Trente-septième infolettre : S'engager pour un monde meilleur, 10 propositions à votre portée. Mon nouveau livre, avec Jean Jouzel.

À la demande de France Nature Environnement, j’ai écrit cette France de demain en dix propositions d’actions et de transformations, dix actes concrets, simples, qui sont autant de leviers pour changer le pays en changeant notre rapport à la nature et au temps. Dix propositions pour le citoyen… et dix propositions pour les élus. Cela fait vingt, en fait un peu plus. Dix chapitres, dix thèmes transversaux sur notre place dans la nature, notre rapport à l’énergie, le rôle fondamental des collectivités, la gouvernance de l’eau comme exemple à suivre (en l’améliorant…), l’importance de l’éducation à l’environnement et de la bouffe etc. Dix chapitres rédigés à partir des documents internes de FNE, des discussions avec ses bénévoles et salariés, de mes propres réflexions. Un livre pas facile à rédiger, car il a dû se frayer un chemin entre les nombreux réseaux et membres de la plus grande fédération d’associations de protections de la nature de France. Mais le voilà, il est beau comme une feuille de route à partir de laquelle tous les prétendants à la Présidentielle devrait développer leur vision de l’avenir. S’ils en ont une. 


Pour une écologie des petits matins tranquilles (et pas des Grands soirs chimériques)


(extrait premier chapitre)


Sivens est un choc. J’y ai vu ce que je craignais. D’un côté, un peuple de contestataires du fait établi, prétendant demander des comptes sur une décision qui leur paraissait insensée. Face à eux se trouvait ce peuple des momies électorales en place depuis que le monde existe, qui ne comprenait pas pourquoi on lui contestait ses habitudes. Les premiers étaient naïfs, les seconds arrogants. Rien ne bougeait. Alors des violents apparurent, prétendant défendre les premiers, si bien que les momies répondirent en faisant donner la force publique. L’habituelle comédie humaine pouvait enfin démarrer, au bénéfice des médias et des politiques excités par le manichéisme. L’acmé fut atteinte lorsqu’une grenade s’insinua entre le dos et le sac d’un naturaliste, simplement venu réclamer que l’on n’asséchât point une zone humide. Érigé en martyr par certains, Rémi Fraisse encouragea par sa mort quelques-uns à reconsidérer ce projet de barrage impossible, dont on feignit de s’apercevoir, en hauts lieux, qu’il n’était ni réfléchi, ni utile. Il fallut ce terrible drame pour secouer le théâtre.
Cela désespéra France Nature Environnement, dont Rémi Fraisse était membre. Discrète par habitude, n’aimant pas la fumée des pneus brûlés car légaliste par essence, « FNE », la plus grande fédération d’associations de protection de la nature en France, montra alors ses larmes, sa colère et son incompréhension. Elle expliqua à quel point Sivens était, hormis son épouvantable conclusion, très symptomatique de l’énergie qu’il faut déployer, en France, tous les jours, pour faire appliquer la loi et les règlements, et capter l’attention d’autorités qui pensent que l’élection est une onction incontestable. C’est ce que j’essayai de dire avec Denis Cheissoux dans la chronique à deux voix de « CO2, mon amour » sur France Inter, que nous dédiâmes à Rémi Fraisse. J’ai gardé la feuille, modifiée, raturée jusqu’à la prise d’antenne. Etrange de pleurer dans un micro.


Je suis écrivain, conférencier et homme de radio, et je travaille depuis plus de vingt ans sur les questions d’environnement. Je suis l’ami de professionnels locaux qui pataugeaient sur la zone du projet de barrage pour en faire l’étude d’impact, et l’associé d’une coopérative promouvant les zones humides auprès d’agriculteurs. Si j’ai été, moi aussi, tellement secoué par cette affaire, c’est que j’y vis, pourtant guère naïf, voire légèrement cynique, ce à quoi les associations et citoyens engagés sont confrontés au quotidien. Je ne pensais pas que c’était à ce point.
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Et la question a surgi : un monde meilleur est-il possible ? Oui, c’est ce que nous dit l’esprit de Sivens, qui perdure une fois la brume lacrymogène dispersée et les arbres abattus. Car des Sivens, j’en vois partout. Fleurissant sur la jachère de l’État impécunieux, incohérent, peu honnête et sans vision, collectivités, individus, entreprises et associations inventent, proposent, font. Il y a comme une excitation sourde partout en France, des ondes gravitationnelles en train de tout changer, l’air de rien. 
Et cela, FNE l’incarne. Cet immense réseau d’associations de bénévoles, parce qu’il touche des centaines de milliers de militants, les écoute en retour. Et, cahin-caha, en émergent quelques idées sur le monde de demain. En me plongeant dans les synthèses de FNE, en rencontrant les femmes et les hommes qui la composent, j’ai découvert des réponses solides aux questions que je me pose qui, sans être toujours les miennes, ont l’immense mérite de dessiner une France cohérente, souriante et vivante. 
Le résultat ? Ce livre qui, en dix chapitres, dresse le portrait d’une société en paix avec son environnement. 


