus « fixie » que le vulgaire et banlieusard à capuche « scooter », est une source de pollution, de dioxyde de carbone, de bruit, de danger pour les piétons et les cyclistes, d’encombrement de la chaussée et, selon la Mutuelle des motards, de risque majeur ! À se demander s’ils ne sont pas pires que les voitures… Alors, cette année, élevez des pigeons et apprenez-les à faire sur les scooters. 

Qu’en 2014 NKM et Hidalgo se taisent ! Entre « on va couvrir le périphérique » (lequel est en viaduc sur un tiers de son parcours…), et « on va faire un téléphérique entre les gares de Lyon et d’Austerlitz » (pourtant juste séparées par deux ponts et deux lignes de bus, sans parler des taxis et des… VTC), la course à la connerie est bien entamée, et ces dames risquent d’arriver ex aequo. Auraient-elles oublié ce qu’est la réalité des TC à Paris ? Ferment-elles d’ailleurs elles-mêmes la porte de leur auto ? Je pose la question.


Qu’en 2014 JVP (Jean-Vincent Placé) soit condamné à la marche ! Il est écolo, il est sénateur, et il a 18 000 et quelques euros d’amendes impayées. C'est ce qu’on appelle la cohérence philosophique et l’exemplarité de l’élu. Comme l’a écrit mon excellent confrère Olivier Razemon, il en faut des infractions pour accumuler autant de prunes (133 !). Il en faut du je-m’en-foutisme tout-voituresque. Il en faut beaucoup de certitude de vivre dans l’impunité. Il est vrai que les éminentes fonctions et aptitudes de Maître Placé nécessitaient qu’il se garât n’importe où et roulât n’importe commun. En tout cas, différemment du quidam. Lequel gueulera « J’y Vais Pas », aux prochaines élections, parce que JVP, même lui, un vert, est une pomme comme les autres. Allez, dégage, JVP.


J’ajouterai une année 2014 sans maladie de Charcot, qui a emporté ma mère le 12 décembre.





Une année où l’on pourra causer enfin… de l’écotaxe (voire des OGM et du nucléaire)



Qu’on mette un bonnet rouge ou qu’on ne s’inscrive pas sur les listes électorales, c’est pareil. L’écotaxe est un bâton-totem sur lequel on tape pour vomir sa frustration. Il est plus facile de déchausser un portique que de balancer du lisier sur ceux et celles qui ont ruiné la région à chapeau rond, à tous les sens du terme. De même qu’il est plus simple de taper comme un sourd sur Monsanto, et sur Areva, que de remettre à plat sereinement la philosophie agricole et notre culture énergétique.

Il n’y a ni bien ni mal dans ces questions. Ni méchant, ni gentil. Il y a, avec l’écotaxe, une tentative de changer notre vision de la valeur des choses. C’est justement cela qui gêne, car cela nous heurte, parce que cela remet en cause le fonctionnement du monde d’hier tout en nous faisant entrevoir ce que pourrait être le monde d’après. C’est trop perturbant, car cela jette une lumière trop crue sur notre mode de vie.

Nous sommes dans l’entre-deux. Notre société est coincée entre ce qu’elle ne veut plus, qui l’a mise au pied du mur, et ce qu’elle aimerait… sans trop savoir ce qu’elle aimerait. Alors elle se replie sur elle-même, elle fait le gros dos. Elle gueule et elle se trouve toutes les raisons pour ne pas se hisser au-dessus du mur.

Alors, 2014, l’année d’une vraie discussion sur l’écotaxe ? Le modèle économique breton ? La « pensée » agricole productiviste ? Le « modèle » allemand ! ?

