Plus de poisson à la criée

224 pages, essai
Delachaux & Niestlé
Sorti en octobre 2008




Bon, d’accord, je suis le troisième de l’année, sorti bon dernier. Et le lecteur qui aura déjà mis 20 euros pour les confrères ne risque pas d’en remettre pour ma pomme. Mais qui sait ? Voudra-t-il peut-être, le gentil lecteur, en cette période de rentrée qui n’a jamais été favorable au pouvoir d’achat, surtout après des JO, du foot et du vélo qui l’ont obligé à acquérir un écran plat géant afin de mieux déceler les traces de piqûres sur les cuisses des dopés, voudra-t-il donc, l’heureux livrophile, un style fort peu caressant pour la gent pêcheuse qui fait rien que vider nos mers et nos océans ? Voudra-t-il savoir pourquoi la fuite en avant, promue par certains (la pêche est un monde d’hommes), nous conduit à une mer peuplée de bâtons de surimi ? Voudra-t-il comprendre en quoi la morue, le thon rouge et l’anchois sont les symboles de nos choix de société aberrants et de notre schizophrénie ? Oui ! Car j’y vais non mollement sur les "solutions" : réseaux de réserves marines, élevages d’herbivores ou offshore et… privatisation des quotas de pêche. C’est en marche, mais on ne le dit pas assez : les fidèles zélateurs de l’économie néolibérale, ont, avec la pêche, l’exemple qui leur manquait, illustrant la théorie de la tragédie des vaines pâtures : la mer se vide, parce qu’elle n’appartient à personne et que le poisson appartient à celui qui l’attrape. "Mieux" gérer la pêche, c’est donc privatiser le poisson. Cruelle révolution philosophique déjà entreprise en Islande et dont on cause au Ministère.









Extraits :

"La pêche va mourir dans un silence consterné…
…et parce qu’il y aura toujours un peu de poisson et beaucoup de surimi dans les cantines, on l’oubliera. On se souviendra juste, en allant à Nausicaa à Boulogne-sur-Mer ou à Océanopolis à Brest, que les poissons furent longtemps trop pêchés par trop de chalutiers. On se souviendra, en visitant le musée des Terre-Neuvas à Fécamp, que la pêche fut un grand métier. On découvrira en se promenant dans les allées intimidantes du musée de la Marine que le peu de gloire que la France obtint jamais des océans, elle le dût à ses gens de mer. Dont les documentaires nous feront entendre les cris, les insultes, et voir les pneus mis à brûler et les tas de morues mises à pourrir devant les préfectures maritimes.
Consternés, oui, nous le serons, de reconnaître que l’État, c’est-à-dire nous, électeurs et contribuables, a toujours su puiser dans ses caisses que nous croyions toujours vides pour accéder aux revendications suicidaires d’une minorité gueularde. Consternés, nous le serons en découvrant que ces imbéciles ne parvenaient à cacher la majorité fataliste que parce que les médias fainéants préfèrent une caricature parisienne de pêcheur plutôt que le tableau complexe d’une sensibilité profonde peinant à vivre les réalités."

"L’efficacité énergétique diminue donc avec la monstruosité de l’engin de pêche, l’éloignement à la côte et la profondeur de prise. Plus on va loin, plus c’est cher. Et toujours moins rentable, si l’on ne mesure plus l’efficacité avec laquelle le litre de gazole est utilisé à la quantité de poisson débarquée, mais à la masse de protéines mise grâce à lui à la disposition de l’homme. On appelle cela le rendement énergétique, ou, en anglais, le EROI* : soit le rapport entre les calories produites par la combustion du combustible fossile et celles qui nous seront fournies par la métabolisation des protéines de produits de la mer. Globalement, le rendement énergétique est déplorable : il faut en moyenne faire rendre 12,5 calories au fuel pour espérer pouvoir en obtenir une seule à partir du poisson débarqué. Le rendement est donc de 8 %, au mieux, car il diminue à mesure que le consommateur s’éloigne du producteur. Entre Sète et Clermont-Ferrand, il y a Rungis, en camion qui roule, lui aussi, au gazole. Au mieux, donc, ce rendement est très inférieur à celui de l’élevage du poulet (25 % dans les pays riches)… "

