OGM, Le vrai du faux
156 pages, document
Delachaux & Niestlé
Sorti le 21 mars 2013


J’ai essayé d’être bêtement objectif. Que vous dire d’autre ? Si : lisez la critique parue dans le Monde. D’autres devraient suivre. Ainsi qu’un CO2 mon amour.

Un seul extrait :


« « L’affaire » Séralini est en tous points désespérante. Que la publication du chercheur soit entachée d’erreurs méthodologiques (nombre de rats trop faible, souche de rats inadéquate, mauvais protocole statistique, interprétation hasardeuse des résultats, pas d’analyse des mycotoxines, dévastatrices chez le rat et habituelles dans le maïs, ni du bispéhnol A et des autres perturbateurs endocriniens émis par les cages en polycarbonate sont les critiques les plus fréquentes) n’est pas le problème : tout travail scientifique est critiquable, c’est ainsi que la science avance. Et puis, on peut reprocher aux tests toxicologiques de Monsanto les mêmes faiblesses.
Le premier hic est la façon dont le travail de M. Séralini a été publié. Avant même d’être lu par ses pairs et les journalistes spécialisés, il a fait l’objet d’une couverture et de longs développements dans un magazine grand public, sans contradiction ni remise en cause. Cette étrangeté déontologique, plus le fait d’avoir mis en exergue les photos de rats gravement cancérisés, à propos desquels on peut se demander pourquoi on les a laissés souffrir à ce point avant de les euthanasier, tout cela laisse penser que le but recherché était de marquer l’opinion par l’émotion. Ce qui a eu pour effet de rendre quasi inaudible les critiques faites sur le travail de M. Séralini.
L’autre problème est d’ordre journalistique. Comment des professionnels ont-ils pu accepter d’écrire sur un travail scientifique sans l’avoir lu, parce qu’ils n’en avaient pas le droit, parce que Séralini avait «dealé» ses résultats avec un seul magazine ? Comment les membres de la rédaction dudit magazine ont-ils pu, de fait, s’interdire d’enquêter car on ne critique pas une exclusivité ? Comment on-ils pu étendre à l’ensemble des OGM une publication qui ne concerne qu’une plante génétiquement modifiée (PGM) et un seul transgène ? Cette affaire n’a pas redoré le blason des journalistes. Ni celui de la science, qui, vis-à-vis de l’opinion, a tout l’air d’avoir été, en la personne de M. Séralini, instrumentalisée pour asseoir une opinion. Les critiques se sont fait accuser, en gros, d’être tous pourris, quand ceux-là accusaient le médiatique Séralini de ne pas savoir faire de science. Qui croire ? Personne, si même la science, se donnant en spectacle comme n’importe quelle autre institution, se révèle aussi peu sérieuse et honnête que la presse et la politique, à une époque où les Français, sondages après sondages, avouent ne plus avoir confiance en leurs institutions.
L’image qu’ont donnée les politiques dans cette affaire ne peut que renforcer les Français dans cette défiance. La France qui a mis des années à réagir aux drames de l’amiante ou du sang contaminé a réagi, quelques heures après la sortie en kiosque du Nouvel Obs, en demandant à l’Europe de surseoir à toute demande d’autorisation des OGM. La politique est sensée être l’art de prendre son temps pour bien mesurer les conséquences des décisions qui engagent la société vers son avenir. Elle a montré à cette occasion qu’elle s’agitait dans l’urgence. Ce n’est pas rassurant. Tout comme le constat désolant que, décidément, sur le dossier des OGM comme sur celui du nucléaire, des gaz de schiste ou des nanotechnologies, le débat est impossible : les critiques émises sur le travail de M. Séralini ont été immédiatement qualifiées de parti pris pro-OGM, en particulier par des politiques très tôt montés à la barricade (en particulier Dominique Voynet, Nathalie Kosciusko-Morizet, Corinne Lepage, Chantal Jouannot, François Grodsdidier), de même que les défenseurs de M. Séralini ont été rangés par les médias dans les rangs des anti-OGM. Pro- ou anti- OGM, il n’y a pas de place en France pour des opinions intermédiaires, nourries par les faits, juste les faits.
À tous ces titres – scientifique, déontologique, journalistique, politique –, l’affaire Séralini est un désastre qui a fait oublier le sujet principal : les OGM sont-ils dangereux ou non pour la santé humaine ? C’était sans doute le but recherché. Tant qu’on n’avance pas dans un sens ou un autre, le « combat » continue et justifie l’existence de la comédie humaine qui le mène. Au moins aura-t-on pu découvrir qu’en France, il n’existe pas d’indépendance parfaite de l’expertise parce que l’État n’en a pas – n’en a plus – les moyens financiers.
À l’heure où nous relisons ces épreuves, Corinne Lepage et Gilles-Éric Séralini ont porté plainte contre le journaliste de Marianne, Jean-Claude Jaillette, parce que ce dernier a rapporté dans un de ses papiers, très critiques contre la publication de M. Séralini, les propos d’un scientifique américain la qualifiant de «fraude». En France, les climatosceptiques nous avaient habitués à vouloir débattre du réchauffement climatique en public. Il faut croire qu’il s’agit maintenant de considérer la controverse scientifique comme une opinion qui pleut se plaider. Un désastre, décidément, que cette affaire. »

