14e infolettre : inondations, Le Foll, TVB et corridors écologiques, un aménagement intelligent… bref les sols. Et un peu de cheminées.

Inondations : arrêtons les arrêtés de catastrophe naturelle

Les vallées du Var et de l’Argens ont été inondées, et avant elles, l’Aude et l’Hérault ont été sous les eaux. On a revu les images sans cesse déjà vues de voitures-bateaux, de bateaux-voitures, de sinistrés poussant des balais, d’agents d’assurance se pressant, d’élus déplorant, de tout le monde accusant l’État.


Y a-t-il du réchauffement là-dedans ? El-Niño ?
Personne ne peut le dire : cela ressemble toutefois à ce que les climatologues prévoient, et c’est très cohérent avec l’augmentation de la variabilité supplémentaire conférée à l’atmosphère, à la mer et au cycle de l’eau par l’énergie supplémentaire que représente le réchauffement. Lorsqu’il se met à pleuvoir autant en deux jours qu’en un mois, comme sous les tropiques, c’est qu’il y a des turbulences. C’est que la Méditerranée relargue beaucoup de chaleur, parce qu’elle en a accumulé beaucoup en été. C’est qu’un état dépressionnaire bien constant recouvre l’Atlantique, lui aussi fort chaud. 

En réalité, c’est tous les océans qui sont chauds, cette année. Laquelle sera sans doute, à sa fin, la plus chaude jamais enregistrée depuis un siècle et demi. Or, il est à remarquer que les inondations font la une des médias un peu partout dans le monde, de la Croatie à la Californie, en passant par le Maroc.
Quant à El-Niño, que d’aucuns désignent à la vindicte, il ne saurait y être pour grand-chose, le pauvre enfant, car les Péruviens le trouvent tellement riquiqui, l’Enfant-Jésus, qu’ils en déplorent le manque de chaleur : les stocks d’anchois s’en sont effondrés, et ce ne sera donc pas le Pérou ni pour les pêcheurs, ni pour les éleveurs de saumon de Noël 2015 qui devront aller trouver ailleurs leur principale farine animale. 


Le climat y est donc pour quelque chose. Mais il ne fait qu’accentuer l’existant.
Il nous dit ce que nous faisons mine de ne pas savoir. Que nous n’avons pas de mémoire, et qu’une goutte d’eau qui galope sur un parking ira toujours plus vite qu’un seau d’eau versé sur un champ. Dans les inondations récentes il y a ça :
  • l’urbanisation, l’étalement urbain, la construction de lotissements et de zones commerciales en zone inondable. Macadam et remblais. C’est tellement évident, qu’il faut le redire : faciliter l’écoulement de l’eau ne fait qu’augmenter le risque d’inondation. Dans le Var, une zone commerciale portant le nom de… La Palud, a été recouverte. Palud, paludier… cela ne vous rappelle rien ? Cela veut dire marais, marécages. Parce qu’on l’a bâtie sur un marécage. Et l’on s’étonne que l’eau soit revenue. Que voulez-vous que je vous dise ! ?
  • les deltas et des débouchés de rivière sont de plus en plus obstrués par du sable, des sédiments, qui proviennent des littoraux dont la « dynamique sédimentaire » a été bouleversée par les digues et les enrochements, ainsi que par les rivières et les fleuves eux-mêmes qui, entravés çà et là par trop de barrages et de « seuils », n’ont plus le débit nécessaire pour pousser à la mer tous ces dépôts. Quand l’eau monte vraiment, elle se trouve freinée, comme bloquée par un barrage de sédiments, et alors elle monte, elle monte…
  • les rivières et leurs affluents sont de moins en moins entretenus, ce qui se traduit par une gêne supplémentaire à la circulation de l’eau, par l’apparition de barrages naturels nés de l’accumulation de branches et de déchets, ce qui ne fait que rajouter au risque inondation dès lors que brutalement ils se rompent. Pourquoi n’entretient-on plus ? Il n’y a plus de sous nulle part, certes. Il y a aussi des réglementations environnementales un tantinet tordues qui interdisent, de fait, aux propriétaires des berges de donner le moindre coup de sécateur, car on ne sait jamais, ils pourraient déranger une espèce protégée.
Tout le monde s’en fout en, réalité. Ce qui compte c’est de développer « le pays", d’accueillir le maximum de gens, en dépit d’un foncier exorbitant dans ces zones touristiques. Il y a bien des plans de prévention des risques inondation, les PPRI, mais une fois acceptés, ils sont souvent attaqués par élus et associations qui ont participé à leur élaboration, car ils veulent continuer à bétonner pépère. Lesquels élus, trop nombreux, gérant trop de communes, ne s’occupant que de leurs communes, passant la patate chaude de la responsabilité au voisin, ceux du bas (du littoral) se fichant superbement de ceux du haut (là d’où coulent les rivières), n’ont aucune vision globale de l’eau. Le chacun pour soi renforcé par le soleil qui a le grand mérite de sécher aussi vite l’eau que les larmes et la mémoire.