"L’analyse des niveaux trophiques montre à quel point un écosystème stressé peut réagir. On lui prend des effectifs dans ses NT supérieurs, il compense en augmentant ceux des niveaux intermédiaires. Et si ceux-là en viennent eux aussi à être prélevés, l’écosystème corrige en gonflant la biomasse des niveaux inférieurs, et ainsi de suite jusqu’au plus petit invertébré. Sur le long terme la pêche produit donc un effet étendu à tous les compartiments de l’écosystème. Toutefois, sur un terme plus court, la diminution des NT sous l’effet de la pression de pêche n’est pas en soi un signe de surexploitation : elle peut être le signe de l’effondrement cyclique d’une espèce de NT faible, comme on l’a vu avec l’anchois du Pérou, et celui d’une modification de la pyramide des âges des espèces cibles (plus de jeunes, NT plus faible). Elle peut même laisser penser que, au contraire, la pêche exerce un effet… excitatif sur l’écosystème, dans la mesure où l’explosion de la biomasse des niveaux inférieurs, induite par la baisse de celle des niveaux supérieurs, est bénéfique aux pêcheurs… »

"Comment ne pas se tromper ? En ne créant pas une réserve, mais plusieurs, de tailles différentes, relativement éloignées l’une de l’autre, entrecoupées de pêcheries. En réseau, les réserves corrigent l’une l’autre les effets négatifs liés à leur taille respective, et atténuent l’impact d’une catastrophe naturelle localisée. Qui plus est, la multiplication de petites surfaces protégées sur une aire relativement réduite accroît la capacité de la surface totale sauvegardée à disperser des larves d’espèces variées. En fonction de la localisation, chaque taille correspond en effet à un « profil de dispersion » particulier lié à celui des espèces vivant dans la réserve. Pour un gestionnaire, le travail est plus complexe avec un réseau, mais il se fera sur une surface totale plus faible : à surface égale, en effet, les services rendus par un collier de réserves sont supérieurs à ceux d’un gros diamant…"

"Ainsi totalement libéralisé, le marché des quotas n’a bénéficié, on s’en doute, qu’aux plus gros et a contribué à la diminution des revenus de ces pêcheurs qui, même propriétaires, louaient le quota des autres ou avaient abandonné les leurs contre un salaire. « Avec les QIT, écrit le sociologue islandais Einar Eythórsson, des entreprises dont le nombre va diminuant mais la taille grandissante accumulent les quotas tandis qu’une partie de plus en plus importante de la flottille de pêche ne dispose pas de quotas suffisants pour travailler toute l’année. Des bateaux ont été dépouillés de leurs quotas et cédés à petit prix à des pêcheurs ayant l’intention de gagner leur vie avec des quotas en location. Ces bateaux, appelés “eunuques”, gonflent la demande pour ce type de contrat et poussent les cours à la hausse . »"

"Rien n’avancera non plus tant que l’on considérera que la solution de la pêche repose sur l’aquaculture. Imaginons que l’homme du Néolithique ait voulu manger du loup toutes les semaines. Et qu’il soit parvenu miraculeusement à le domestiquer, à l’emprisonner dans un enclos, à le nourrir pour l’engraisser. Eh bien, nous ne serions pas là pour conter sa glorieuse histoire car notre ancêtre serait mort de faim rapidement. Pourquoi ? Parce qu’il faut beaucoup d’animaux herbivores pour alimenter un seul animal carnivore. Environ dix fois plus. Et à ces animaux herbivores, il convient de donner suffisamment à brouter. L’homme du Néolithique, éleveur de carnivores, aurait ainsi été rapidement à court de pâtures. Il lui en aurait fallu dix fois plus que s’il s’était contenté de manger simplement les herbivores. Raison pour laquelle, outre la difficulté de capturer et d’élever des carnivores, la révolution de l’élevage est venue des herbivores parce qu’ils « coûtent » moins cher en termes d’alimentation. Or, les Occidentaux ont justement opté pour l’élevage des poissons carnivores, dont la croissance ne fait qu’aggraver la surpêche. Les Asiatiques ont, eux, opté pour l’élevage d’herbivores."