Car si le cochon breton ne se vend plus, ce n’est pas à cause de l’écotaxe. Celle-ci ne fera que rendre encore moins rentable un mammifère qui ne l’est plus, depuis longtemps. À cause, en particulier, de l’Allemagne : outre-Rhin, le cochon vaut bien moins que le breton, car :

  • il est découpé par des « travailleurs délocalisés » venus de l’Est, considérés, par les syndicats locaux, comme des « esclaves ». Rien moins ;
  • çà et là, le cochon sert moins à faire le saucisson que le lisier, dont ont besoin d’énormes unités de méthanisation qui ont poussé grâce à un généreux tarif de rachat du kilowattheure produit. C’est le paradoxe de l’incinérateur : pour qu’il tourne à plein rendement, il faut remplir le four en permanence. Au besoin, dans le cas de la méthanisation, en lui destinant exclusivement du lisier ou du maïs… *
  • puisque le transport routier ne coûte pas grand-chose, il est des fabricants de cochons bretons qui trouvent plus avantageux d’envoyer leurs produits se faire estourbir par des Bulgares sous-payés, de l’autre côté du Rhin, que par des Bretons.
C’est bien cela qui gêne dans l’écotaxe : elle est le vilain petit canard qui dit brutalement, au cours du banquet, l’histoire vraie de la famille. Allez, va-t’en ! L’écotaxe appuie là où ça fait mal.

La perspective de l’écotaxe, pourtant, n’effraie pas tout le monde… même les
livreurs en 3,5 t. Comme me l’a écrit un mien ami, grand connaisseur du transport routier, "Certains pensent que c’est une reconnaissance de l’activité de transport de marchandises, et quelle apportera une professionnalisation des entreprises en particulier par la lutte contre l’exercice illégal de la profession ». Lequel représenterait jusqu’à 30 % des colis livrés à Paris ! Mais, ajoute cet excellent garçon, « des grands messagers qui ont recours aux transports lourds pensent qu’on se tire une balle dans le pied ».

Quoi qu’il en soit, l’écotaxe est une façon comme une autre de rationnaliser le monde du transport et de la logistique et d’afficher la réalité du modèle économique de l’agro-alimentaire. D’où son rejet par ceux qui subissent et n’osent pas espérer que ça change.



(*) Stupidité qui verra sa réalisation française dans cet élevage hors-sol aux mille vaches qui est promis pour la Somme, près d’Abbeville. J’y reviendrai.



L’année du charbon… et de l’air pur (!?)


Notre société ne sait plus quoi faire, parce qu’elle sait quoi faire tout en ne le voulant pas. Ne rien changer, parce que changer serait tout changer. Alors faisons comme si : un coup à gauche, un coup à droite, tout et son contraire, histoire de voir où nous portera le courant. Donnons des gages aux deux mondes, celui d’avant et celui de demain, et le destin décidera. Donc, ne décidons pas.

Ainsi, l’écotaxe.

Ainsi, l’énergie.

Le
charbon !

Nouvelle énergie d’avenir !
Son prix chute, à cause de la transition énergétique américaine vers le gaz (de schiste). Il s’en exporte, et les énergéticiens européens achètent car cela leur coûte moins cher que le gaz russe. Ils ferment leurs récentes centrales à gaz, rouvrent des centrales à charbon, aussi rustiques que bon marché. Surtout en Allemagne, dont la vertu écologique se paie au prix d’une augmentation lente et sûre de la part du charbon dans son mix énergétique : elle en est à 41 % ; elle sera avant la fin de la décennie à plus de 50 %. Hourra.

Le charbon, mais aussi le
pétrole. Les États-Unis n’en importent plus que 40 %. C’était 60 % il y a quelques années. Ce sera une vingtaine de pour cent dans une génération. Mais puisque leur consommation ne baisse pas, les Américains exploitent de plus en plus de pétrole non conventionnel. Extra-profond, extra-loin, extra-lourd, extra-sale. Plus le gaz de schiste. Plus, encore, le charbon que l’US Air force, comme d’autres forces aériennes d’ailleurs, se fait fort de transformer en kérosène grâce au bon vieux procédé Fischer-Tropsch qui avait permis à l’Allemagne nazie d’assurer la moitié de ses besoins en carburant.

Procédé de gazéification-liquéfaction du charbon très polluant et dispendieux… en énergie. Peu importe. L’important c’est d’être moins dépendant de la péninsule arabique.