Voici ce que je vous propose :

  • coller un ou deux élus en taule, pour l'exemple, sans oublier - ce qu’on est d’ailleurs en train de faire avec le maire de la Faute-sur-Mer qui, tout fautif qu’il ait pu être, sera à coup sûr le fusible idéal - les préfets inconséquents (c’est eux qui, en dernier ressort, exercent le contrôle de légalité de ce que les maires ont fait voter), et les députés et sénateurs qui assurent d’amicales pressions sur ces derniers afin qu'ils oublient leur képi ;
  • sortir le permis de construire des mains du maire pour le confier au minimum aux communautés de communes ;
  • gérer l’eau par bassins cohérents, sous l’égide des Agences de l’eau, en respectant vraiment, enfin, les prescriptions des SDAGE et des SAGE (des instruments de planification qui s’imposent aux documents d’urbanisme) dont tout le monde se fiche ;
  • placer la gestion des sols au centre de cette gestion de l’eau, en n’oubliant pas qu’un sol agricole vaut toujours mieux qu’un bout de jardin, et que si, « dans le temps », on ne construisait pas derrière la digue ou au bord de la rivière, mais qu’on préférait faire pousser des moutons, c’était bien pour une raison ;
  • développer une nouvelle culture du risque, dès l’école, en s’inspirant de régions qui, parce qu’elles ne sont pas touristiques, ne sont pas aveuglées par le soleil et le prix du mètre carré au point d’oublier les réalités naturelles et le passé. La région des Wateringues par exemple, située entre Dunkerque et Saint-Omer. 200 000 habitants permanents sous le niveau de la mer, dont l’existence dépend de canaux (les wateringues) et de pompes bien visibles, qui rappellent la catastrophe mortelle de 1953 ;
  • surtout, en finir avec la signature quasi-systématique de l’arrêté de catastrophe naturelle ! Cela déresponsabilise tout le monde. Ces inondations ne sont pas des catastrophes naturelles ! Elles sont graves parce que notre bêtise nous a rendus trop vulnérables. Vous voulez installer un lotissement en zone humide, malgré le PPRI ? Très bien. Alors démerdez-vous. Construisez selon les normes hollandaises. Assurez-vous vous-mêmes. Car nous, État, garant de l’intérêt général, nous n’avons pas à vous venir en aide si vous vous estimez plus malin que nous. Assumez. Et payez. Ou réfléchissez avant.
Tout cela nous ramène à la question des sols. Du foncier. Tant qu’il sera aussi cher, on ne pourra pas faire grand-chose. Exproprier, préempter n’est pas à la portée de toutes les bourses. Alors je vous propose ceci, extrait du dernier chapitre de mon livre sur les sols. Considérer le sol comme un bien commun. Mais non je ne suis pas coco, les pays d’Europe du Nord font tous ça !


  • "Logements et sols, même combat. La ville et la campagne sont dans la même galère, et celle-ci ne cesse d’embarquer de l’eau dans une tempête qui monte. Si l’on veut éviter l’explosion sociale comme l’accaparement des terres, sans même parler de faire baisser durablement les prix (tout en espérant un effondrement salvateur du marché), il ne serait pas idiot d’envisager de décréter que se loger et produire de la nourriture est une nécessité, qu’en conséquence la terre est un bien commun, appropriable à l’occasion par la puissance publique ; et que le toit est un droit, à exercer s’il y a lieu en imposant de bâtir ou de louer dans les vacances inappropriées. Multiplier l’hectare et le mètre carré disponibles est indispensable, certes, mais on peut se demander si l’exemple du fermage et du « crowd-founding » façon Terre de Liens ne nous éclaire pas sur l’autre révolution qui se cache derrière le retour au sol - et la crise immobilière : l’abandon de la propriété, vidée de sa substance par la mutualisation de l’achat (des particuliers achètent des parts de terres, des collectivités, des associations, des coopératives bâtissent des immeubles) et la généralisation de beaux locatifs très longs à l’évolution des prix encadrée, comme en Allemagne. Ni locataire, ni propriétaire, le citoyen serait le fermier du logement qu’il occupe. Comment désacraliser la propriété au profit de l’intérêt général, sans retomber dans l’autoritarisme fertile du communisme soviétoïde, c’est presque un sujet de philo. Ou un autre livre ?"

