Les voyages du sel

192 pages, beau livre
Éditions
Kubik
Sorti en 2006



Quel beau sujet ! Le sel, c'est avec l'or et le pétrole, le sucre et le maïs, l'une des facteurs de civilisation de notre histoire. Une formidable aventure humaine qui a démarré au paléolithique. Le sel a fait les États, les princes, les richesses. Il a décidé de la construction de routes et de l'établissement d'impôts. Il a suscité des guerres et des migrations. Il suffit de se pencher pour le trouver et pourtant, il a souvent valu plus que l'or. Selon son dosage, il prolonge la vie, ou hâte la mort : le sel est divin. Un beau sujet, vraiment, réalisé par Thomas Brisebarre. Et un beau passage chez Patrice Gélinet, la voix de 2000 ans d'histoire (France Inter) : écrire permet parfois de rencontrer des gens pour qui on a tout de même de l'admiration.

Extraits :
"Tout puissant, le sel l’est en effet pour les hommes : comme le soleil ou l’eau, il est indispensable à leur survie, tout en restant à leurs yeux mystérieux, dans son origine, sa nature ou sa composition : le sel apparaît comme une matière impérissable qui, au contact des aliments, semble leur transmettre son pouvoir de conservation. Et puis, une matière, dont le manque tue autant que l’abondance, ne saurait être considérée sans respect. Assurément, un esprit bienveillant a veillé à ce que le sel soit présent dans la vie des hommes. Il n’est pas une religion sur terre qui ne l’ait sanctifié en lui donnant un caractère double. Le sel purifie l’eau, garantit les aliments et les peaux de la putréfaction mais, si on l’utilise trop, il peut parfois détruire en stérilisant. Le sel nourrit, donne de la saveur et retient l’eau dans le corps, mais il peut aussi assoiffer et brûler les muqueuses. D’un bienfait à un méfait, tout est dans la mesure, mesure qu’imposent la plupart des religions à la vie des hommes, et particulièrement le judéo-christianisme."

"Au fil de l’histoire, les marais salants et salins construits selon ce schéma basique ont été fractionnés et sectorisés. À l’entrée, des vasières naturelles (les partènements extérieurs) sans grand aménagement, où les matières en suspension et les sédiments peuvent décanter ; ensuite, d’immenses bassins, nommés selon les régions de France « cobiers », « conches » ou « métières », qui permettent la précipitation des autres sels impurs, tels que le carbonate de calcium, le chlorure de magnésium et le sulfate de calcium (nom chimique du gypse) ; enfin, les salines véritables (les partènements intérieurs, équivalents littoraux des poêles à évaporation des mines de sels), où seul le chlorure de sodium – le sel – avait droit de cristalliser. À partir du XIVe siècle, le fractionnement s’est exercé sur ces derniers bassins réellement productifs. Ils ont été découpés en de multiples cristallisoirs, « œillets » ou « tables saunantes ». La pluie, menaçant de diluer le sel si patiemment concentré dans ces eaux saumurées, était évacuée par un système complexe de drainage."