(…)




Chapitrage :


Chaque chapitre, sauf le 1, explique ce qu’il ne serait pas idiot de faire, et pourquoi, et présente à sa fin quelque chose à faire pour le citoyen, et une mesure à prendre par l’élu ou l’État. 

Préface de Jean Jouzel
Chapitre I. Reprendre notre juste place dans la nature
Chapitre II. Favoriser des individus producteurs d’йnergie, des citoyens consommateurs
Une mesure pour s’engager maintenant
La mesure que l’État doit appliquer d’urgence
Chapitre III. Dйvelopper le gaz « bio », l’йnergie de la transition
Une mesure pour s’engager maintenant
La mesure que l’État doit appliquer d’urgence
Chapitre IV. Organiser la vie quotidienne par les collectivitйs
Une mesure pour s’engager maintenant
La mesure que l’État doit appliquer d’urgence
Chapitre V. Instaurer une йconomie qui йvite, rйcupиre et partage
Une mesure pour s’engager maintenant
La mesure que l’État doit appliquer d’urgence
Chapitre VI. Faire de l’eau un modиle de gouvernance
Une mesure pour s’engager maintenant
La mesure que l’État doit appliquer d’urgence
Chapitre VII. Que la nature et l’agriculture dйcident de l’amйnagement du territoire
Une mesure pour s’engager maintenant
La mesure que l’État doit appliquer d’urgence
Chapitre VIII. Faire de l’Йtat le garant du patrimoine naturel
Une mesure pour s’engager maintenant
La mesure que l’État doit appliquer d’urgence
Chapitre IX. Faire de la santй et l’environnement les piliers de notre bien-кtre
Une mesure pour s’engager maintenant
La mesure que l’État doit appliquer d’urgence
Chapitre X. Instaurer une йducation а l’environnement а tous les йtages
Une mesure pour s’engager maintenant
La mesure que l’État doit appliquer d’urgence
Postface de Denez Lhostis 

Trente-sixième infolettre : Pourquoi Europa City est une connerie (mais où est EELV ?)

Dans « Cessons de ruiner notre sol », paru chez Flammarion en octobre 2014, je dénonçais le formidable projet Europa City. Aujourd’hui on en parle, un peu. En dépit de sa sublime réflexion architecturale et environnementale, nul ne se pose pourtant la question de l’intérêt du projet, qui se fera dans une zone urbaine déjà saturée de centres commerciaux souffreteux. Mais voilà, les élus nationaux substituent leur absence de vision par ce genre de bons gros « projets d’intérêt national », les élus locaux ne voient que leur réélection, l’emploi doit être créé à tout prix, et pour cela, il faut donc exécuter l’habituelle recette: investir de l’argent public, ne serait-ce qu’en une gare du futur (qui ne se fera pas, faute d’argent et de matériaux) Grand Paris, un argent dont le rendement n’ira que dans les poches de promoteurs qui ne sont pas connus pour payer beaucoup d’impôts en France. Et puisque ce projet ne peut être rentable que si les centres commerciaux existants font faillite, de l’argent public sera ensuite à dépenser pour gérer des friches. Et des chômeurs. Et ensuite la bulle immobilière des centres commerciaux explosera. Au fait, vous avez entendu les caciques de l’écologie dire un mot sur Europa City?


Pourquoi Europa City est une connerie



Petite mise en perspective, tout d’abord. Pour en savoir vraiment plus, allez voir mon livre !

On n’a jamais construit autant d'hypers
Même si c’est en Norvège, au Luxembourg et en Estonie que la densité commerciale est la plus forte, la France tient le monopole européen de construction d’hypermarchés et de zones commerciales. Sachez-le, cher lecteur, l’hexagone ne produit pas que du fromage, du vin, des énarques et des moteurs diesel. Elle sait aussi les vendre dans des centres commerciaux (sauf les énarques). On en compte à peu près 740 sur le territoire, soit environ 2 000 hypermarchés qui valorisent de leur conception paysagère innovante 8 millions de mètres carrés de terres anciennement agricoles. Sans parler de leurs qualités architecturales qui font de nos entrées de villes de charmants préludes à l’extase des touristes.
Si l’on intègre toutes les surfaces commerciales possibles, c’est, depuis 2004, 3 millions au moins de mètres carrés de surface de vente nouvelles qui sont autorisés (mais pas forcément construits) chaque année. C’est un peu moins que la totalité des surfaces de bureaux vacantes en Île-de-France, mais cela représente quand même l’équivalent de 250 porte-avions Charles-de-Gaulle, ou 6 exploitations agricoles moyennes françaises. Cela, en dépit des documents obligatoires d’urbanisme aux noms divers, les PLU et autres Scot, censément très restrictifs, et malgré le manque, aujourd’hui reconnu par tous les élus, en terres agricoles. Des élus qui pleurent par ailleurs leurs entrées d'agglomération banalisées par ces monotones aires commerciales qu’ils ont pourtant eux-mêmes autorisées, avec tout ce qui va avec (rocades, bretelles, ronds-points etc.) Sans oublier les conséquences (on dit « externalités » en langage techno) environnementales liées à la transformation des sols bruns et des pâtures en parkings bleus.
On n’a jamais autant construit d’hypermarchés sur la terre de France que durant l’année 2013. Un million de mètres carrés… de surface de vente, auxquels il faut ajouter les parkings, les allées, les réserves, les entrepôts, les arbres, le gazon et les accès routiers. Comptez entre le double et le triple en surface réelle (le nombre exact est impossible à obtenir)…