Procédé qui s’apparente à celui permettant la transformation de la
biomasse en essence, via la gazéification, c’est-à-dire la méthanisation. Le cochon allemand et les Mille-vaches de Picardie ont de l’avenir !


Or, la Commission européenne souhaite renforcer sa directive sur l’air…

… notamment en ciblant la biomasse. Car les unités de production d’énergie à base de bois, par exemple, émettent beaucoup de polluants. En particulier les petites, celles qui ne tournent pas à plein régime. Encore le paradoxe de l’incinérateur, ou celui de la voiture diesel : les petits foyers n’ont pas le rendement suffisant permettant aux équipements antipollution de fonctionner efficacement. Alors, un jour, comme le moteur diesel,
l’Europe interdira les petits foyers qui remettent dans l’air des villes les polluants qu’elle avait bannis dès les années 1960.

En France, l’État instaure une vignette intelligente, à vertu pédagogique. Votre auto sera rouge, orange ou verte en fonction de son âge, c’est-à-dire selon sa classification Euro (qui définit les normes d’émission. On est parti de 0, on est à Euro 5, bientôt 6). Quand je vous disais que le diesel était mort, et que PSA n’a plus que des soucis à se faire…


Bref, notre monde brûle plus que jamais des combustibles fossiles, preuve que la transition (de la production) énergétique est une supercherie ; tout en renforçant les réglementations sur la pollution de l’air !


Signe des temps, signe d’un temps où les choses se mettent en place pour, demain, à la bonne occasion, basculer. En espérant du bon côté. En attendant, il serait peut-être bon de s'interroger calmement sur la sortie du
nucléaire, comme je le fais dans mon livre, car :

  • il a fallu 12 ans pour construire nos 59 tranches ;
  • il faut aujourd’hui 8 ans pour ériger la moindre éolienne (2 à 3 en Allemagne) ;
  • et 10 ans pour faire passer une ligne THT ;
  • or, dans 8 ans, nous perdrons 30 % de notre production électrique nucléaire pour cause de mise à la retraite de 20 tranches ;
  • alors que notre consommation augmente ;
  • que faisons-nous pour combler le trou ? Rien ! Ni nouvelles centrales (la filière thorium a été presque abandonnée, la quatrième génération peine à trouver des financements de recherche), ni développement des ENR, ni, surtout, mise en place d’une politique culturelle de l’énergie (j’y reviendrai).
  • donc, nous allons laisser le destin décider pour nous. Et ce sera le charbon car il est le moins cher…

Bon, mais que ça ne vous empêche pas de brûler vos bûches. Si elles sont bien sèches, bien entendu !



Pour une année des sols !


Que l’an 2014 soit celui des sols !

Tout le monde s’en fiche, et pourtant, sans sol, il n’y a pas de culture, donc pas de nourritures terrestres.

Qu’est-ce qu’un sol ? Une roche dégradée par la vie, transformée par celle-ci en lieu de vie, dont la vie assure la fertilité. Un sol, c’est une pompe à eau, un réservoir de biodiversité, un stock de carbone, un ralentisseur d’écoulement, un dépolluant, un empêcheur d’éboulement.

Un sol, ce n’est pas du gazon-thuya, ni de la terre exposée nue aux éléments en hiver. Pas plus qu’un parking ou un échangeur. Un sol vivant, auto-fertile, c’est une prairie, une pâture, une zone humide, une forêt, un champ de production céréalière en rotation de cultures. Pas trop labouré, pas trop pulvérisé : le sol, c’est notre biodiversité commune, c’est le lombric, ce qu’avait déjà démontré Darwin à la fin de sa vie, et ce lombric, ou ce collembole, n’aime pas être trop souvent perturbé.

Or, l’urbanisation et l’érosion de sols nus conduisent à la perte de nos sols. Lesquels prennent du temps pour se reconstituer, si on leur en laisse le loisir. Un bon demi-siècle.

Il faudrait comprendre que les sols naturels sont sans doute la ressource renouvelable la plus menacée aujourd’hui. En France et dans le monde. Ce qui fait que dans quelques années, les sols devenus rares seront considérés comme de bons placements financiers, ou seront achetés par les pays émergents qui en ont grand besoin. Y compris chez nous, la fédération des Safer s’en inquiète déjà.