"Partout où l’on fraudait, d’un village à l’autre on transportait à dos de chien, d’âne ou d’homme, et même parfois de chats. La nuit, ces bêtes et leurs maîtres allaient, furtifs, fuyant la lune indiscrète, la pluie dissolutive et les chemins connus des gabelous. Les fraudeurs parlaient peu, échangeaient des signes, se cachaient, détalaient, mais préféraient presque tous se battre plutôt que d’abandonner leurs charges qui leur meurtrissaient tant les chairs. Les plus grandes bandes étaient armées et violentes, non pour défendre un bénéfice qui était fort modeste, mais parce qu’il fallait bien vivre et que l’injustice de l’impôt et l’arbitraire des collecteurs leur étaient insupportables. Injustice parce que le clergé, la noblesse, les officiers du roi et les membres de l’Université étaient exemptés de gabelle. Arbitraire de la décentralisation, et de la garde des frontières fiscales. Enfin, impunité des fermiers malhonnêtes et des gabelous, haïs pour leur violence, leur impunité et leur corruption. Voilà qui explique la révolte permanente du peuple français contre un système aussi policier qu’arbitraire : au début du XVIIIe, le quart des galériens était des contrebandiers, et la mort frappait souvent les plus violents d’entre eux."











France marine, 5500 kilomètres de côtes

160 pages, reportage. National Geographic France
Sorti en 2003



Encore une bonne idée de Claude Rives : faire le tour de la France littorale, pour montrer la France "vue depuis la mer", ou presque. Je n'ai bien évidemment pas, contrairement à Claude, parcouru nos 5500 km de côte, mais visité des sites et interrogé scientifiques, pêcheurs, protecteurs qui expliquent le fonctionnement du rivage, racontent son évolution, décrivent leur travail. Un vrai reportage, malheureusement un peu abîmé par une maquette paresseuse. C'est à la fois terrestre et sous-marin, c'est une balade scientifique dans des laboratoires et des stations de recherche. C'est donc sûrement indispensable.



Extraits :
"
Elle est née au Moyen Âge, il y a un peu plus ou un peu moins de mille ans. Le vent rejoue l’accouchement à chaque seconde. Pour y assister, posez-vous sur la plage, mettez-vous pieds nus et observez bien vos chaussures. Sur cet estran (l’espace découvert à marée basse) large de 500 m, il n’y a rien d’autre que l’air de la haute mer et de téméraires demi-nus que le frigorifique de la mer n’effraie pas. Le sable, soulevé en permanence par le vent, ne tient pas en place et interdit aux plantes de s’enraciner. Avec vos croquenots, l’affaire va pour elles mieux s’engager. Les rencontrant, il se dépose sous leur abri et, après quelques dizaines de minutes, les recouvre entièrement. Quelques gouttes d’eau et voici une petite motte à peine tassée. Il n’en faut pas plus pour le bonheur des plantes aptes à fabriquer des racines plus vite que le sable ne s’envole : dans dix jours, des pieds de Cakyle et de Soude seront fermement installés dans vos chaussures."

"C’est la petite trompe que regarde en louchant l’estuaire de la Seine. Dressée en épi, elle s’apprête à aspirer la Manche pour assécher le Royaume-Uni. Ou menace de s’abattre sur les îles anglo-normandes. Depuis le siège d’un avion, on s’interroge : veut-elle réellement protéger la baie de Seine de la grosse houle venue de Bretagne ? Car après tout, cette presqu’île impose au petit golfe de patauger dans les fèces du fleuve parisien. Et oblige le corps de la France à maintenir toujours tendu son bras droit breton.
Le Cotentin est une identité. Une frontière granitique entre le géronte massif armoricain et la verte et vaste plaine sédimentaire du bassin de la Seine. Entouré par la mer, pas loin d’être une île, la péninsule n’est retenue que par un pédoncule. Des marais la relient à l’Europe au fond d’une dépression où les hommes s’embourbaient encore au début du XIXe siècle. Jusqu’au tracé de la route de Carentan et l’enjambement de toutes les rivières qui s’y perdent, il fallait connaître un passeur pour ne pas mourir dans les vases mouvantes de la baie des Veys (prononcer “des vé”)."
"Me Castric fait la visite de l’immeuble. Chaque étage est occupé par un faciès bien particulier. “De haut en bas, en mode battu”, précise Me Castric, “il y a d’abord une ceinture de goémon frisé et himanthale, puis un faciès à laminaire digitée - accompagnée ou non d’une ceinture de moules, ensuite une couche de laminaire à bulbe et coralline, dessous une strate de laminaire rugueuse et Kallymenia (la “vraie” forêt de laminaires). Puis, sous certaines conditions, commence le règne des invertébrés : anémone-perle et alcyon jaune, éponges calcaires et scrupocellaire et une dernière ceinture à ascidies ensablées.” Dessous, le monde marin n’est éclairé que par moins d’1 % de la lumière de la surface, une intensité trop faible pour les algues. Ces ténèbres “circalittorales” sont définitivement l’univers de la faune, des gorgones, des éponges, des bryozoaires et des hydraires. À Ouessant, elles commencent vraiment bas : l’agitation de l’eau favorise sa clarté, et les dernières laminaires poussent à l’exceptionnelle profondeur de 40 m ! "