Le Foll, les vers de terre, et mon livre

En parlant de sols…

« 
Trois tonnes de vers de terre à l’hectare, ça vous remue 280 tonnes de terre. Pendant ce temps-là, vous n’avez pas besoin de labourer » a déclaré le ministre de l’agriculture en quittant la Conférence environnementale le 27 novembre. Le reste de sa déclaration est à l’avenant et a été repris par toute la presse.

Hé, M. Le ministre, vous auriez pu citer mon livre, que manifestement vous avez lu !




Corridors écologiques : comment les gérer sur le long terme ?

Les sols. Leur respect pour atténuer les effets dévastateurs de l’étalement urbain sur l’écoulement de l’eau. Et pas seulement.

J’ai animé deux gros débats sur la question des trames vertes et bleues (
TVB, instaurées par la loi) et des corridors écologiques (le long des infrastructures linéaires, les délaissés et les zones de servitude des voies de chemin de fer, des autoroutes, des conduites de gaz et des lignes à haute et moyenne tension).

Les premières sont instituées par des documents de planification régionaux dénommés SRCE (schéma régional de cohérence écologique). Les secondes sont là, de fait. Les deux répondent à l’impérieuse nécessité de connecter entre eux les habitats « naturels », dont la fragmentation, à cause de l’agriculture intensive et de l’étalement urbain, est la première cause de l’érosion de la biodiversité ordinaire en France.

TVB et corridors sont complémentaires, évidemment, et sont confrontés aux mêmes problèmes : comment les gérer, les interconnecter, sans léser ni vexer personne, sans que ça coûte des sous, avec quel(s) objectif(s) écologique (s). 


Les débats et les ateliers de ces deux importantes manifestations (organisées l’une par le Club des Infrastrurues linéaires & Biodiversité - CIL&B, en partenariat avec l’IUCN ; l’autre par l’Union régionale des CPIE des Pays de Loire) ont donné lieu, et ce n’est pas étonnant, aux mêmes constats, et aux mêmes recommandations, à peu de chose près :

  • manque criant de connaissances académiques sur l’écologie de ces zones particulières et sur la circulation des espèces ;
  • manque encore plus criant d’un… langage commun entre les acteurs concernés, et au sein de chaque entreprise, profession ou administration. Bref, on n’a pas toujours, autour de la table, la même connaissance du sujet, ni, et c’est inquiétant, la même définition d’un mot… ;
  • besoin toujours aussi criant de médiateurs afin de faciliter le dialogue et de trouver… un langage commun, de façon à - je cite - « ne pas laisser faire ceux qui savent faire (les technos) » et impliquer tout le monde ;

  • intégrer la question de la biodiversité tout de suite dès le démarrage d’un projet d’aménagement, sans attendre que les ingénieurs aient terminé leurs dessins ;
  • besoin impérieux de faire remonter et partager les bonnes pratiques pour les promouvoir ;
  • donner une valeur économique et démontrer les services rendus (y compris touristique, loisir etc.) par TVB et corridors ;
  • intégrer la dimension « nocturne », de façon à ce que TVB et corridors ne soient pas, la nuit, des murs de lumière, aussi étanches que des murs de béton pour les espèces nocturnes. Concrètement, sensibiliser tout le monde de façon à éviter les réverbères inutiles ;
  • manque désespérant de cohérence entre les élus (chacun chez soi, cf. les inondations), de la politique de l’État, lequel est très critiqué pour son manque de moyens et son caractère vétilleux ;
  • enfin, à qui appartient le foncier sur lequel on prétend gérer une TVB ou un corridor ? La multiplicité des propriétaires n’est pas un gage de gestion « en bon père de famille », sur le long terme. Et on en revient à mon idée de réforme (révolution) foncière (voir inondations).

TVB et corridors écologiques sont en réalité des moyens formidables pour parler des territoires, en 
mettant pour une fois tout le monde autour d’une table, sans engueulades, autour d’un projet commun. Une fois encore est démontré que l’écologie est le meilleur moyen de faire de la démocratie participative, de la science participative, sans en avoir l’air. 


Un aménagement intelligent, tiens, en voilà un !