Alors, pour 2014, votez pour ceux et celles qui gèleront l’étalement urbain, qui sanctuariseront la terre agricole, qui privilégieront les modes de cultures moins agressifs, qui construiront de nouveaux logements sur les friches industrielles, et pas sur la terre à vaches. Tiens les vaches, et les moutons. Les manger, c’est entretenir pâtures et zones humides…



Je prépare un livre sur le sujet. N’hésitez pas à me faire part de vos remarques, de vos contacts. Merci d’avance. Et je vous causerai tantôt de la compensation.



Enfin ! L’année de la culture du risque ?


Comme Schumacher n’est tombé sur la tête qu’une seule fois, les chaînes d’info continue sont tombées sur
Quimperlé pour en faire des tonnes. Ou plutôt des mètres cubes. Ainsi a-t’on a vu et revu les scènes cent fois vues et revues d’eau qui monte, de voitures noyées, de pauvres-gens-qui-ont-tout-perdu, de pompiers transportant mémé dans une barque.

On a vu et entendu les mêmes dénonciations des digues pas assez hautes, du Préfet pas assez diligent, de Météo France pas assez divinatoire. On a entonné l’inévitable chanson sur le réchauffement climatique (peut-être lié, on ne sait pas, mais ça y ressemble), et hurlé contre l’étalement urbain.

Certes, l’étalement urbain, l’étanchéification des sols (voir note précédente), la construction de logements en zones inondables ont accru notre vulnérabilité.

Mais pas que.

Car Quimperlé est une très vieille ville. Qui a toujours été inondée. Plutôt moins au cours du XXe siècle que durant les siècles précédents.

Mais on l’a oublié. Nous n’avons plus de mémoire. Nous ne savons plus que l’eau est irrépressible, que c’est elle qui détruit et tue. Toujours. Nous pensons qu’une digue ou une assurance suffise.

En réalité, nous n’avons plus aucune culture du risque. Même pas le minimum qui incitait les « anciens », avant, à ne pas mettre l’électricité au rez-de-chaussée de la maison qu’ils savaient être en zone inondable, à renforcer les fondations et à mettre des piles dans une boîte de biscuit à côté de la radio, au grenier, au cas où…

Qu’en 2014 se développe enfin une culture du risque à l’école, dans les médias, lors de manifestations. On peut construire en zone inondable, mais en connaissance de cause. L’eau qui n’est pas revenue en ville depuis un siècle reviendra, de toute façon, et fera beaucoup de dégâts, parce que nous sommes plus nombreux et dépendants de l’électricité, du gaz, du téléphone.

 Il y a des gestes, des évidences à connaître, Du bon sens. Les crues reviendront car l'étalement urbain se poursuit et le réchauffement climatique, en théorie, accroîtra la fréquence et ou l’intensité des phénomènes. Il est temps !




2de newsletter ! La camionnettte de 3,5t, le "fixie", le Sénat et les OGM, et des zones humides en Montagne noire… Ma "newsletter", numéro 2

Retour sur l’écotaxe par cette pauvre camionnette de 3,5 t

L’écotaxe est morte, de toute façon.
L’écotaxe n’était pas inéquitable, elle n’en était pas moi incohérente.

Car pour atteindre son objectif originel d’inciter le transport de marchandises sur courtes distances, et ainsi, favoriser la proximité, elle allait affliger les camionnettes de 3,5 t, celles, justement, de la proximité. Quel paradoxe !

En fait, pas tant que cela.

L’objectif premier de notre affaire est de diminuer les émissions de
CO2, de HAP, de microparticules et d’oxydes d’azote. Tout ce qui menace nos bronches et nos climats. Or, plus la distance est courte, moins le moteur (diesel) a le temps d’être au régime suffisant exigé par les mécanismes antipollution : un petit diesel en agglomération polluera toujours plus qu’un semi-remorque sur autoroute. Au kilogramme transporté par kilomètre, et c’est le deuxième point du raisonnement : moins plein est le camion, plus les émissions par kilogramme sont importantes.

