Chasse le vrai du faux
156 pages, document
Delachaux & Niestlé
Sorti le 11 septembre 2013



D’après les éternels opposés, chasseurs et naturalistes, je serai pour les premiers un naturaliste, et pour les seconds un chasseur. Signe que je prends mon boulot de journaliste très à cœur ! J’ai de l’empathie pour tout le monde. Il y a là-dedans autant de permis de chasser que de budget des fédérations, de chasse à courre que de fauconnerie, de souffrance animale que de loup, d'hypocrisie de la société que de protection de la nature, etc.

Voici comment ça ccommence…

INTRODUCTION DU RENARD À LA CASQUETTE DE TARTARIN

Le dernier week-end du mois de février 2014, des chasseurs ch’tis organisèrent dans leur département
une battue au renard. Baptisée « Ch’ti fox day », la festive réjouissance cynégétique avait pour objectif de dénombrer, dans une bonne ambiance, le carnivore roux réputé trop nombreux et d’en tuer un grand nombre parce qu’il détériore la campagne. Pas de carnage, ni de massacre à grande échelle, se défen- dirent les chasseurs, juste une « régulation » comme ils en font tant de ce gibier et de tout autre, en pays ch’ti et partout ailleurs en France. Qu’il porte poils ou bec, le gibier,
a se compte et a se limite, en particulier s’il abme les cultures, mange trop d’une autre proie et, dans le cas du renard, véhicule une maladie infectieuse certes point mortelle, mais embarrassante : l’échinococcose alvéolaire, une sorte de jaunisse transmise par le bien nommé « ver du renard ».
Mais voilà. Le renard est beau, il est bien coloré, il jouit d’une excellente presse et de l’affection éter- nelle des enfants qui voient en lui un doudou vivant, ainsi que tout animal un peu rond, fort poilu, et qui les regarde avec de grands yeux – le loup, le jeune phoque et l’ours font aussi partie de ce bestiaire. À l’inverse du chasseur, dont le capital de sympathie a, en zone urbaine, la dimension d’une grenaille de plomb. Fait aggravant, si le renard pourchassé lors d’une telle opération n’est certes plus gazé comme il l’était lorsqu’il avait la rage, il n’en est pas pour autant mis à mort immédiatement par le service d’une balle. Rien n’est propre dans un fox day. L’animal est en effet lentement déterré. Un chien le maintient au fond de son antre, les chasseurs creusent autour, prenant garde à ne pas s’effondrer avec le terrier et, lorsque la b
te est accessible, ils la sortent par les pattes ou par la queue. Avant d’tre occis, à la dague ou à l’assommoir, le renard a donc le temps de voir venir son sort. Et de compter les blessures infligées par le chien. Il souffre. Toutefois, il n’est pas toujours supprimé une fois mis à l’air. Il peut en effet tre replacé ailleurs, selon les nécessités des plans de chasse (soit le nombre d’animaux à abattre durant la saison de chasse), là où il n’est pas encore assez nombreux pour justifier la mobilisation des porteurs de fusil.
Un bel animal tué au couteau après parfois des heures de stress, lors d’une f
te organisée avec le sourire, voilà qui est choquant dans notre société qui proscrit toute forme de violence et n’aime voir ni le sang, ni la douleur, ni la mort. Rien de surprenant si, une semaine avant son déroulement, le Ch’ti fox day fit se répandre sur le pavé lillois près d’un millier de citoyens, enfants sur les épaules, panneaux désignant le crime à venir, tous écœurés et émus par l’évidence de cette hécatombe d’un autre ge...
L’histoire est très symptomatique de la place qu’occupe aujourd’hui la chasse dans notre culture. Une place très, très mauvaise. Surannée, préhisto- rique. Le chasseur est globalement rejeté, vilipendé, méprisé. D’autant plus que ceux qui le défendent contre les écolos sont les extrémistes idéaux dans notre pays manichéen qui se regarde dans le spectacle télévisé. Grossiers, vulgaires, machistes, violents, les défenseurs attitrés de la chasse sont les caricatures de ces m
les ruraux bedonnants et incultes dessinées à gros traits par les écolos, refusant toute atténuation réglementaire de leur plaisir, demandant toujours plus d’espèces et de dates pour lcher leurs cartouches : les extrémistes du tout-chasse, du « non » systématique, du refus du compromis, jouent la figure du beauf que leurs ennemis voient en chaque porteur de fusil. Lesquels ennemis sont tout aussi caricaturaux, bornés et méprisants dans leurs discours : à les entendre, les chasseurs sont des tueurs, des assassins, meme ; ce sont aussi des destructeurs d’écosystèmes et des tortionnaires pour leurs chiens, leurs chevaux et leur gibier. Il faut donc abolir la chasse, archasme barbare. Point final. Et le thétre de la comédie humaine peut ainsi continuer – c’est d’ailleurs ce qu’ils cherchent des deux ctés du champ de bataille, et ce que veulent les médias : entre extrémistes, on s’entend toujours pour assurer le spectacle, monopoliser la parole et, de la sorte, empcher toute évolution, tout rapprochement entre les ennemis. Il faut les confondre, les hystériques : s’il n’y avait plus de raisons de prolonger le conflit, ils se retrouveraient chèvres. Le syndrome de l’ancien combattant : il faut que le combat perdure indéfiniment, en faisant croire que l’ennemi d’en face est prt à sortir de sa tranchée au moindre signe de faiblesse (…).
















SOMMAIRE
INTRODUCTION

I LA CHASSE, UN FAIT DE CIVILISATION CHAPITRE 1
Les premiers hommes, tous chasseurs ?
CHAPITRE 2
Des nobles
CHAPITRE 3
La figure du braconnier

II LA CHASSE ? DES CHASSES CHAPITRE 1
La fauconnerie
CHAPITRE 2
La chasse à la baleine
CHAPITRE 3
La chasse au (bébé) phoque
CHAPITRE 4
Les big five
CHAPITRE 5
La chasse à courre
CHAPITRE 6
En plaine, la chasse du dimanche
CHAPITRE 7
La chasse au gibier d’eau
CHAPITRE 8
La chasse au gibier de montagne

III LES DÉBATS FRANÇAIS CHAPITRE 1
Droit de chasse ou droit de chasser ?
CHAPITRE 2
Qui est le chasseur français ?
CHAPITRE 3
Le paradis du chasseur ?
CHAPITRE 4
Les chasseurs ont-ils tué le grand méchant loup ?
CHAPITRE 5
La chasse a-t-elle éradiqué l’ours ?
CHAPITRE 6
Castor, lynx, loutre
CHAPITRE 7
Manger l’ortolan, est-ce illégal ?
CHAPITRE 8
Trop de sangliers ?
CHAPITRE 9
La chasse à la cocotte
CHAPITRE 10
Est-ce que chasser tue ?
CHAPITRE 11
Chasseurs : protecteurs de la nature ?


IV LA CHASSE ET NOUS
CHAPITRE 1
Le refoulement de la mort
CHAPITRE 2
Écologie, zoolâtrie, sensiblerie
CHAPITRE 3
Le paradoxe du paysan urbain

CONCLUSION
LIVRES PRATIQUES



(Ça M’intéresse novembre 2014, Grand témoin)