"Un jour de 1970, des habitants de Carry-le-Rouet prirent chaise autour d’une table après s’être mis tous la tête dans l’eau. Ce qu’ils virent, ou plutôt ce qu’ils ne virent pas, leur avait fait peur. Ils décidèrent que c’était assez et interpellèrent leurs élus. Le 11 janvier ces derniers furent conviés à une conférence. Philippe Tailliez, l’un des trois “mousquemers” qui inventèrent la plongée sous-marine, leur parla de leur Méditerranée avec des mots d’augure annonçant la fin des temps. L’assistance, on s’en souvient encore, en fut transportée. Alors que la Côte Bleue, celle qui va de Carry à Marseille, était réputée miraculeuse, on y pêchait désormais plus que de rares mulets, corbs, mérous, murènes et autres sars. Le chalutage intensif avait tout pris, et saccagé la flore des petits fonds sans laquelle la majorité des animaux marins ne peut pondre."











Petit atlas… des poissons coralliens




65 espèce, 8 planches, 6 thèmes (dont les Caraïbes, à part), 22 pages de textes, guide pratique
Delachaux & Niestlé
Sorti en octobre 2009

Qui sont-ils ?

Une poélée de foie gras à qui les trouve.

«  [cette espèce] se distingue des autres rougets tropicaux par son absence de tache sur le dos et la naissance de la queue. Celle-ci est jaune et fourchue. Elle termine un corps allongé barré sur chaque flanc d’une rayure jaune horizontale, dans sa moitié supérieure. Sous la bouche, on remarque deux barbillons grâce auxquels cette espèce fouille le sable où elle trouve ses proies. Elle ne chasse que la nuit, seule ou en petits groupes. Le jour, on la trouve en groupes géants peu actifs devant le récif, un rocher, un tombant ou en pleine eau. »

« Petit, ce poisson n’en est pas moins facile à voir, tant il est à la fois aisé à identifier et toujours là où l’on s’attend qu’il soit, posé sur une grande gorgone ou un antipathaire (corail noir). Sa livrée à carreaux rouges et son long nez sont uniques. Ainsi attifé, il se fond sur la structure géométrique des gorgones et des antipathaires. Il y attend, à l’affût, l’animalcule qu’il aspirera de sa bouche en forme de bec (ou de long nez !). Farouche, il faut un peu de temps pour l’approcher. »


« Il est facile à reconnaître pour qui sait observer longuement les petits fonds rocheux, les éponges et les coraux. Ses trois nageoires dorsales la différencient des blennies (28) et des gobies (27). Son activité frénétique est un autre critère d’identification. Quant aux lignes claires étirées sur la livrée brune, ne vous y fiez pas, car la robe de ces poissons change souvent. Observer ce poisson est un autre merveilleux exercice de discrétion. »

« Masque noir, front légèrement vert, opercule noir et belle livrée où se superposent horizontalement rayures bleues et rayures jaunes, ce poisson en impose. Le juvénile est tout aussi facile à identifier, grâce aux cercles blancs dessinés sur sa partie postérieure, en arrière de rayures blanches, sur fond bleu nuit ou noir. Très communs, les adultes picorent en groupe ou en couple sur les coraux, tandis que leurs petits restent sagement, en groupes, sous un surplomb. »