Conclusion : le « localisme », si l’on ne tient compte que des paramètres physicochimiques, dans notre société vouée au culte du chiffre et aux critères de performance, est une hérésie. Qui peut être légitimement taxée. En proportion, beaucoup plus que le commerce lointain. Un agneau néozélandais importé par cargo et semi-remorque émet près de dix fois moins de CO2 que le même descendu de la colline pour être vendu sur le marché !

En fait, l’écotaxe, c'est un message simple ; que vous soyez gros ou petit, arrangez-vous pour limiter le nombre de camions sur la route, et remplissez-les puisque vous paierez toujours la même chose qu'ils soient vides ou pleins.

L’écotaxe, c’est aussi un autre message, que chacun de nous à du mal à comprendre :


Favoriser le commerce de proximité n’est pas un engagement écologique ou sanitaire, car la
massification sur longues distances apporte plus de bénéfices. Résumée à des indicateurs chiffrés, l’écologie favorise le commerce international. Voilà pourquoi il faut considérer le commerce de proximité, notre camionnette de 3,5 t, pour l'engagement social et humain qu’il représente : la proximité est un élément essentiel de l’aménagement cohérent des territoires, autrement dit, du mieux vivre.


Après le bar ouvrier-chic, le faux vélo de prolo 

Le « fixie ».

Ce vélo n’a pas de dérailleur, ni à l’avant ni à l’arrière. Pas plus de freins, de roue libre, de lampes, de catadioptres, de compteur, de porte-bagages. C’est comment qu’on freine ! ? En pédalant… un peu moins fort. Pas de repos pour les cuisses, faut rouler tout le temps, ou tenter le surplace. Comme sur les pistes de course de vitesse.
Le fixie, c’est l’anti-Vélib. Le retour à l’ancienne. L’épure ! L’usage de la selle est toutefois permis. La « customisation », fortement conseillée : le « fixie » doit être à l’image de son propriétaire, une pièce unique.

Ce vélo design commence à n’être plus anecdotique dans nos villes. S’il est difficile au néophyte de le reconnaître, il lui est plus aisé de le repérer par son cavalier. Le fixiste (qui n’a rien à voir avec l’adepte de théories étriquées relatives à l’évolution du vivant) n’est en effet pas pauvrement habillé. Il porte souvent des Van’s, des vêtements de marque à la mode, la barbe de trois jours.

Les bobos/hipsters ont enfin trouvé le moyen de transport digne de leur formidable originalité. Lequel vélo véhicule évidemment une image fun, vu qu’il vient d’Amérique du Nord, de New York en plus. Le « fixie » est en effet l’outil de travail des coursiers, qui sont, comme chacun sait, ce que les surfeurs sont à l’océan.

Or, si les
coursiers US, payés à la tâche, sans assurance ni Sécu, ont dépouillé leurs montures pour en arriver au dépouillement du « fixie », c’est qu’ils en avaient marre de se faire dépouiller. De se faire voler leur vélo, de perdre trop d’argent à régler, réparer et remplacer des pièces mécaniques complexes et fragiles (les dérailleurs), d’en perdre également en perdant du temps à freiner. Le fixie est bien, au départ, un outil de pauvre.

Qui est aujourd’hui un attribut de
riche. Le génie des bobos est de rendre cher et rare ce qui avant était commun et bon marché. Ainsi du demi au comptoir du bistro de prolos ripoliné en bistro chic de rue gentrifiée. Maintenant le fixie, vélo basique qui, sans rien, est devenu par le génie des branchouilles citadins, beaucoup plus cher que le vélo « normal ». Après avoir chassé le prolo des centres-villes, le bobo lui pique son vélo !


Le « fixie » ne rime pas avec écologie, mais avec bouffonnerie. C’est dit !