Z’en ont causé :











OGM, le vrai du faux
Frédéric Denhez (JNE)
26 avril 2013

Ce petit ouvrage assez réjouissant énervera à la fois les adversaires et les partisans dogmatiques des OGM. Frédéric Denhez, journaliste scientifique et auteur de plusieurs livres de référence sur le réchauffement climatique, a en effet choisi d’aborder sans a priori le sujet très polémique des organismes génétiquement modifiés. D’emblée, il fera se hérisser les cheveux des anti-OGM primaires en dénonçant la fameuse étude du Pr Séralini comme peu convaincante sur le plan scientifique et surtout en critiquant le buzz médiatique lancé à cette occasion comme contre-productif pour engager un nécessaire débat citoyen sur le sujet. Au passage, Frédéric Denhez note que la presse (NDLR : à l’exception de Stéphane Foucart dans « le Monde ») a passé sous silence que le numéro de la revue « Food and Drug Toxicology » dans lequel figurait la fameuse étude du Pr Séralini contenait un autre article qui concluait, quant à lui, à l’absence de toxicité de l’OGM incriminé.

Pour autant, les thuriféraires des OGM auraient tort de se réjouir trop vite. Car, au fil de ce livre qui explique sans jargon les origines, les développements et les applications (notamment médicales) du génie génétique, Frédéric Denhez ne nous dissimule rien des incertitudes et dangers concernant bon nombre de plantes génétiquement modifiées commercialisées à l’heure actuelle. Pour lui, les OGM d’aujourd’hui sont en tout état de cause « peu utiles » pour la société, mais il refuse la croyance selon laquelle il ne pourrait pas en être autrement dans l’avenir. Au passage, Frédéric Denhez estime (ce qui lui sera aussi à coup sûr reproché !) que les scientifiques financés par les associations anti-OGM ne sont pas nécessairement plus crédibles que ceux rétribués par Monsanto et consorts. « Une ONG anti-OGM peut-elle donc trouver autre chose que des faits anti-OGM ? Une entreprise semencière peut-elle publier autre chose que sa propre publicité ? », affirme Frédéric Denhez. A ses yeux, l’affaire des OGM pointe l’urgence d’une réhabilitation et d’un développement de la recherche publique, en particulier dans les domaines fort négligés en France de l’écotoxicologie et de l’épidémiologie.
Bref, pour Frédéric Denhez, les OGM sont des boucs émissaires sur lesquels se cristallise notre refus croissant d’une agriculture industrielle. Malgré les excès et outrances qu’il lui impute, la contestation anti-OGM a en tout cas de permis de placer au premier plan l’exigence de traçabilité alimentaire et de lancer un débat citoyen inédit en France. Espérons en tout cas que ce livre, sur lequel  recensions et réactions semblent avoir été pour l’instant étonnamment peu nombreuses, contribue à cette nécessaire discussion publique, loin des anathèmes des uns et de la « com » des autres.