Nucléaire, Le vrai du faux
156 pages, document
Delachaux & Niestlé
Sorti le 3 octobre 2013


J’ai essayé, et apparemment, j’ai réussi, d’être objectif avec les OGM. Puissé-je y être parvenu également avec ce Nucléaire !

Un seul extrait, l »introduction :


« Le 11 mars 2011 en début d’après-midi, la mer tremble au large de la côte nord-est du Japon. De magnitude 9, ce tremblement… de terre fait vibrer les fonds océaniques. Agissant comme une peau de tambour, ils font à leur tour vibrer l’eau de mer qui se met aussitôt en formation. L’onde créée se creuse, se ramasse, s’accumule, et s’abat sur la terre ferme sous la forme d’une vague haute de 15 à 30 m, qui entre jusqu’à 10 km à l’intérieur du Japon. 600 km de côtes sont balayés. Les dégâts humains et matériels sont considérables. Des villes détruites, 18 000 à 20 000 morts. Le soir même, le gouvernement décrète l’état d’urgence… nucléaire, car la centrale de Fukushima Dai-ichi menaçait ruines. Tellement que le problème grave qui empêchait son fonctionnement normal fut immédiatement classé au niveau 7 sur l’échelle internationale des accidents nucléaires, le niveau le plus élevé, qui n’avait été auparavant atteint que par l’accident de Tchernobyl.
Que le séisme ou le tsunami en soit à l’origine, qui de l’œuf ou de la poule, on se bat encore parmi les experts, les réacteurs 1, 2 et 3 de la centrale – les trois autres étaient en maintenance, à l’arrêt – ont perdu leur système de refroidissement. La montée en température du combustible nucléaire ne pouvant plus être contrôlée, les gaines qui l’emballent dans le réacteur ont fini par fondre, et le combustible lui-même est entré en fusion. Cela a donné des produits radioactifs qui se sont dissous dans l’eau des réacteurs.
Ceux-ci étaient de type « eau bouillante », c’est-à-dire que de l’eau, directement en contact avec l’uranium, passe à l’état de vapeur pour entraîner les turbines. Dans les réacteurs de type REP (réacteurs à eau pressurisée), majoritaires dans le monde, en France notamment, l’eau est maintenue sous très haute pression pour éviter cette vaporisation. Ce n’est qu’en entrant en contact, via un circuit secondaire, avec un autre volume d’eau que de la vapeur est fabriquée.
À Fukushima, donc, le combustible en fusion a nourri une vapeur d’eau en éléments radioactifs. Une vapeur dont la chaleur a augmenté, à mesure que celle du combustible croissait. La pression est devenue intenable sous le dôme des réacteurs.
Les opérateurs l’ont fait baisser en relâchant régulièrement de la vapeur dans l’atmosphère. Un mal pour tenter d’éviter le mal. Les 16 et 17 mars, ils ne purent malheureusement éviter incendies et explosions, celles-ci occasionnées par une accumulation d’hydrogène.
Aussitôt connu, l’accident a occulté le tsunami. Dans les médias, l’attention s’est portée plus souvent sur les réacteurs que sur les centaines de milliers de personnes sans abri, les dizaines de milliers de morts et les villes détruites. Le risque sanitaire soulevé par l’accident nucléaire inquiétait plus que la réalité des conséquences désastreuses du tremblement de terre et du tsunami. Jour après jour on travailla la peur de la contamination au ventre, en suivant le trajet du nuage radioactif, sur terre comme en mer, en pleurant la mort des héroïques travailleurs de la centrale, en déplorant l’interdiction de consommer légumes, fruits et poissons, en goûtant les larmes des agriculteurs obligés de quitter leurs terres et d’abattre leur bétail. Les amalgames faits avec Tchernobyl, dont le réacteur avait explosé un quart de siècle plus tôt, ajoutèrent à la dramaturgie.
En France, la proximité des élections présidentielles fit que l’accident de Fukushima alimenta la campagne menée par des associations écologistes et le parti vert pour que le pays cesse de produire son électricité avec l’uranium. L’argument valait la peine : si même un pays aussi développé que le Japon, disposant d’une telle culture du risque sismique, d’une mémoire inégalée du risque nucléaire (Hiroshima, Nagasaki), n’a pu éviter un accident de niveau 7, alors qu’en sera-t-il en France ? L’évacuation de la population sur 30 km fut très commentée. La France le pourrait-elle ? Sa population, notoirement moins disciplinée, accepterait-elle de quitter sa maison ? Le pays, appauvri par la crise, serait-il même capable de supporter les centaines de milliards que lui coûterait un accident de type Fukushima ?
Voilà de bonnes questions, qui furent largement débattues par les autorités responsables du nucléaire, l’IRSN (Institut de recherche sur la sûreté nucléaire) et l’ASN (Autorité de sûreté nucléaire), dans une transparence peu habituelle, reconnue par la majorité des associations. Des « stress-tests » furent ordonnés dans les centrales (simulations d’accidents), leurs résultats furent rendus publics. On n’a jamais autant débattu du nucléaire que depuis l’accident de Fukushima. On n’a jamais autant ordonné de travaux d’amélioration. Le coût de production du kilowattheure nucléaire s’en est trouvé grossi. La « nucléocratie » a perdu un peu de son arrogance habituelle.
Depuis l’accident, les élections présidentielles ont eu lieu, la sortie du nucléaire est retombée comme un soufflet (comme si l’avenir énergétique d’un pays pouvait être discuté sur un coin de table, entre un parti majoritaire et un autre, très minoritaire, sans débat public ni parlementaire ou sénatorial…), celle décidée unilatéralement et brutalement par l’Allemagne a montré quelques travers gênants (la part du charbon dans la production d’électricité est passée de 42 à 52 %), et la crise économique s’est amplifiée. Aujourd’hui, les Français sont revenus à leur attachement très schizophrène à l’énergie nucléaire. Le nucléaire terrifie tout en rassurant.

L’accident de Fukushima n’a pas gravement contaminé les populations. Six employés de la centrale ont été gravement irradiés, mais les hommes et les femmes qui habitaient là où le nuage radioactif est passé ont été exposés à des doses à peine supérieures à celles autorisées à l’année pour les travailleurs du nucléaire. Une espèce de papillon a en revanche muté, et ces mutations se sont transmises aux générations suivantes. Le milieu marin est durablement contaminé, par des radioéléments, le césium en particulier, qui se sont accumulés dans les sédiments et les chaînes alimentaires. Légumes et fruits restent impropres à la consommation. C’est grave, les conséquences à long terme sont imprévisibles, mais cela aurait pu être pire. L’accident est surtout la preuve de notre impuissance : quand une centrale devient radioactive, on ne peut rien faire d’autre que fuir, interdire, arroser le réacteur en fusion à la lance à incendie. En espérant. »

Alerte Coquille !!!

Un mien ami d'excellente réputation universitaire, d'une rigueur d'Armstrong posant son Lem sur la Lune, a remarqué une coquille dans l'introduction : "… la part du charbon dans la production d’électricité [allemande] est passée de 42 à 52 %…". Il fallait lire "en Allemagne, la part du charbon dans la production d'électricité devrait passer de 42 à 52 % en 2020". Une sorte de lapsus manuscrit. Toutes mes excuses.








Z’en ont causé :