OGM ? Organisme juridiquement modifié

Le
Sénat a voté le 20 novembre une « Proposition de loi tendant à renforcer la lutte contre la contrefaçon » en procédure accélérée.
Dans le Chapitre V, titré « Renforcement des moyens d’action des douanes », à l’article 6, on trouve ceci :

  • 5° L'article L. 623-4 est complété par un alinéa ainsi rédigé :
  • « Sont interdits, à défaut de consentement du titulaire du certificat d'obtention végétale la production, l'offre, la vente, la mise sur le marché, l'importation, l'exportation, le transbordement, l'utilisation ou la détention à ces fins de tout ou partie de la plante ou de ses éléments, tels que visés au premier alinéa. » ;

En résumé, avec cet article et quelques autres, dans ce projet de loi qui complète une loi votée en 2011, 1) les productions végétales non contractuelles entrent dans le champ de la
contrefaçon, 2) en conséquence de quoi, les agriculteurs qui utiliseraient sans autorisation explicite des semences faisant l’objet d’un Certificat d’Obtention Végétale (COV) ou d’un brevet (comme tous les OGM), sont considérés comme des contrefacteurs.

Que les semenciers défendent leur gagne-pain, on les comprend. Moi qui vis de droits d’auteur, je conçois que les utilisateurs des graines versent des royalties pour financer la recherche des entreprises qui les ont inventées.
Que des agriculteurs soient sanctionnés parce qu’ils se revendent des graines sous le manteau, cela tombe aussi sous le sens.

Le problème n’est pas là, il est de nature philosophique.

Car avec cette loi, et le fait que, depuis 2011, les cultivateurs producteurs de « 
semences paysannes » - entendez ceux qui conservent une partie de leurs graines pour les ressemer - doivent dûment s’enregistrer auprès des semenciers ; c’est le geste même de l’agriculteur, le geste premier, celui de planter ses graines « gratuitement » qui est désigné a priori comme illégal.

Pis : en désignant comme de la contrefaçon la germination au hasard de plants protégés par un COV ou un brevet, mais non achetés par le propriétaire du champ, par exemple à l'occasion de la dissémination par le vent ou de semences transportées sous les bottes d’un cultivateur (ou d’un représentant d’un semencier !?),
la loi considère l’essence même de la vie, qui est bien de germer, c’est-à-dire de se reproduire gratuitement et à l’infini, comme du piratage.

Pis x Pis : en plaçant des clôtures sur le génome, comme auparavant on a planté des clôtures sur les terres communes, le régime des brevets conduit à une forme de privatisation du
res communis qu’est le matériel génétique. Il ne serait plus dès lors un bien commun. Ce que reprochent… les petits semenciers au gros, qui demandent l’aide de la Commission européenne, car ils ont peur, demain, d’avoir peur de découper le moindre gêne dans des génômes largement hérissés de poteaux de propriété. Le faux-pas sera probable. Et avec lui, le procès, douloureux.

En privatisant de fait le vivant,
ce mouvement d’enclosure nie le vivant et prend le risque de se priver un jour de toute capacité de recherches

Concrètement, avec cette loi, et les décisions prises il y a quelques années par les Cour suprême des États-Unis et du Canada, la cohabitation entre cultures conventionnelles et cultures à base d’OGM est impossible : en cas de constat fait par les douanes de plantes génétiquement modifiées sur votre terrain, vous n’aurez comme alternative qu’aller au procès pour vous défendre, contre un semencier ayant bien plus de moyens que vous, ou bien signer avec celui-ci un contrat de fourniture de semences, en dédommagement.

Comme je l’ai écrit dans mon livre, mais sans doute pas assez parce que j’en ai pris conscience au cours d’un colloque national sur les OGM qui s’est tenu fin novembre à Drumondville, au Québec, le risque porté par les OGM n’est ni environnemental, ni sanitaire, mais social.
Celui de la fin de l’agriculture des hommes, juridiquement étouffée par l'agriculture industrielle.



Zones humides : un bien public

Le 4 décembre à Saint-Denis, dans l’Aude, au pied de la Montagne noire, château d’eau du Languedoc-Roussillon et du Canal du Midi, s’est tenu un joli colloque sur les zones humides. J’en étais (le seul en costume sur la photo - voir lien plus bas - c’est moi), comme « Grand témoin », chargé surtout de replacer les zones humides dans la problématique du changement climatique. C’est Denis Cheissoux qui animait (en chemise rose).