"Réconcilier loisir, nature et commerce"
À eux deux, les centres commerciaux d’Aéroville, près de l’aéroport de Roissy, et le rénové Beaugrenelle en bord de Seine dans le quinzième arrondissement de Paris ont ajouté en octobre 2013 134 000 m2 à la félicité commerciale francilienne. Les deux mois qui suivirent, 100 000 m2 supplémentaires étaient inaugurés à Caen, Clermont-Ferrand ou encore Clayes-sous-Bois. Dans le même temps, les centres commerciaux existants se rénovent pour tenter de ne pas trop perdre de clients, attirés par la nouveauté. En 2014, une cinquantaine de galeries marchandes a été bâtie, une vingtaine a été rénovée. Difficile en fait d’en faire le compte exact. Qwartz à Villeneuve-la-Garenne (Hauts-de-Seine), Les Terrasses du Port à Marseille, Polygone Riviera et Nice One à Nice, La Valette-du-Var à Toulon, Bayonne Ametzondo… à Bayonne. En 2016, c’est quelque 450 000 m² de surfaces neuves qui s’ouvriront pour le bonheur des consommateurs du dimanche, et plus de 300 000 m² de centres commerciaux qui auront été rénovés à surfaces égales. En tout, 30 centres commerciaux vont naître ou renaître cette année.
Val Tolosa attendra un peu, car il a du mal : ce « grand parc paysager de 9 hectares, 2 000 arbres plantés et un lac » qui doit voir le jour en 2018 à l’ouest de Toulouse, au sud de la voie rapide vers Auch, ne déclenche pas il est vrai que des passions amoureuses. Pourtant, « Val Tolosa réconcilie nature, loisirs et commerces. En mettant au cœur de ses préoccupations le respect de la nature, Val Tolosa répond à un très haut niveau d’exigence environnementale tout en valorisant le paysage local. » On comprend mieux pourquoi les élus ont fait construire une nouvelle départementale et deux grands ronds-points. Ils sont tellement sensibles à la nature, ces grands émotifs.

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© Val Tolosa


Chez Europa City, vous pourrez pousser votre caddie en faisant du ski
La course à l'échalote de l’immobilier commercial continue donc sans s’essouffler, alors que le commerce partout vacille. Leur offre commerciale croît de 4 % l’an, alors que le chiffre d’affaires de ces mastodontes n’évolue que d’un modeste 1 %. La rentabilité est difficile, ce qui n’empêche pas les projets maous de fleurir. Tel celui d’Europa City, nous y voilà, qui se promet d’offrir d’ici 2024 (c’était 2021 au départ) aux affamés d’Île-de-France un temple de « l’art de vivre à l’européenne » à Gonesse, d’une surface de vente de… 230 000 m2. Soit 80 ha de surfaces « stabilisées », deux fois Val Tolosa, déjà bien gros.
Où cela ? Entre les pistes de Roissy et du Bourget, à quelques kilomètres de O’Parinor, le dinosaure de la profession (il est sorti de son œuf en 1969), qui s'est lui-même rénové afin de tenir le choc du tout récent Aéroville, son complexe cinématographique géant signé Luc Besson, son ouverture sept jours sur sept (car Aéroville se trouve en zone aéroportuaire). Avant même sa naissance, Europa City tient donc Aéroville par la barbichette qui tient celle de O’Parinor qui tient Paris-Nord II qui tient le Auchan de Sarcelles, qui tient les Halles de l’encore Auchan au Blanc-Mesnil qui tient le centre commercial le Millénaire à Aubervilliers… et le tout nouveau Quartz de Villeneuve-la-Garenne. Il y avait à l’évidence pour le groupe Auchan un réel désert commercial à transformer en oasis.
Pfff, fait le groupe Auchan, foin de polémiques, car beaucoup sont à nous – Europa City, Sarcelles et le Blanc-Mesnil. S’il y a des morts, on les enterrera en famille. Et puis Europa City jouira d’un avantage indéniable : les quelque 80 ha de terres agricoles acquis au prix fort (300 ha en comptant tout) seront métamorphosés par le génie des Mulliez en magasins, évidemment, mais aussi en cafés et restaurants (30 000 m2), cinés, piscines où faire du surf (oui…), hôtels (2 700 chambres) sans oublier la piste de ski comme à Dubaï et un parc d’attractions de 50 000 m2 ainsi qu’on en use dans certains malls américains. Y aura même des œuvres d’art. Faire ses courses comme chez Mickey et au Louvre, le concept tient du génie.
Et tout ce bonheur en plus dans un « lieu de vie » convivial et respectueux de l’environnement, cela va sans dire, la connexion en plus – partout l’on ira relié au Wifi gratuit, sous la lumière zénithale diffusée par des plafonds ouverts. On se demande bien pourquoi certains maugréent. 11 500 emplois directs sont promis, les élus sont contents, mais combien seront détruits à Aéroville, O’Parinor et ailleurs ? Combien dans les commerces des centres-villes voisins, dont le taux de vacance est déjà de 10 % ? Combien en France de ces temples sans esprit seront équipées de caisses automatiques ? S’inquiéter n’est pas idiot, dans la mesure où le nombre de mètres carrés déjà acquis, et « stockés » en prévision de futurs aménagements se monte en France à près de 9 millions de m2 (!), dont 85 % en zones périurbaines, là où se trouvent les terres agricoles.
Mais rassurons-nous : puisque le toit d'Europa City sera végétalisé, le satellite n’y verra que de la prairie. C’est comme si on n’avait pas retiré de sol. En plus, Europa City produira sa propre énergie et offrira aux gentils enfants le bonheur d’une ferme ! Oui ! Sur 7 ha. C’est pas un beau « lieu de vie », ça ! ? Certes un peu sous les avions et entre des autoroutes saturées. Mais les arbres, quand ils seront grands, filtreront les microparticules.
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© Europa City