Il n’y a pas que des aménagements stupides. Il y a aussi des aménagements qui peuvent s’avérer être, justement, comme parfois les carrières, des « raccords de diversité ». Des sortes de corridors écologiques.

À Moulins, la communauté d’agglomération (26 communes, 750 km2, au centre de la France, entre Paris, Lyon, Clermont-Ferrand, Bordeaux, Nantes, Sète et Marseille, gros passé logistique) livre en ce moment un parc logistique d’un nouveau genre. Le maître d’œuvre, Egis, a été bien au-delà des obligations environnementales habituelles en faisant de ce "Logiparc 03" un exemple, dit-il, en matière d’ingénierie écologique. Pour la LPO, la construction de la plateforme logistique serait même une opportunité pour « améliorer » la biodiversité, car elle a d’ores et déjà permis de créer deux corridors écologiques importants.



Des noues, des disques…
Il y a eu une charte "Chantier faible impact", durant les travaux. Et ces travaux ont visé à se faire le plus discret possible. Les noues (fossés) qui bordent la voirie, chargées de récupérer les eaux de pluie, sont plantées d’espèces hydrophiles sur un gravier drainant. Ils sont branchés aux bassins de rétention, eux aussi plantés de la sorte. Dimensionnés pour un débit d’eau maximal (qui revient, statistiquement, tous les trente ans), ces ouvrages ralentissent l’eau pluviale, tout en la débarrassant d’une partie importante de sa pollution.
Les noues, les bassins de rétention, mais aussi une station d’épuration biologique. Quèsaco ? D’abord un tamis rotatif, ensuite l’eau est remuée par des disques eux aussi rotatifs, et enfin l'eau ressort, à l’air libre, pour finir son épuration dans des bassins végétalisés. Parce qu’ils tournent, ces disques, couverts de bactéries, sont alternativement en contact avec l’oxygène. Ce « stress » favorise la multiplication des bactéries, il permet aussi aux germes aérobies et anaérobies de se développer : l’épuration, en particulier la neutralisation des nitrates, en est accélérée et en théorie plus efficace.

… et des saules
L’eau prend enfin le soleil dans des bassins de faible profondeur où elle est épurée par des plantes tels que les roseaux… et des arbres ! Elle est déversée en effet sur une immense surface de 2,7 ha plantée de saules, des arbres grands amateurs d’eau. Croisant rapidement, taillés régulièrement « en têtard », ils terminent de débarrasser l’eau de ses nitrates et phosphates. Ainsi ressort-elle dans son état initial. Le produit de la coupe des branches de saules devrait être valorisé pour alimenter une chaufferie bois et fournir du BRF (bois raméal fragmenté), un apport naturel en matières organiques pour les sols agricoles.



Des zones humides et deux TVB
« On voulait montrer que le développement économique n’est pas contradictoire avec l’écologie », me dit Jean-Louis Gigault, représentant de la LPO Auvergne qui a suivi les travaux « Il nous fallait insérer la zone entre la Loire, l’Allier et la Sologne bourbonnaise, avec un objectif : améliorer la biodiversité. » De part et d’autre du site, 32 ha, sur 184 ha de surface totale, ont été pour le coup gelés afin de répondre à cet objectif. 7 étangs ont été maintenus, des lieux de ponte, des solariums (les tortues y prennent le soleil) et des lieux d’hivernage (hibernaculum) ont été créés pour batraciens et reptiles. Le site est en fait une immense zone humide, que la LPO a en gestion.
Une zone humide géante qui, de fait, constitue, en deux branches, de chaque côté de Logiparc 03, deux trames verte et bleue, deux corridors écologiques, connectés, comme il se doit, aux biotopes équivalents situés à l’extérieur du site. Grâce à eux, les employés du parc pourront bientôt tenter d’observer, à la pause déjeuner, 111 espèces d’oiseaux dénombrées ici, dont le Bruant Proyer, les 14 espèces de mammifères (verront-ils le Murin de Daubenton, une belle chauve-souris ?), les neuf espèces d’amphibiens (le triton crêté vit ici), les 5 espèces de reptiles (dont l’orvet fragile, un serpent, et la cistude d’Europe, une tortue)…


J’y suis allé, et, foi de journaliste et d'ingénieur écologue, le résultat est impressionnant. Il illustre ce que j’ai écrit plus haut : en s’y prenant très tôt, très en amont, avec tout le monde, et des élus partie prenante, le surcoût et les contraintes importantes d’un aménagement écolo passent presque inaperçu. Reste à voir à l’usage.

