La Scic (Société coopérative d’intérêt collectif)
Rhizobiome a présenté les résultats d’années de travaux, de prospection, de diplomatie, pour recenser les zones humides de ce territoire et convaincre leurs propriétaires de les conserver, et de mettre en pratique une gestion qui préserve les services rendus par ces milieux.

Joli succès, car près de
600 hectares sont désormais connus, et cartographiés : c’est autant de zones humides désormais en sécurité, car le pire ennemi des zones humides reste l’ignorance. Les fonctionnalités de ces endroits qui font « sproutch » sous la botte sont mieux connues et reconnues, en particulier des propriétaires des 60 hectares qui ont signé une convention de « bonnes pratiques » avec la Scic Rhizobiome.

Que savent-ils ? Que ce
mi-terre, mi-eau, mou comme un Tiramisu, qu’est une zone humide, où pousse la molinie, la callune et parfois la droséra, est un ralentisseur d’eau. Pas un stock ("ça, c’est la mort !", a dit Jacques Thomas, gourou national de la chose, patron de la Scop Sagnes, spécialisée dans l’ingénierie écologique), mais un flux ! ("ça, c’est la vie ! », dixit icelui). Une batterie, en quelque sorte.
Ce faisant, la zone humide garde l’herbe verte en été, alors que, réchauffement faisant, le stress hydrique s’accroît d’année en année ; et elle limite la probabilité et l’intensité des crues ou des étiages.

La zone humide est devenue un
enjeu stratégique.

J’ai émis l’idée de la considérer comme un
bien public, et de la gérer, comme l’eau, dans le cadre d’une seule et même structure qui pourrait être un SAGE (Schéma d’Aménagement et de Gestion de l’Eau) étendu. C’est d’ailleurs ce que le Conseil régional de Bretagne vient de réclamer au gouvernement : gérer tout le bassin-versant breton par un seul SAGE.

Le succès de Rhizobiome repose sur une démarche simplement humaine, qui a nourri dans son sillage le courage d’élus, d’administratifs et d’agriculteurs, pour essayer des choses nouvelles. Cette démarche a rompu ce qui, toujours, empêche de faire, surtout en matière de zones humides encore considérées comme des inutilités car agronomiquement pauvres, et sanitairement embêtantes (ah, le souvenir du paludisme !) : Rhizobiome a rompu l’ignorance et créée de la beauté en démontrant que la complexité… ce n’est pas synonyme de compliqué.


Chapeau à
Céline Thomas, la patronne.



Chapeau à
Céline Thomas, la patronne.

1ère newsletter ! Écotaxe, TFNB, TVA sur les TC, VTC : derrière les acronymes, on cherche le courage, on trouve les prémices d'une société différente


L’utile écotaxe, bouc émissaire d'une Bretagne saccagée


"C’est à cela qu’on reconnaît la profondeur d’une culture : à la dimension philosophique de ses combats. Voilà pourquoi la larme nous tombe lorsque nous contemplons le Gwenn-ha-Du battre le vent celte pour défendre Père Dodu, dans le bruit de grillon des triskèles agitées pour protéger les abattoirs Gad contre l’horrible infortune. (…)


Voilà ce que m’inspirent les Bonnets rouges, dans un édito paru sur le site des JNE, fruit d’une longue actu développée sur CO2, mon amour (France Inter) le 2 novembre, repris en partie par Denis Cheissoux dans son billet la semaine suivante… 

L’écotaxe (initialement Taxe Kilométrique Poids Lourd), que ne rejettent ni les chargeurs, ni les transporteurs, est un bel outil, un signal efficace, un symbole qui compte. Elle n'est pour rien dans la transformation de la Bretagne en fosse à purin. Les bonnets rouges ne sont ni des esclaves ni des révolutionnaires nouveaux, mais des perdus qui se battent contre ce qu’ils peuvent. Ils seraient sans doute mieux inspirés de s’en prendre aux agro-industriels perfusés aux subventions, aux lycées agricoles qui n’ont formé qu’aux sous-emplois, à la Grande distribution qui les appauvrit et reportera sur eux le montant de l’écotaxe, comme elle le fait déjà de la majorité de ses coûts annexes.