Maîtres chez eux, les maires sont faciles à convaincre
Pourquoi tant d’appétit politique pour une telle étrangeté commerciale qui porte en elle la désertification des centres-villes et la menace de friches gigantesques portée par la faillite des centres commerciaux concurrents et moins armés ?
Eh bien… les élus, tout écolo-compatibles sont-ils, tous conscients de l’impérieuse nécessité de freiner l’étalement urbain, objectif quasi obligatoire des peu contraignants et très interprétables documents d’urbanisme issus du Grenelle de l’environnement (Scot, Plu etc.), veulent d’abord, avant même de penser à créer de l’emploi, chacun leur Ikéa, leur Auchan, leur UGC ou Pathé, leur Léon de Bruxelles et leur Leroy-Merlin. Car cela empêche leurs administrés d’aller dépenser le week-end leur argent sous les cieux d’une autre commune, même si ladite fait partie de la même agglomération. En plus, cela ramène beaucoup de taxes. Des millions d’euros. Et puis ça crée des emplois. Toujours moins que prévu, toujours aussi mal payés, du coup avec un turnover important qui masque la réalité, mais peu importe, finir son mandat avec un peu moins de clients de Pôle Emploi, on ne va pas cracher dessus.
Une réalité pourtant bien moins glorieuse dès lors qu’on retranche les emplois et chiffres d’affaires perdus à cause de l’asphyxie des commerces de centre-ville, du fait même des centres commerciaux qui aspirent le budget des ménages. « En France, 62 % du chiffre d’affaires du commerce se réalise en périphérie, contre 25 % en centre-ville et 13 % dans les quartiers. Si ce modèle se retrouve chez de nombreux voisins européens, le cas allemand peut être souligné : les élus locaux s’y appuient davantage sur une stratégie nationale privilégiant le centre-ville et le développement du commerce semble s’être effectué de façon plus harmonieuse – 33 % en périphérie, 33 % en centre-ville, 33 % dans les quartiers », peut-on lire dans un rapport de l’Assemblée de communautés de France, l’AdC (elle regroupe les intercommunalités, c’est-à-dire les communautés de communes, pour faire simple), un cri d’alarme poussé en 2012. L’avez-vous entendu ?
Paradoxal, schizophrène, mais finalement pas très étonnant que les commissions départementales d’aménagement commercial (CDAC), majoritairement composées d’élus locaux, rendent des avis positifs pour huit projets sur dix. Et même si la commission nationale (CNAD), plus équilibrée dans sa composition, est moins favorable (dans un cas sur deux), il suffit parfois aux projets retoqués d’être présentés différemment pour recevoir l’onction définitive. D’aimables publicités achetées aux magazines municipaux, des subventions inespérées aux associations de contestataires, la promesse de financer le club de foot et la fête des labours sont aussi d’efficaces lubrifiants pour débloquer la machine administrative. On ne parle pas de pot-de-vin, loin de moi cette pensée affreuse : juste de compensations constructives, de « social contributions », comme disent les Anglo-Saxons qui désignent ainsi cette huile mystérieuse qui dégrippe les rouages administratifs les plus indociles. N’oublions pas non plus que sans la pub des hypers, il n’y aurait plus de presse quotidienne régionale en France. Ils sont son premier annonceur.
Détenteur du pouvoir de signer ou pas le permis de construire, le maire est maître chez lui. Il est « un bâtisseur », ou rien. Et puisqu’il y en a près de 37 000, des maires (je rappelle que le nombre total de communes de l’Union européenne se monte à 90 000), et qu’ils n’ont pour la plupart pas beaucoup de sous, encore moins pour leur campagne de réélection, leurs bureaux sont souvent animés par les danseuses du ventre de l’immobilier commercial.