« Cousins des mérous (35, 58, 59), les (…) s’en différencient par une bouche plus grande, une taille plus modeste, et un mucus toxique sécrété par la peau qui les protège de leurs prédateurs. L’espèce « … » possède une gueule presque plate, avec une bouche orientée vers le haut. La livrée grise ou marron terne est maculée de nombreuses taches sombres. Cette espèce est très commune dans les petits fonds, en particulier dans les creux, les fissures et les crevasses des récifs. »



Dessins de François Desbordes












































Petit atlas… des poissons de Méditerranée





65 espèce, 8 planches, 7 thèmes (dont les migrants), 22 pages de textes, guide pratique
Delachaux & Niestlé
Sorti en juin 2009

Qui sont-ils ?

Une poélée de foie gras à qui les trouve.

« Également en forme d’anguille, hôte habituel des épaves et des tombants, le [bip] a une tête aplatie dorso-ventralement. La lèvre supérieure proéminente et la robe grise sont caractéristiques. Proche de la murène, le [bip] a le même régime alimentaire (poissons, poulpes), auquel s’ajoutent des crustacés. C’est un ingrédient apprécié dans la bouillabaisse. Terré dans son trou, le [bip] peut se montrer agressif, par exemple si un plongeur bouche sa vue. Le poisson se détendra alors violemment et attaquera l’intrus pour retrouvrer sa tranquillité. Méfiance… »

« Comme le Barbier, l’ [bip] fait penser à une espèce tropicale. Il a en effet des semblables dans les eaux de la mer Rouge. Rouge, de forme géométriquement harmonieuse, l’ [bip] se reconnaît facilement grâce à son œil au beurre noir cerné de deux bandes blanches. Son mode de vie est particulier : l’ [bip] reste seul face à un trou, sous un surplomb, à gober le zooplancton. Lors de la reproduction, le mâle gobe les œufs pondus par la femelle. Durant huit à dix jours, c’est dans la bouche paternelle qu’ils se diviseront et finiront par éclore. Pendant tout ce temps, le mâle ne bouge pas, ne mange pas. Il peut littéralement mourir de faim sur place. »

« Corps allongé, tête pointue, une écriture “arabe” sur les joues, des taches brunes sur les flancs et une grosse tache bleuâtre sur le ventre : le [bip] est immanquable. Ce chasseur à l’affût est d’une efficacité remarquable. Planqué dans les herbiers de posidonie ou les algues, il fonce à une vitesse stupéfiante sur les malheureux petits poissons qui constituent ses proies. Il peut également s’en prendre à un individu de la même espèce s’approchant trop près de son territoire. Portant à la fois des organes sexuels mâle et femelle fonctionnels, il n’est pas exclu que ce poisson puisse se féconder lui-même. En revanche, pour se débarrasser de ses parasites, il a besoin du labre nettoyeur : c’est alors qu’il se dresse vers la surface, bouche ouverte… »

« Sa seule différence avec la barbue est la peau, couverte de tubercules osseux, et la chair, tout de même plus fine ! Prédateur à l’affût, le [bip] ne laisse que peu de chance au grondin ou au gobie de passage. Massif, il peut peser une vingtaine de kilos… ou plutôt il pourrait peser car c’est un poisson très – trop – pêché. Les effectifs diminuent et ce malgré de pontes pléthoriques (2 à 3 millions d’œufs). Pour préserver l’espèce, il ne fat pas acheter d’individus inférieurs à 25 cm : c’est la taille minimale au-delà de laquelle les mâles sont aptes à la reproduction. Pour les femelles, c’est 33 cm. »

« Corps très comprimé, rayé de sombre, le mâle porte en plus une sorte de bosse sur la tête. La [bip] se rencontre à petite profondeur sur à peu près tous les fonds. Comme souvent les blennies, elle supporte les milieux difficiles. En particulier la zone située juste au-dessus de la surface de l’eau : on la trouve alors facilement dans les trous emplis par la houle et les embruns. Malgré la chaleur et la haute teneur en sel de ce milieu, la blennie survit. Elle sait regagner la mer, ou chasser sur la roche ou dans d’autres cuvettes en… « marchant » sur ses nageoires pectorales ! »