L’État a baissé son pantalon, mais heureusement, des Bretons agissent en silence, comme le groupe Hénaff. Quant à Écomouv, tout le monde (politique) s’inquiète aujourd’hui qu’une société privée prélève une taxe. C’est pourtant ce que fait Écoemballages et Adelphe depuis des années !



Étalement urbain, crise du logement, coût de la voiture: tout est dans la TFNB (ou presque)


Le gouvernement a aussi baissé son pantalon (il va finir par prendre froid) sur la hausse de la Taxe sur le Foncier Non Bâti. « Spoliation ! », « Saisie ! », « Réquisition ! », a-t-on entendu. On ne touche pas impunément au dogme de la propriété, en France.

Pourtant, cette excellente affaire est une façon de supprimer la niche fiscale représentée par les terrains anciennement agricoles, reclassés « à bâtir », grâce auxquels d’astucieux investisseurs attendent que les prix montent afin de réaliser une belle culbute. Laquelle est
in fine payée par les locataires et accédants à la propriété des logements chers construits sur ces terrains hors de prix.

La mesure est certes grossière, mais symboliquement efficace pour lutter contre la spéculation foncière, et surtout utile pour combler les dents creuses des agglomérations, c’est-à-dire pour redensifier l’urbain. Donc limiter l’étalement urbain, cause de temps de déplacement en auto qui coûtent, à tous les sens du terme.

Cela m’a inspiré une chronique sur CO2, mon amour, le 16 novembre.



Le ticket de ciné baisse ? Le ticket de bus monte !


Le gouvernement sait quand même trouver de temps à autre le courage de dire « non ! ». Aurélie Filipetti ayant décrété que le théâtre et le cinéma sont indispensables à la vie, et au rayonnement culturel du royaume, la TVA sur les billets de théâtre et de cinéma va baisser. Par contre, celle sur les transports collectifs, certainement pas !

Élus et responsables des « TC » ont eu beau préciser que 1), cela ne constitue pas un message encourageant dans le cadre d’une politique a priori orientée contre le tout-voiture, 2) les usagers sont en majorité des personnes âgées et des travailleurs pas très riches, 3) les TC ont tous de graves problèmes financiers (la part payée par les pouvoirs publics baisse, celle par les entreprises stagne), qu’en conséquence, 4) il leur faudra augmenter le prix du ticket ; rien n’y a fait : le gouvernement ne s’est pas laissé intimider.

Curieusement, personne n’a parlé des Bonnets verts qui, virtuellement, manifestent contre cette stupidité.


Le taxi n’aura pas de concurrence

Le taxi est cher, n’est pas assez nombreux. Mais c’est parce qu’il paie une licence, très coûteuse, garantie d’une retraite intéressante. Cette licence est d’ailleurs, comme l’écotaxe (voir plus haut), une façon de donner un coût à l’usage de la voirie.

Et bien les taxis n’auront toujours pas de concurrence, comme les notaires et les pharmaciens. La Sécu avait voulu revenir sur leur chasse gardée ? Ce monopole sur le « transport de malade », qui constitue il est vrai l’essentiel des revenus des taxis des petites villes, est cause, selon la Cour des Comptes, d’une bonne partie du Trou. Peu importe, la Sécu a dû remballer. Les taxis avaient tout bloqué.

Constatant que le smartphone et les réseaux sociaux avaient développé des offres spontanées de covoiturage/ autopartage, sous la forme de Véhicules de Transport avec Chauffeur (VTC), concurrentes de celle des taxis, souvent complémentaires, en réalité, et s’insérant parfaitement dans cette « mobilité courante » qui se développe, le gouvernement avait prétendu les encadrer en autorisant. Mal lui en a pris ! Menaçant de tout bloquer à nouveau, les taxis ont obtenu que les VTC fassent poireauter le client… un quart d’heure, au moins (ils avaient réclamé une heure).