Les bretelles de Charasse ont battu les hypers
Comment résister, il est vrai ? La petite commune auvergnate de Puy-Guillaume a bien réussi ! C’est vrai, pas un hyper, que de la « petite cellule » (petits commerces). Mais c’est le seul exemple à disposition. La commune auvergnate a eu comme maire un certain Michel Charasse qui a su faire taire les sirènes et fermer les enveloppes. Un dangereux rebelle. « Si le bâton ne marche pas, on agite la carotte », racontent Jean Bothorel et Philippe Sassier dans leur livre (La Grande Distribution. Enquête sur une corruption à la française, François Bourin éditeur, 2005), cités par Libération le 8 février 2013. « Ainsi, Charasse a vu débarquer dans son bureau trois messieurs, tels les Dalton, venus le supplier de revenir sur son point de vue […], d’évaluer les avantages pour ses concitoyens. À court d’arguments, l’un d’entre eux a sorti une enveloppe kraft de sa serviette et l’a déposé sur le bureau du maire de Puy-Guillaume : "Sans se gêner, raconte Charasse, il me dit que j’en aurai bien l’utilisation. J’ai ouvert l’enveloppe. Elle contenait 500 000 francs [76 220 euros] en billets. J’ai regardé mes trois gus : "Ou il s’agit d’une tentative de corruption d’un officier judiciaire en exercice et, dans ce cas, j’appelle le garde champêtre et il notifie le flagrant délit ; ou c’est un don pour le bureau d’aide sociale de Puy-Guillaume et, dans ce cas, je vous fais un reçu." Ils ont bafouillé, complètement estomaqués : "Euh, oui… C’est un don. » J’ai signé le reçu […] et je les ai remerciés d’avoir donné une telle somme à mon bureau d’aide sociale. »
Les maires sont les premiers responsables de ce qu’ils dénoncent, mais la pression est très forte. Car les centres commerciaux rapportent beaucoup d’argent à leurs promoteurs.


En attendant l’explosion de la bulle, virons le maire et allons faire nos courses ailleurs
Comme la terre nue, l’immobilier commercial est, pour les investisseurs, une valeur refuge. En quelques années, le crédit est remboursé. Pas grâce à ce que qui y est vendu, mais à ce qui y est loué : aujourd’hui, plus de la moitié du chiffre d’affaires des propriétaires provient des loyers très élevés versés par les enseignes. Ainsi, qu’il y ait du monde ou non dans les rayons est moins important que le nombre de magasins. Et dans la mesure où les banques assoient les crédits sur les loyers escomptés, les promoteurs ont intérêt à multiplier les projets. Pour une autre raison : la rentabilité par mètre carré diminuant depuis des années, les grandes enseignes comme les propriétaires des centres commerciaux compensent en multipliant les points de vente. Ou quand le petit coiffeur de galerie commerciale qui fait faillite au bout de six mois, remplacé par une boutique à ongles qui n’ira pas plus loin, enrichit le gros promoteur parfois fiscalement expatrié. Le chiffre d’affaires global augmente en conséquence, ce qui permet à la fois d’écraser un peu plus les fournisseurs et d’afficher devant les actionnaires un joli taux de croissance « consolidé », quand bien même celui de chacun de leur magasin stagne ou chute. En langage commun, cela s’appelle une bulle.
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Laquelle fait déjà des dégâts : on sait bien qu’entre Aéroville, O’Parinor et le futur Europa City, il y aura au moins un mort. Peut-être deux. Et alors ? « Une fois le filtre du commerce franchi – et le bon philtre trouvé – les meilleurs mètres carrés survivront. Comme le dit le docteur Ian Malcolm théoricien du chaos dans Jurassic Park, la vie trouve toujours son chemin. » Et le commerce n’est-il pas l’une des formes de la vie ? lisait-on dans LSA, le magazine des pros du commerce de détail de décembre 2013. Darwin a fini sa vie en écrivant sur les vers de terre, il aurait dû se pencher sur le commerce ! Les maires ont signé les yeux fermés ? Ils les ouvriront sur des friches que leurs administrés auront à entretenir. Ceux de Michel Charasse sont restés heureusement brillants. Dans l’article de Libération, il résume sa pensée : « Il faut savoir être intraitable devant ces entreprises de déshumanisation de nos campagnes. Ne pas céder. Se protéger. Les menacer de contrôles sanitaires tous les jours ! ».