Dessins de François Desbordes

(…)





Les épaves du volcan

142 pages, reportage
Glénat
Sorti en 1998

Voir Montagne Pelée…


L'un de mes premiers livres, mon premier sur Saint-Pierre (voir plus haut)
. Parler de la ville anéantie en causant avec ses épaves. Avec 60 m d'eau sur la nuque, ce n'est pas toujours simple. Un livre superbe, malheureusement épuisé. Surtout une sacré aventure… Peut-être le trouverez-vous encore à Saint-Pierre, chez Jacky, maître-plongeur, notre guide parmi les épaves.

Extraits :
"Je vide tout mon air et me retrouve trente mètres plus bas. Agenouillé sur la vase qui me cimente les genoux je promène mon regard sur le Diamant. Il est couché, face à moi. Il m'offre ses entrailles. Ce n'était pas un géant de la mer car d'un mouvement d'yeux le regard l'embrasse. Tout au plus une vingtaine de mètres de long. Sa dimension exacte n'est toujours pas parvenue à ma connaissance. Des chiffres circulent, certains ont été imprimés, mais je doute de leur exactitude. Çar un bateau rétrécit dès qu'il est dans l'eau : des pièces s'en détachent, des éléments pourrissent. Celui-ci n'a pourtant pas du perdre trop de sa longueur car c'était un vapeur en fer. Quand il marchait encore il assurait le transport de passagers entre Saint-Pierre et Fort-De-France et, à l'occasion, remorquait des barges de marchandises. C'était, les marins vous le diront, un borneur, c'est-à-dire un caboteur loin des côtes. Il jaugeait vingt cinq tonneaux."

"Le bureau est grand et M. Charles est petit. Sec, l'âge a grisé ses cheveux mais ne l'a point engraissé. Les deux mains emmêlées, penché vers moi, les yeux brillants, il me raconte sa ville. C'est un érudit. Saint-Pierre le passionne. Il est né ici, y a grandit, il veut y mourir. Il aime sa ville comme on aime une mère malade qui radote en refusant la médecine. "La contrainte est la suivante : faire correspondre des vestiges du temps passé avec les exigences des temps modernes" me lance-t-il d'un trait. Bien dit ! Mais encore ? "Pourquoi", dis-je, "se promener dans votre bonne cité évoque les images pathétiques de ces villes bombardées, dont les rescapés sont assis par terre en attendant que l'aide tombe du ciel ?"""La catastrophe est toujours ici un corset que l'assistanat de la métropole serre encore. Les gens espèrent trop de la France et de l'administration pour se sortir du chômage. Il ne faut ici compter que sur nous. On a des touristes, profitons-en, offrons-leur des services !"







Sanctuaires de la vie marine
(collection créée, arrêtée)

160 pages, reportages
Glénat
Sortis en 1998 et 1999


Les sanctuaires de la mer Rouge

Comme la France marine, mais en mer Rouge. La même démarche de "grand" reportage - sur place (merci Glénat), et nettement moins de formalisme : il est des moments où ma plume s'est lâchée. En compagnie de Claude, j'ai parcouru toute l'Égypte, la moitié de la mer Rouge, à terre, en mer, sous la mer. Nous avons barboté dans dix centimètres d'eau, tué des Acanthaster (ces saletés d'étoiles de mer à épines qui bouffent les coraux) et cherché en vain des requins par 50 m de fond. Mais il n'est pas certain que le livre soit encore en vente.