Cheminée, diesel… et les pizzas, et le barbecue, alors ! ?

Bon, alors, pas de quoi en faire un plat, car de toute façon, à l’approche du 25 décembre, on ne fait plus de feu dans l’âtre afin de ne pas causer de préjudices au fondement du Père Noël. Pourquoi donc avoir hurlé, chère Madame la Ministre, contre le projet d’interdiction des feux de cheminée en région Île-de-France ? ! Cela partait d’une bonne intention.


Mais pour le reste de l’année ?

Passé le jour des cadeaux obligatoires et des repas de famille douloureux, un petit feu de cheminée, il n’y a rien de tel pour réchauffer l’âme, les cœurs et les amitiés. Et puis l’hiver n’est cuisant, tant qu’il peut l’être encore avec le réchauffement, qu’en janvier-février. Quelques bûches, et nous voilà avec un appoint de chaleur bienvenu.

Seulement, il y a des réalités
Cela fait des années que je dis, et j’écris, que la Commission européenne ayant par nature tendance à tirer le fil jusqu’à démêler la pelote, elle finira un jour par interdire les foyers ouverts, parce que voilà, si on interdit le diesel (ce qui est programmé depuis deux ans, cf. une précédente infolettre), puisqu’on réglemente sévèrement les émissions des cheminées d’usines, des centres d’incinération de déchets et des chaufferies collectives, dans la mesure où les feux dans les jardins sont déjà interdits, autant aller jusqu’au bout et prohiber une des grandes sources de microparticules. Exit, donc, les galipettes devant le feu.

Près du périphérique parisien, évidemment, les particules proviennent pour l’essentiel des autos. Au centre de la capitale, c’est différent : ces saletés que nous inspirons ont pour origine tout autant la cheminée que le pot (d’échappement). Mais cela représente toujours moins que les détritus de pneus (la voiture, encore), les cheminées des usines d’incinération et, à 68 % les émissions qui viennent d’ailleurs (dont la transformation dans la stratosphère des émissions des autos après quelques jours de réactions chimiques). 

Alors, on interdit ou pas ?
Difficile, car c’est joli. Et si l’on interdit, il faut aller encore plus loin et jeter l’anathème sur le
barbecue, aujourd’hui première source de dioxines en France (le charbon de bois est rarement parfaitement épuré, il brûle mal, et s’il cuit un saumon gavé de PCB, autant faire un footing sur la cheminée d’une usine d’incinération de déchet des années Balladur !), et… les pizzerias ! Ben oui, z’y avez pensé aux fumées des fours à bois ? Vous croyez qu’elles passent par une postcombustion avant de s’échapper ? Nenni ! En plus, une fois cuites, elles sont transportées par des mobylettes et des scooters très émetteurs de cochonneries.

Allez, je mets tout le monde d’accord  : on autorise pendant les fêtes, et durant les météos dépressionnaires. En ville. À la campagne on s’en fout un peu. Après avoir interdit, enfin, le diesel. Ce pur produit de la cécité de notre brillante caste d’ingénieurs, ce énième amiante, ce nouveau Concorde financé par le contribuable pour sauver le soldat PSA. Qui est déjà mort.


Ci-dessous le début du chapitre consacré à la bêtise du diesel dans « La fin du tout-voiture », paru l’an dernier :

  • " C’est l’histoire d’un gogo à qui l’on demande depuis des années de soutenir l’industrie automobile nationale en subventionnant par ses impôts l’achat de véhicules qui lui coûtent beaucoup à l’usage. C’est l’histoire d’un gogo qui finance par ses impôts les soins médicaux délivrés aux dizaines de milliers de personnes qui, chaque année, voient leur état de santé s’aggraver à cause de la pollution de l’air. C’est l’histoire d’un gogo à qui demain l’on demandera de subventionner le remplacement de son propre véhicule par un nouveau modèle encore plus cher à l’usage. C’est l’histoire d’un gogo qui, dans son véhicule encore plus vert, ne pourra plus se rendre dans les centres-villes bientôt fermés à la voiture. C’est l’histoire d’un gogo dont une partie des impôts sera dépensée pour repêcher les dizaines de milliers de salariés de l’industrie automobile nationale mis au chômage par la faillite d’une élite incapable de faire demi-tour dans la voie de garage qu’elle s’est choisie avec suffisance, et que le gogo aura contribué à rétrécir. C’est l’histoire du diesel en France. Qui éclaire sur le futur de la voiture et le devenir du tout-voiture. »