Les faire chier, oui. N’y pas aller pousser le caddie. Retirer le permis de construire des mains du maire.

Trente-cinquième infolettre : la Seine, un fleuve qui débordera, mais qui ne déborde pas d'activités

Il y a un an je publiais ce billet, synthèse des rencontres organisées au plus haut niveau par FNE Île-de-France en avril 2015 sur la prochaine inondation centennale. La question était double : sommes-nous prêts ? le fleuve est-il au moins une bonne voie de communication ? Les réponses sont un tantinet dans les questions… et prennent une certaine valeur alors que l’on redécouvre, à l’occasion de l’exercice Sequana de cette semaine, que la Seine peut déborder.


La Seine : en attendant 2010



C'est celle dont on se souvient le plus 1910. Parvenue à la barbe du zouave, la Seine de cette année-là sortit de son lit pour se coucher au pied de l’Opéra. Photographiée, filmée, enregistrée, elle est, depuis, la star des inondations. La référence en matière de Paris-sous-l’eau. À peine trois morts, mais 100 000 soldats mobilisés, quatre ans avant la Guerre, le métro façon « conduite d’eau » et les Parisiens en barques ou se déplaçant, haut-de-forme et jaquette, sur des petits ponts de bois.
Ce ne fut pourtant pas la pire, ni la plus importante, nous disent les historiens et les hydrologues. Sur les soixante-deux inondations qu’a connues la capitale de la France depuis 1500, 18 sont survenues au cours du XVIIe siècle, et 14 entre les années 1700 et 1740. Avant, il y en eut aussi, et des bien meurtrières.

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Sainte-Geneviève a souvent eu les pieds dans l'eau


En fait, quand on regarde bien, l’histoire de Paris est ponctuée de processions en l’honneur de Sainte Geneviève, la protectrice de la capitale, dont le clergé sortait les reliques afin de convaincre Dieu de bien vouloir faire dégonfler le fleuve. C’est que l’eau est, toujours, ce qui a le plus fait peur aux hommes. C’est elle qui, écrit Emmanuel Le Roy Ladurie, a de tout temps le plus abîmé, détruit et tué. Qu’elle soit trop abondante ou par trop manquante, l’eau est la première catastrophe.
Sauf que… muséifiée depuis 1910 dans un noir et blanc amusant, l’inondation « centennale » n’est plus dans notre esprit naïf qu’un aléa banal que notre génie a su contraindre. Si le fleuve déborde à nouveau, il sera conduit par le corset des berges jusqu’à des barrages-réservoirs qui le retiendront avant de le relâcher. On ne craint rien ! Dans un pays où l’on se tourne vers le maire ou l’État à la moindre ampoule qui claque, il n’y a pas lieu de s’inquiéter. Nous sommes un pays d’ingénieurs, non ? Après tout, quelle que soit la catastrophe, l’arrêté de catastrophe naturelle est signé et les victimes sont indemnisées, non ?

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5 millions de… réfugiés !?


Les participants au colloque « Mise en Seine » organisé par FNE ont démontré d’une voix étonnamment chorale que notre confiance en la technique et l’arrêté de catastrophe naturelle relève largement de l’ignorance, voire de la cécité volontaire. « Tout le monde s’en fout, politiques comme citoyens », ont-ils clamé en substance. « On ne réagira, trop tard, que lorsque l’eau sera là ». Quand ? Nul ne le sait. La Seine ne déferle pas à la manière d’un torrent, elle monte lentement. On aura donc le temps, la prochaine fois, de voir venir. « Mais justement, si elle met des jours à monter, elle mettra aussi des semaines pour redescendre… ». Le temps pour elle de bien imprégner les réseaux de distribution, de transport et de communication, les fondations des maisons, les terrains fragiles, les stations d’épuration, les sites de stockage de produits dangereux, les champs agricoles, les berges des ports.
Selon l’OCDE, la prochaine crue majeure de la Seine, égale, au moins, à celle de 1910, générera dans les 600 000 chômeurs et peut-être deux fois plus de personnes mises en situation difficile c’est-à-dire, en termes de sécurité civile, susceptibles de devoir ficher le camp. Peut-être 5 millions de Franciliens n’auront plus accès à l’un ou l’autre des réseaux. « Comment gérer autant de gens en autant de temps ? ». On ne sait pas. « La solidarité jouera quelques jours, peut-être quelques semaines, mais qu’en sera-t-il après quelques mois ? ». En effet, en 2002 dans le Gard, quatre cents familles eurent à être relogées, ce que l’on ne put faire que longtemps après l’inondation, parfois dix-huit mois !