Extraits :
"La corniche passée, on a du mal à se maintenir face au courant qui se fait plus violent. Alors on s’approche du fond, on s’y agrippe et on regarde. Le sang froid des thazards kuzara est en chaleur. Les mâles barrés de bruns collent aux femelles justes argentées, ils les suivent et tentent de les entraîner vers la surface dans une nage tournoyante. Je vois deux couples en tentatives de formation mais aucun ne semble promis à un avenir fertile. Les mâles se font renvoyer violemment à coups de museau mais ils insistent, et reviennent vers leurs proies sexuelles après quelques dizaines de secondes. Agités comme ils sont, ils vont s’épuiser. S’ils ne trouvent pas de partenaires, je crains pour leur survie : ils seront trop fatigués pour chasser ! Et se feront donc manger. Alors vite, copulez ! Séduisez, attrapez et lâchez vos œufs, vos semences et que le mélange se fasse ! Que la vie renaisse, après vous pourrez toujours mourir, vous ne serez plus utile à rien !

"La 504 break de chez Peugeot est, il faut bien le dire, une voiture étonnante. Immense, moelleuse et silencieuse, elle transporte le voyageur pour quelques pièces sans rechigner. Parfois elle grogne sur des ralentisseurs hauts comme des jetées. À chaque fois qu’elle croise une de ses sœurs, événement habituel dans ce coin de désert où la 504 vit en grand nombre, elle klaxonne sa joie une fois, deux fois ou parfois plus ; entraînant une réponse immédiate de la croisée. Souvent elle doit rugir pour chasser les importuns bipèdes ahanant sur sa chaussée. Mais, lentement mais sûrement, elle dépose paisiblement son client à l’endroit indiqué, ce dont il la gratifie généralement d’une livre ou deux."





Les sanctuaires de la Méditerranée

Idem, même punition, pour la Méditerranée. Des centaines de plongée, des dizaines de rencontre "pittoresques" (j'ai laissé ma plume aller où elle voulait) entre Vintimille et Banyuls. La Méditerranée est belle, encore : voyez la réserve intégrale de Banyuls et le parc national de Port-Cros. Vous saviez qu'il y a avait des barracudas en Méditerranée ? Non ? Ah !

Extraits :
"Les bureaux se résument en fait à une pièce minuscule où manifestement le ménage n’a pas été fait depuis l’exercice budgétaire de l’année passée, car même un chien poussiéreux aussi vivant qu’une carpette frétillant sous l’aspirateur gît sur un siège avec lequel, quelques secondes, je l’ai confondu ! À mon arrivée il ouvre une paupière alourdie de vieillesse, hume ma personne et replonge dans son monde de chien. Il semble avoir moins de facilités à se déplacer que son fauteuil, lequel est pourvu de roulettes. Deux tables sont là, dans une courageuse mais vaine tentative de supporter le désordre qu’on leur impose. Aux deux fenêtres, des grilles, car cette pièce est au rez-de-chaussée. C’est qu’on pourrait voler le chien, en pensant subtiliser le fauteuil ! Je sors du bureau et entre dans une salle plus vaste, à droite. On y doit donner des cours ou préparer des échantillons, vu son agencement. En la quittant je croise des étudiants et des chercheurs se ruant avec rigueur vers la cantine du bâtiment. Enfin M. le Directeur arrive et, d’une forte poignée de main, il me signifie avec le sourire qu’il est bien heureux de mettre enfin un visage sur tous ces fax."

Quelque part en face de la baie de Port-Man. Entraîné par un courant violent, le bateau hésite à se tenir droit. Pierre a les yeux sur ses repères mais, à cette heure indue, le soleil encore à l’est lui entre dans les orbites. La tâche est difficile. Heureusement, Claude connaît précisément le site, sa profondeur, sa position, son allure, sa faune et sa flore. Ce qui, en langage Rives, se traduit par : “dans les cinquante, à peu près là, une grosse patate avec des choses dessus.” Bien. Port-Man est un coin profondément enfoncé dans l’île, où viennent s’abriter du mistral une centaine de bateaux chaque jour que le soleil fait en été. Comme ils ont le droit de s’ancrer, de temps à autre la caulerpe, agrippée aux chaînes, se laisse descendre, s’accroche dans le sable et, bientôt, campe sur quelques mètres carrés. À chaque fois, le Parc dépêche des arracheurs afin de juguler l’épidémie naissante. Mais tout le temps l’envahisseuse sournoise revient."