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Fioul et dominos


Le problème sera avant tout celui de la pollution, comme l’ont montré les inondations récentes à New York, Dresde, Prague, Dublin ou dans le sud de l’Angleterre. Les cuves à fioul flotteront, pour finir par se vider. Les voitures surnageront, mais leur contenu s’en échappera. Et puis rien ne dit que les usines d’épuration de l’eau seront encore fonctionnelles. « Le problème n’est pas tant que l’eau inonde, c’est qu’elle sera sans doute souillée ». L’autre grande interrogation est celle de l’effet domino  : le gestionnaire du réseau électrique qui coupe préventivement un poste de distribution stratégique, ce qui entraîne l’arrêt brutal d’une antenne-relais de téléphone mobile ou d’une pompe affectée au maintien au sec d’une voie du RER…


Une culture du risque proche de l’étiage


En fait, la résilience des réseaux est bonne… pris isolément, car chaque opérateur, comme d’ailleurs toutes les grandes entreprises, s’est préparé à la fois à la crue, et à l’après-crue. Mais considérés dans leur réalité, interconnectés qu’ils sont, les réseaux ne sont pas résilients. D’autant moins qu’ils font vivre une population largement… déconnectée de toute culture du risque, enfermée dans la certitude que rien de grave ne pourra arriver, et que quand bien même, les assureurs et l’État feront le nécessaire. « Fantasme de la protection absolue » derrière des digues qui ne font plus craindre l’épée de Damoclès, « sous-estimation des conséquences », généralement partagée. Nous sommes en 2015 comme nous étions il y a trente ans au sujet du tri des déchets. Au début. Entre le je-m’en-foutisme, l’à-quoi-bonisme et l’après-nous-le-déluge il y a tout à faire. C’est-à-dire de la communication. De la vulgarisation. De la pédagogie. Mais qui, avant cette semaine d’exercice, annoncée lors de ce colloque, à Paris et ailleurs, avait entendu parler de l’inondation à venir ? Qui, avant la semaine dernière, avait eu vent des exercices de préparation, d’évacuation, d’accueil de réfugiés organisés dans le cadre de l’opération Sequana dont on parle tant… maintenant  ? Qui sait quoi faire quand l’eau sera là ? Personne ! Parce que l’information concrète, non catastrophiste, dédramatisée, régulière, manque. Bref, les « élites », celles qui étaient présentes lors du colloque, savent, mais le reste de la population ne sait pas. Encore que l’on peut se demander si autant de gens sont nécessaires pour présider à la résilience de l’Ile-de-France. Ne sont-ils pas trop nombreux, eux qui, disant tous la même chose, ont l’air de se marcher sur les pieds ? Une réelle autorité chapeautant l’ensemble des services de l’État et territoriaux ne serait-elle pas plus efficace en matière de cartographie précise des enjeux, de campagnes de communication et d’aides aux petites entreprises qui n’ont certes pas les moyens des grosses pour tenir le coup social durant les mois d’inactivité forcée ?

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Les sols, la biodiversité, les TVB, efficaces barrières anti-crues

Une autorité qui s’occuperait de l’eau et des sols. Car – cela a été largement souligné lors du colloque – les sols participeront plus qu’il n’en faut à la prochaine inondation. En premier ceux qui n’existent plus, couverts qu’ils sont par des parkings, des rocades, des lotissements et des centres commerciaux. En second parce que les sols trop labourés, trop profonds, sont tellement déstructurés que leur capacité à retenir l’eau de pluie est atténuée et qu’en hiver, alors qu’ils sont nus, ils deviennent aussi durs et étanches qu’une croûte de macadam. Aujourd’hui les sols favorisent le ruissellement, c’est-à-dire le galop de l’eau qui pleut vers les rivières qui grossissent et inondent. Voire, ils peuvent aussi aggraver l’inondation qu’ils ont contribué à amplifier. Entraînée par l’eau qui tombe du ciel ou déborde, la terre trop fine, parce que trop travaillée, peu maintenue par les racines, se mêle à l’eau qu’elle transforme en une boue bien plus dévastatrice.
La prévention des crues est en définitive autant une affaire d’eau que de sols. Donc, d’agriculture. In fine, d’aménagement du territoire. Laisser aux sols le temps d’absorber l’eau qui leur arrive. Comment ? En laissant le sol vivre ! Celui des zones humides, évidemment. Mais aussi les prairies, permanentes ou temporaires, les bandes enherbées qui servent de frontière entre champs et rivières, et… les parcs urbains riverains et les berges « végétalisées ». Sans compter les haies et tout ce qui, le long des courbes de niveau, freine l’eau. Finalement, en s’alliant la biodiversité pour se prémunir un peu contre l’inondation, on redécouvre les trames vertes et bleues. Ce qui favorise la biodiversité nous aide à limiter la casse ! 



La Bassée, est-ce trop dépenser ?

Le Schéma départemental de gestion et d’aménagement de l’eau, le SDAGE, a justement pour vocation de « laisser de l’espace libre au fleuve ». Difficile avec une telle densité de population. Le foncier manque déjà pour construire des logements. Le constat est pourtant clair, on ne peut plus se permettre d’étanchéifier autant les zones inondables de la région, déjà couvertes à 90 % au cœur de Paris. Construire, certes, mais en préservant des usages multiples, en remodelant les berges de façon à ce qu’elles accueillent aussi bien des promenades plantées que des zones industrielles, des plages que des zones humides, en réaménageant les ports pour qu’ils soient des éléments des trames vertes et bleues, on dit symboliquement que nous acceptons les aléas de la nature, parce que nous nous desserrons des appareillages techniques, du génie civil qui ne peut pas nous garantir à 100 %.Un bon exemple est le réaménagement de la zone du Pâtis, à Meaux : une plage, des zones humides, un station d’épuration, un barrage…
Que faire du
projet de la Bassée alors ? Ces casiers sont voués à retenir la Seine montante, le temps que passe le flot de l’Yonne, définitivement incontrôlable. La conjonction des deux flux fut en effet à l’origine de la crue géante de 1910. Mais de l’avis général, plus ou moins entendu lors de ce colloque, « dépenser un argent considérable pour un système qui ne nous mettra pas à l’abri d’une crue majeure n’a pas beaucoup de sens »…


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Les fleuves ? Moins que les pipelines…


De l’avis général également, la Seine est sous-utilisée. Comme l’ensemble du réseau fluvial français. La France est la première façade maritime d’Europe, et la seconde zone maritime mondiale. Qui s'en soucie ? Pas grand monde. Elle possède également le plus grand kilométrage européen de voies
navigables, plus de 8 000 km. Mais qui s’en soucie ? Peu de monde, car autrement, ce ne serait pas 2, 3 % à peine des marchandises qui emprunteraient la péniche plutôt que le camion, l’avion ou le train, mais au moins 25 % comme en Allemagne ! Par les fleuves transitent moins que par les pipelines, le constat est cruel. Mais voilà, la France a préféré investir sur la route, puis sur le TGV, oubliant que le corollaire de la massification qui est le véhicule de la mondialisation, par la mer, est la barge fluviale et le convoi ferré.


Pas de BTP sans Seine

Certes la Seine tient son rang, car l’essentiel des matériaux de construction, des granulats, et, dans l’autre sens, des déblais de chantier et des déchets lourds, sont véhiculés par elle. Mais ce rang pourrait être plus grand encore. Le réseau a été notoirement sous-investi. Les ouvrages d’art qui le ponctuent ne sont pas fiables. Selon VNF, des canaux importants n’ont toujours pas été requalifiés en « grand gabarit » afin de faciliter le passage des barges lourdes de 5 000 tonnes (équivalents à 200 semi-remorques) un élément du projet d’aménagement de La Bassée. Il manque des liaisons nettes, entre Le Havre et la Seine comme entre Fos et le Rhône. Il manque toujours ces grands canaux que sont le Seine-Escaut, qui devrait quand même voir le jour, et le Rhin-Rhône, aux oubliettes.
Il manque aussi des facilités d’accès. Du foncier, afin que les ports puissent exercer vraiment leur vocation de zones logistiques, vers lesquelles les ports maritimes évacueraient au plus vite leurs conteneurs et leurs vracs divers. Des ports facilités dans leurs tâches alors qu’élus et citoyens veulent tout à la fois des magasins près de chez eux, mais pas les affres de la livraison, quand bien même le serait-ce par la si vertueuse barge. Le pli est néanmoins pris depuis quelques années. La convention signée entre Voies navigables de France (VNF) et la Région a montré la cohérence réelle de celle-ci dans sa politique de transports quasi-autorité organisatrice du transport de marchandises, la Région, par ailleurs engagée dans un contrat de plan État-Région, accompagne le développement des ports de Gennevilliers, Achères et Bonneuil, et participe, avec l’Établissement public foncier, au réaménagement portuaire des anciennes papeteries de Nanterre.


La mise en Scène commence enfin

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Ce n’est pas facile car on part de très loin, mais les cieux franciliens de plus en plus obscurcis par la pollution, la ferme volonté de la Mairie de Paris de proscrire sa voirie à tout camion non motorisé en Euro 6, l’attractivité nouvelle des ports maritimes français qui accroît le besoin d’évacuer au plus vite les marchandises débarquées, l’évidence que les travaux considérables inscrits dans le projet du Grand Paris ne pourront être menés sans l’aide du fleuve, l’aboutissement sans doute proche du projet de canal Seine-Escaut… Tous ces constats nourrissent un réel optimisme la France se remet à nouveau les pieds dans l’eau pour mieux voir passer ses péniches. Tout en scrutant le ciel afin de déceler le reflet qu’aura demain la Seine, perturbée par la variabilité chaque année plus forte du cycle de l’eau soumis au réchauffement climatique.
La mise en scène ne fait que commencer.